29/04/2018 – Orages localement violents et tornades

Si les orages ne sont pas rares en avril dans nos régions, voir survenir un épisode violent durant ce mois est remarquable. Bien que de forts orages aient été observés en avril 2004, 2007, 2011 et 2014, l’offensive du 29 avril 2018 est de loin la plus violente pour ce mois, au moins depuis le début de ce siècle. Elle se déroule en deux phases, avec le passage d’un premier système virulent sur les provinces de Namur et du Brabant wallon en début de soirée, puis d’un second ensemble sur le Grand-Duché de Luxembourg et l’est de la province de Liège en fin de soirée

La situation atmosphérique responsable de ces orages est très particulière. De prime abord, on note qu’ils ne sont pas précédés d’une chaleur perceptible par l’observateur. Sur la partie ouest de la Belgique, quelques éclaircies se produisent dans l’après-midi mais cela ne permet pas aux températures de décoller. On enregistre ainsi des maximales de 13,0°C à Ernage et 14,2°C à Florennes (province de Namur), ce qui n’est pas chaud même pour une fin avril. L’air très humide (notamment de la brume avant les orages en de nombreux endroits) achève le portrait d’un ressenti peu agréable et on observe un vent présent de nord à nord-est.

Quant à la partie est du pays, elle connait des températures plus élevées et un ciel plus lumineux avec un vent de sud-sud-est. Les maximales sont de 17,9°C à Bierset, de 19,3°C à Spa (province de Liège) et de 19,9°C à Buzenol (province de Luxembourg). Là, l’évolution météorologique y est plus « classique ».

La Belgique est donc coupée en deux avec de l’air plus frais à l’ouest et de l’air plus doux à l’est. À la limite des deux, une ligne de convergence est présente sur un axe allant très approximativement de Philippeville à Liège.

Pendant ce temps, un noyau dépressionnaire en cours de creusement remonte depuis la France vers l’ouest de la Belgique. Le précédant, un front chaud bien actif, responsable des pluies observées en matinée, remonte depuis le sud-est. Cependant, il s’arrête dans sa progression vers le nord-ouest notamment à cause de la présence de la ligne de convergence.

Ensuite, une deuxième zone de convergence, qui est présente sur le nord-est de la France, remonte également et gagne l’est de la Belgique en soirée. En altitude, on observe la présence d’une anomalie basse de tropopause bien dessinée qui organise les forçages en se dirigeant de la France vers les Pays-Bas. On observe aussi que nos régions se retrouvent placées en entrée droite d’une branche de Jet-stream, avec une zone de diffluence au-dessus du pays, favorisant les ascendances.

Situation atmosphérique du dimanche 29 avril 2018. Source de la carte : KNMISituation atmosphérique du 29 avril 2018 à 20h00. Source : KNMI

Ainsi, on a affaire à une forte dynamique qui parvient à largement compenser une instabilité relativement mesurée. En effet, les valeurs de CAPE (EPCD) tournent autour de 500-1000 J/kg en fin d’après-midi sur l’est de la Belgique. C’est d’ailleurs sur les frontières de l’est, grâce à la présence d’air plus chaud, que cette instabilité est la plus marquée mais loin d’être exceptionnelle.

En venant à une analyse plus fine de la situation, il n’y a pas de ressenti « préorageux » sur le Namurois avant le début des intempéries. De plus, un vent de nord-est est noté en maints endroits, notamment à Crupet (Assesse) une demi-heure avant l’arrivée des orages, avec un ciel bas, une température de 13°C et de la brume. En résumé, un portrait absolument pas orageux. Ceci semble à première vue contradictoire avec l’analyse atmosphérique vue plus haut. En effet, avec le passage du front chaud, le vent devrait tourner plus franchement à l’est, voire au sud-est et les températures devraient gagner quelques degrés. Or, il n’en est rien.

Un premier élément de réponse se trouve dans la présence de ce vent de nord-est. Presque toutes les stations de l’ouest et du centre de la Belgique observent ce vent de nord à nord-est avant l’arrivée des orages. Sur le sud-est de la Belgique par contre, le vent est d’est à sud-est, formant une convergence bien marquée. Avec des températures plus élevées sur l’est du pays, il pourrait être compréhensible que le front chaud reste coincé entre Liège et le département des Ardennes. En réalité, ce n’est pas tout à fait faux. La convergence joue bel et bien le rôle de pseudofront de basse couche. La progression du front chaud est stoppée en surface par un flux de nord à nord-est amenant fraîcheur et humidité tandis qu’un peu plus haut en altitude, ce front parvient à progresser plus à l’ouest. Au niveau de Namur, on a ainsi une mince pellicule d’air maritime bien humide et frais en basse couche avec un vent de nord-est et de l’air plus chaud (l’air du secteur chaud) juste au-dessus avec un vent qui tourne à l’est puis au sud encore plus haut.

