9-10-11/02/2020 – Tempête Ciara et orages associés

Les 9 et 10 février 2020 ont été marqués par un épisode tempétueux dont la force en fait non seulement la première grande intempérie de cette année 2020, mais aussi de l’hiver. Outre les puissantes rafales de vent, des orages parfois intenses pour la saison sont venus se greffer dans le champ des vents de la dépression Ciara. La taille de ce champ et le relatif lent déplacement du centre dépressionnaire ont conduit à une durée anormalement longue de l’épisode pour nos latitudes.

La tempête Ciara à 13h00 le 9 février 2020. Source : Wokingham Weather.La tempête Ciara à 13h00 le 9 février 2020. Source : Wokingham Weather.

Née dans le sud des Etats-Unis le mercredi 5 février 2020 et après avoir donné des orages (parfois accompagnés de tornades) et de fortes chutes de neige sur l’est du continent américain le 7 février, la dépression en creusement s’est retrouvée dans l’Atlantique où elle a continué à se creuser sous l’action d’un puissant Jet-stream (le cœur dépressionnaire se trouvant en sortie gauche). Le dimanche 9 février 2020, Ciara atteignait une pression centrale de 947 hPa sur l’ouest de l’Écosse à 13h00, puis un minimum de 944 hPa vers 1h00 le lundi 10 février 2020. La dépression s’est ensuite progressivement essoufflée sur la Scandinavie à partir de l’après-midi du 10 février.

Analyse de surface du 10 février à 1h00 heure belge (source : KNMI).Analyse de surface du 10 février 2020 à 1h00 LT. Source : KNMI.

Malgré son éloignement, la dépression a eu des effets jusqu’au centre de la France en raison d’un gradient de pression très resserré entre elle et un puissant anticyclone situé sur la Méditerranée. De plus, la présence du Jet-stream sur le nord de la France et la Belgique ainsi qu’une certaine instabilité ont accentué les phénomènes convectifs et généré des orages localement très venteux. En seconde partie de nuit du 9 au 10 février 2020, la Belgique s’est ainsi retrouvée immédiatement sous la sortie gauche du Jet-stream, en lien avec l’enfoncement d’une anomalie de tropopause vers le sud-est. Ces éléments ont généré d’intenses forçages, organisant de puissantes ascendances et la convection générée dans une masse d’air à l’instabilité modérée pour la saison (CAPE de 200-300 J/kg d’air). Des cisaillements de vents très importants, notamment en basse couche, étaient observés dans la nuit ainsi qu’en matinée, renforçant l’organisation des cellules et accentuant le risque de violents phénomènes venteux associés. Il en fut de même en soirée du lundi 10 février 2020.

L’axe de Jet stream sur le nord de la France et le sud de la Belgique à l’aube du 10 février d’après le modèle Arpège. Source : Meteo France via Meteociel.L’axe de Jet stream sur le nord de la France et le sud de la Belgique à l’aube du 10 février 2020
d’après le modèle météorologique ARPEGE. Source : Meteo France via Meteociel.

En Belgique, la tempête Ciara s’est caractérisée par une première phase stable liée au secteur chaud. En effet, après qu’une vieille occlusion achevait de traverser le pays en matinée, le front chaud lié à la dépression a abordé la côte belge en début d’après midi du dimanche 9 février. En soirée, celui-ci parvenait à la frontière allemande, si bien que toute la Belgique s’est retrouvée dans l’air bien doux pour la saison, avec des températures qui atteignaient entre 8 et 13°C. Jusque là, la tempête avait uniquement une caractéristique synoptique. Mais le front froid se trouvait au large de nos côtes et se rapprochait du pays.

Ce secteur chaud était caractérisé par la présence d’un Jet de basse couche orienté sud-ouest – nord-est donnant au sol un vent régulier et puissant, avec des rafales proches de 100 km/h dès le temps de midi du 9 février (déjà 108 km/h à Zeebruges, en province de Flandre Occidentale). Entre 16h00 et 18h00, un premier pic est atteint avec :

  • 108 km/h à Uccle (Bruxelles) et Humain (province de Luxembourg)
  • 104 km/h à Gosselies (province de Hainaut)
  • 102 km/h à Beauvechain (province du Brabant Wallon)

Cependant, en fin de soirée, le front froid qui se trouvait sur les côtes belges, hollandaise et nord-françaises a entamé sa progression à travers les terres. Dynamisé par la présence du Jet en altitude, ce front était caractérisé par une forte convection génératrice d’intenses précipitations mais aussi de rafales convectives. Les averses se sont ainsi regroupées en lignes de grains. L’activité électrique est par contre restée quasi-inexistante, en-dehors de quelques impacts sur la province d’Anvers. Ces lignes ont quitté le pays par le Luxembourg en milieu de nuit. À leur passage, les rafales ont parfois dépassé les 100 km/h, avec :

  • 127 km/h à Saint-Ode (province de Luxembourg, station amateur)
  • 120 km/h à Blankenberge (province de Flandre Occidentale)
  • 116 km/h à Herhet (province de Namur) l’anémomètre étant par ailleurs mis hors service à la suite de cette mesure, laissant supposer que des valeurs plus élevées ont été atteintes.
  • 115 km/h à Middelkerke (province de Flandre Occidentale)
  • 112 km/h à Beitem (province de Flandre Occidentale)
  • 108 km/h à Uccle et au Mont-Rigi (province de Liège)
  • 107 km/h à Bierset (province de Liège)
  • 104 km/h à Gosselies (province de Hainaut)

Par la suite, une traîne active s’est mise en place. Un premier orage assez faible a concerné la province de Brabant Wallon vers 2h00, puis une série d’averses ont pris le relais. Ces ondées elles-aussi dynamisées par le Jet, se sont souvent révélées très venteuses, avec des pointes localement proches des 100 km/h. Deux autres orages sont observés entre 7h00 et 8h00, le premier vers la région de Diest et de Hasselt, le second entre Yvoir et La Roche-en-Ardenne. Sous ce dernier, un observateur de Belgorage a mesuré une rafale de 114 km/h à Manhay (province de Luxembourg). Ce régime d’averses s’est poursuivi jusqu’en début de matinée.