Cartes des vents le 29 avril 2018 à 18h00. Source : Infoclimat. Tracés : Hubert Maldague (Info Météo)Cartes des vents le 29 avril 2018 à 18h00. Source : Infoclimat.
Tracés : Hubert Maldague

Ceci induit deux choses : la chaleur est bien présente sur le Namurois (et, de manière générale, sur la trajectoire du premier système orageux) mais rejetée à quelques centaines de mètres d’altitude. Ensuite, ces cisaillements de vents avec l’altitude très poussés sont des « boosters » de convection, ce qui profite aux orages.

Ainsi, pour l’est de la Belgique, la genèse des orages est plus classique avec de l’air plus chaud en surface avant l’arrivée des premières cellules. Par contre, un peu plus à l’ouest, sur la province de Namur, cet air chaud n’est présent qu’en altitude. De plus, le cisaillement des vents y est bien plus marqué. Dès lors, il en résulte deux offensives distinctes.

La convection démarre initialement en France vers 13h00 au nord-est de Vichy au sein du département de l’Allier. D’abord faibles, les orages se renforcent nettement à l’est d’Auxerre au sein du département de l’Yonne autour de 16h00. Le système multicellulaire qui en découle présente un écho en arc et de nombreux phénomènes venteux sont signalés. Ces derniers causent parfois de gros dégâts. La plupart de ceux-ci sont attribuables à de puissantes rafales descendantes, celles-ci approchant vraisemblablement et localement les 200 km/h au vu des destructions portées à certains éléments bâtis (source : Kéraunos).

De plus, des chutes de grêlons de 2 à 3 cm de diamètre sont localement observées. Au sud-est de Troyes, située au sein du département de l’Aube, une rafale de 112 km/h est enregistrée à Celles-sur-Ource. Un peu plus au nord, au sud-est de Châlons-en-Champagne située au sein du département de la Marne, une tornade est observée. De nombreux dégâts sont donc signalés sans surprises dans le secteur.

Tornade sévissant vers la région de Vitry-le-François dans le département la Marne en France. Crédit photo : Christophe AsselinTornade à l’est de Châlons-en-Champagne (France). Crédit photo : Christophe Asselin.

Par après, le système orageux continue sa progression vers le nord en continuant de produire des phénomènes venteux. Par phases, ce système semble individualiser en son sein une possible supercellule, formant un ensemble hybride à la fois multicellulaire et supercellulaire. À l’avant de ces orages, quelques cellules se développent vers 17h30 sur la frontière franco-belge aux environs de Charleville-Mézière et Sedan, deux régions situées au sein du département des Ardennes. Celles-ci remontent en province de Namur pour toucher d’ailleurs la région namuroise peu avant 19h00. Elles s’accompagnent d’une bonne activité électrique et de fortes pluies. Ensuite, ces orages s’affaiblissent en arrivant sur l’est du Brabant Wallon peu avant 19h30.

Au même moment, le système multicellulaire français arrive en Belgique par la vallée de la Meuse (province de Namur). La région de Bouillon (province de Luxembourg) est la première zone touchée tandis que le système présente toujours une structure arquée et une intense activité électrique. Cependant, autour de 20h00, la situation évolue. La partie gauche du système, faisant office de « tête » de l’écho en arc, semble adopter davantage un comportement supercellulaire à partie de la pointe de Givet (département des Ardennes).

A l’extrémité est de celle-ci, une tornade ainsi qu’une rafale descendante causent des dégâts dans la région de Dion, située à l’ouest de Beauraing.

Evolution du système orageux de 20h15 à 20h45, le 29 avril 2018. Sur l’image de gauche, on note la probable supercellule tornadique. Source : Kachelmann Wetter.Composition radar montrant l’évolution du système orageux de 20h15 à 20h45. Sur l’image de gauche, on
note la probable supercellule tornadique. Source : Kachelmann Wetter.