Les précipitations ont été abondantes, en particulier dans le sud du pays où plusieurs cours d’eau sont passés en pré-alerte de crue. On a ainsi relevé :

  • 32,9 mm Bièvre
  • 32,5 mm à Sivry-Rance
  • 31,2 mm à Sugny
  • 30,3 mm à Awirs
  • 26,5 mm à Deurne

À Anvers, l’orage observé au passage du front froid a provoqué quelques inondations. Mais c’est le vent qui a causé des dommages à travers tout le pays, mais rien d’exceptionnel. On ne compte plus les arbres déracinés, les branches brisées, les tuiles et ardoises envolées. Certaines toitures légères (en tôle ou roofing) ont été également soufflées et des échafaudages se sont écroulés. On note aussi l’effondrement d’une partie de la façade d’un immeuble à Bruxelles et d’une église à Bassily, en province de Hainaut. En outre, des milliers de foyers ont été privés d’électricité.

En France, à proximité des frontières, on a noté 121 km/h à Muzay, 120 km/h à Cambrai et Calais, 117 km/h à Douzy (Sedan), 115 km/h à l’aéroport de Lille et 105 km/h à Charleville-Mézières.

Le 10 février 2020 en cours de journée, le vent se calme un peu mais les rafales oscillent toujours entre 70 et 90 km/h. La matinée s’est passée sous un ciel dégagé mais en seconde partie de journée, un nouveau système frontal nous a rapporté de la pluie, avec localement un cumulonimbus dans la masse nuageuse.

En France, une tornade frappe la région de Bertangles vers 15h45, au nord d’Amiens, en causant pas mal de dégâts, dont des véhicules déplacés ou renversés. Un orage supercellulaire semble en être à l’origine.

Analyse de surface le 10 février 2020 à 19h00. Source : KNMIAnalyse de surface le 10 février 2020 à 19h00. Source : KNMI

Cependant, la situation se complexifie en soirée. Une ligne de convergence post-frontale se présente au littoral et progresse vers l’intérieur des terres, associée à une invasion d’air plus froid en altitude. Notre pays se trouve de plus juste sous le bord gauche d’un rapide courant de Jet-stream. La convection ne tarde pas à se manifester et dès 21h00, des orages ont été signalés sur l’ouest de la Belgique. Ils se sont rapidement organisés en une ligne de grain au niveau d’un axe Courtrai – Gand. Ces orages se sont accompagnés de très fortes rafales, de chutes de grêle et localement d’une activité électrique marquée pour la saison. En outre, ils ont délivré des chutes de neige sur l’Ardenne, avec une accumulation temporaire de plusieurs centimètres.

Les rafales dépassent à nouveau les 100 km/h avec:

  • 119 km/h à Chièvres
  • 108 km/h à Uccle
  • 101 km/h à Beitem

Mais comme souvent dans ce genre de situation, les plus fortes rafales de vent ont probablement évité les stations de mesure. Le nord de la France a été aussi touché par cette ligne de grain, avec 119 km/h à Lille et 108 km/h à Cambrai. En Allemagne, certains endroits ont été frappés par des phénomènes violents suspects.

Coups de foudre détectés durant la nuit du 10 au 11 février 2020. Source : LightningmapsÉclairs détectés durant la nuit du lundi 10 au mardi 11 février 2020. Source : Lightningmaps

En province de Hainaut, les localités de Lens, Bauffe et Montignies-Lez-Lens sont particulièrement impactées. De nombreux dégâts sont portés au bâti. Une enquête de terrain est en cours et les premiers éléments démontreraient la survenue d’une supercellule LT.

Des dommages ont aussi été constatés en de nombreux endroits, mais ils sont moins importants. La province de Liège semblerait être la plus touchée, avec de nombreux arbres abattus et des coupures de courant. À Gand, c’est la toiture du stade de football qui s’est envolée tandis que le même sort est réservé à une école d’Ans.

Au final, cet épisode tempétueux remarquablement long aura touché une bonne partie de l’Europe en faisant au moins 8 morts.

Pour obtenir davantage d’informations sur les dégâts en Belgique, nous vous invitons à consulter les liens suivants :

Le mardi 11 février 2020, la Belgique était toujours concernée par ce fort flux d’ouest, dans un ciel de traîne. De nouvelles averses localement orageuses se sont formées dans le pays, accompagnées de bonnes rafales de vent jusqu’à 90 km/h et de giboulées. Sur les hauteurs, il s’agit de neige tenant temporairement au sol.

Toutefois, en soirée deux orages particulièrement actifs se sont développés. L’un depuis l’est de la province du Brabant Flamand vers les Hautes-Fagnes et le second au nord de la province de Limbourg, à cheval sur la frontière hollandaise. L’activité électrique est forte, même remarquable pour cette dernière cellule.