Peu après, aux environs de 20h10, une autre tornade touche la région de Waulsort (dont la localité de Lenne), située en province de Namur. Celle-ci cause pas mal de dégâts avec une intensité généralement comprise autour du niveau F1 d’après une enquête réalisée par plusieurs membres de Belgorage. Cependant, elle atteint son intensité maximale sur la localité de Lenne. En effet, plusieurs bâtiments en pierre du pays sont partiellement détruits dont un complètement (seuls quelques murs endommagés subsistent), trahissant le passage d’une tornade d’intensité F3 au niveau du bâtiment totalement détruit. Une série de photographies des dégâts ont d’ailleurs été effectuées.

Vue d'ensemble d'une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été endommagée lors du passage d'une tornade d'intensité F2 à son niveau, le 29 avril 2018 vers 20h10. Crédit photo : François RiguelleVue d’ensemble d’une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été endommagée
lors du passage d’une tornade d’intensité F2 à son niveau, le 29 avril 2018 vers 20h10.
Vue d'ensemble d'une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été endommagée lors du passage d'une tornade d'intensité F3 au niveau des restes de la grange, le 29 avril 2018 vers 20h10. Crédit photo : François RiguelleVue d’ensemble d’une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été endommagée
lors du passage d’une tornade d’intensité F3 au niveau des restes de la grange, le 29 avril 2018 vers 20h10.
Grange d'une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été totalement détruite lors du passage d'une tornade d'intensité F3 à son niveau, le 29 avril 2018 vers 20h10. Crédit photo : François RiguelleGrange d’une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été totalement détruite
lors du passage d’une tornade d’intensité F3 à son niveau, le 29 avril 2018 vers 20h10.
Dépendances d'une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été endommagés lors du passage d'une tornade d'intensité F2 à leur niveau, le 29 avril 2018 vers 20h10. Crédit photo : François RiguelleDépendances d’une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été endommagées
lors du passage d’une tornade d’intensité F2 à leur niveau, le 29 avril 2018 vers 20h10.
Dépendances d'une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été endommagés lors du passage d'une tornade d'intensité F2 à leur niveau, le 29 avril 2018 vers 20h10. Crédit photo : François RiguelleDépendances d’une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été endommagées
lors du passage d’une tornade d’intensité F2 à leur niveau, le 29 avril 2018 vers 20h10.

De même, un épisode de notre série ‘Instants d’orages’ relatif aux dégâts engendrés sur l’exploitation agricole a également été réalisé.

Ensuite, la tornade continue son chemin en causant des dégâts à Melin (Onhaye), Wespin, Saint-Médard, Bouvignes-sur-Meuse et Leffe, localités toutes situées en province de Namur. En outre, une microrafale touche un bois à Foqueux situé non loin des régions précédemment mentionnées.

D’autres dommages ne sont pas détectés en se dirigeant vers le nord-nord-est. Cependant, la trace du passage d’une tornade près du village d’Evrehailles et qui se poursuit à Bauche ainsi que probablement à Ronchinne et Ivoy, est retrouvée. Les derniers dégâts sont d’ailleurs observés à l’ouest de Maillen. De plus, deux microrafales touchent respectivement Evrehailles et Ronchinne.

Tous ces phénomènes se produisent sous la même cellule orageuse. Les dégâts tornadiques sont présents dans un couloir sinueux parcourant plus de 30 km mais les enquêtes semblent montrer que deux tornades (ou plus) se sont succédé.

Quant aux rafales descendantes, quatre cas sont répertoriés. Mais elles restent très localisées et proches du couloir de la tornade, ce qui fait penser qu’elles se produiraient dans le RFD (Courant descendant de flanc arrière d’un orage supercellulaire) de la cellule concernée. Par ailleurs, d’autres ont pu sévir, comme dans le village frontalier d’Agimont, toutefois sans faire de dégâts dans ce cas, comme le montre la vidéo suivante : Rafale descendante (Downburst en anglais) à Agimont en province de Namur (située à proximité de la région de Givet en France).

Aucune station météorologique n’enregistre de rafales de vent significatives, le maximum étant de 69 km/h à Hastière (province de Namur).

En outre, des inondations par ruissellement sont aussi observées localement. Cela notamment dans les régions de Beauraing, Dinant, Gedinne, Florennes et Yvoir, toutes situées en province de Namur.

Pour reprendre le cours de l’épisode orageux, le système multicellulaire arrive sur Namur autour de 20h30 en présentant à nouveau un écho en arc bien visible avec une activité électrique et pluviométrique intense. À ce moment-là, un MCS se met en place en s’étendant vers le nord-ouest.

En province de Brabant Wallon, quelques inondations sont observées à son passage à Braine-l’Alleud, Wavre et Walhain et la foudre tombe sur une école de Nivelles en provoquant un incendie. L’est du Brabant Wallon est touché par l’orage multicellulaire actif, qui commence à se dissiper vers 21h00 sur cette région où il provoque encore des inondations et des coulées de boue à Orp-Jauche. Ensuite, le MCS s’évacue vers le nord-nord-ouest, mettant fin à la première offensive.

Image radar montrant l’écho en arc très actif engoncé dans la masse de pluies modérées du MCS, le 29 avril 2018. On note également l’arrivée de la deuxième salve orageuse sur le sud de la Wallonie et le Grand-Duché de Luxembourg. Source : Meteo Services.Image radar montrant l’écho en arc très actif engoncé dans la masse de pluies modérées
du MCS. On note également l’arrivée de la deuxième salve orageuse sur le sud de la Wallonie et le
Grand-Duché de Luxembourg. Source : Meteo Services.

La deuxième offensive orageuse s’initialise vers 16h30 dans la région de Besançon dans le département du Doubs en France. Plusieurs orages remontent vers le nord en produisant, eux aussi, des phénomènes venteux, notamment en Allemagne. Plusieurs supercellules se forment, notamment dans les régions de Metz et Nancy, situées respectivement dans les départements de Moselle et de Meurthe-et-Moselle en France. De plus, des chutes de grêlons de 4 à 5 cm de diamètre ainsi qu’une possible tornade sont signalés.

Ces orages arrivent au Grand-Duché de Luxembourg à partir de 21h00 avant de toucher l’est de la Belgique au niveau de la province de Liège vers 21h45.

Série de coups de foudre ayant simultanément frappé un ensemble d'éolienne dans la région de Heiderscheid au Grand-Duché de Luxembourg, le 29 avril 2018 à 22h54. Crédit photo : Samina VerhoevenSérie de coups de foudre ayant simultanément frappé un ensemble d’éolienne dans la région de Heiderscheid
au Grand-Duché de Luxembourg, le 29 avril 2018 à 22h54.

Une ligne orageuse se forme alors tout le long des frontières ouest de l’Allemagne (Grand-Duché de Luxembourg, Belgique et Pays-Bas). L’activité électrique y est intense. Des chutes de grêlons de 2 à 3 cm sont aussi signalées à Niedersteinbach (province de Liège).

Eclairs internuageux observés vers la région de Malmédy en province de Liège le 29 avril 2018 à 21h50.Eclairs internuageux observés vers la région de Malmédy en province de Liège le 29 avril 2018 à 21h50.

Ensuite, le système orageux évolue en MCS à partir de 22h45. Ce MCS s’étend vers l’ouest jusqu’en bordure de Bruxelles en étant accompagné par de fortes précipitations qui causent une nouvelle fois des inondations dans l’est de la province du Brabant Wallon. Celles-ci s’expliquent par le fait que les sols sont déjà détrempés suite au passage du premier MCS quelques heures avant. En outre, des coups de foudre localisés dans l’espace et le temps se produisent en surprenant les observateurs qui se situent à proximité. Les orages actifs sévissent le long de la frontière allemande jusque minuit tandis que le MCS avance vers le nord-nord-ouest. Il finit par quitter notre pays après 2h00 du matin en mettant fin à cette journée mouvementée.

D’ailleurs, plus de 26 000 coups de foudre sont enregistrés sur la Belgique durant cette journée, ce qui est remarquablement haut pour un mois d’avril. En outre, les cumuls de précipitations sont assez élevés avec :

  • 53 mm à Hauthem (province du Brabant Flamand)
  • 49 mm à Kortenaken (province du Brabant Flamand)
  • 47 mm à Diest (province de Brabant Flamand) et Gouvy (province de Luxembourg)
  • 46 mm à Ransberg (province du Brabant Flamand)
  • 46 mm à Ernage (province de Namur)
  • 41 mm à Hastière (province de Namur)
  • 40 mm à Retie (province d’Anvers)
  • 39 mm à Spa (province de Liège)
Carte de l'activité électrique s'étant manifestée durant la journée du 29 avril 2018. Source : BlitzortungCarte de l’activité électrique s’étant manifestée durant la journée du 29 avril 2018.
Source : Blitzortung

Un dossier reprenant en détails le déroulement de l’offensive orageuse et des tornades associées est disponible sur le site via le lien suivant : Dossier – 29 avril 2018

Quelques liens médiatiques sont également disponibles :

France :

(Dernière mise à jour : 29 avril 2020)