29/04/2018 – Orages localement violents et tornades

La situation atmosphérique responsable des orages du 29 avril 2018 est très particulière. De prime abord, on note qu’ils n’ont pas été précédés d’une chaleur perceptible par l’observateur. Sur la partie ouest de la Belgique, quelques éclaircies se sont produites dans l’après-midi mais cela n’a pas permis aux températures de décoller. On a ainsi enregistré des maximales de 13,0°C à Ernage  et 14,2°C à Florennes (province de Namur), ce qui n’est pas chaud même pour une fin avril. L’air très humide (notamment de la brume avant les orages en de nombreux endroits) a achevé le portrait d’un ressenti peu agréable et on a observé un vent présent de nord à nord-est.

Quant à la partie est du pays, elle a connu des températures plus élevées et un ciel plus lumineux avec un vent de sud-sud-est. Les maximales ont été de 17,9°C à Bierset, de 19,3°C à Spa (province de Liège) et de 19,9°C à Buzenol (province de Luxembourg). Là, l’évolution météorologique y a été plus « classique ».

La Belgique fut donc coupée en deux avec de l’air plus frais à l’ouest et de l’air plus doux à l’est. À la limite des deux, une ligne de convergence était présente sur un axe allant très approximativement de Philippeville à Liège.

Pendant ce temps, un noyau dépressionnaire en cours de creusement remontait depuis la France vers l’ouest de la Belgique. Le précédant, un front chaud bien actif, responsable des pluies observées en matinée, remonta depuis le sud-est. Cependant, il s’est arrêté dans sa progression vers le nord-ouest notamment à cause de la présence de la ligne de convergence.

Ensuite, une deuxième zone de convergence, qui était présente sur le nord-est de la France, remonta également et gagna l’est de la Belgique en soirée. En altitude, on observa la présence d’une anomalie basse de tropopause bien dessinée ayant organisé les forçages en se dirigeant de la France vers les Pays-Bas.

Situation atmosphérique du dimanche 29 avril 2018. Source de la carte : KNMISituation atmosphérique du 29 avril 2018 à 20h00. Source : KNMI

Ainsi, on avait affaire à une forte dynamique qui parvint à largement compenser une instabilité relativement faible. En effet, les valeurs de CAPE (EPCD) tournaient autour de 500-1000 J/kg en fin d’après-midi sur l’est du pays. C’est d’ailleurs sur les frontières de l’est, grâce à la présence d’air plus chaud, que cette instabilité fut la plus marquée mais loin d’être exceptionnelle.

Venons-en maintenant à une analyse plus fine. Comme évoqué plus haut, il n’y a pas eu de ressenti « préorageux » sur le Namurois avant le début des intempéries. De plus, un vent de nord-est était noté à Crupet (Assesse) une demi-heure avant l’arrivée des orages avec un ciel bas, une température de 13°C et de la brume. En résumé, un portrait absolument pas orageux. Ceci semble à première vue contradictoire avec l’analyse atmosphérique vue plus haut. En effet, avec le passage du front chaud, le vent aurait du tourner plus franchement à l’est, voire au sud-est, et les températures auraient du gagner quelques degrés. Or, il n’en fut rien.

Un premier élément de réponse se trouve dans la présence de ce vent de nord-est. Presque toutes les stations de l’ouest et du centre de la Belgique observaient ce vent de nord à nord-est avant l’arrivée des orages. Sur le sud-est de la Belgique par contre, le vent fut d’est à sud-est, formant une convergence bien marquée. Avec des températures plus élevées sur l’est du pays, il pourrait être compréhensible que le front chaud soit resté coincé entre Liège et le département des Ardennes. En réalité, ce n’est pas tout à fait faux. La convergence a bel et bien joué le rôle de pseudofront de basse couche. La progression du front chaud a été stoppée en surface par un flux de nord à nord-est en amenant fraîcheur et humidité tandis qu’un peu plus haut en altitude, il parvint à progresser plus à l’ouest. Au niveau de Namur, on a ainsi une mince pellicule d’air maritime bien humide et frais en basse couche avec un vent de nord-est et de l’air plus chaud (l’air du secteur chaud) juste au-dessus avec un vent qui tourne à l’est puis au sud encore plus haut.

Cartes des vents le 29 avril 2018 à 18h00. Source : Infoclimat. Tracés : Hubert Maldague (Info Météo)Cartes des vents le 29 avril 2018 à 18h00. Source : Infoclimat.
Tracés : Hubert Maldague (Info Météo)

Ceci induit deux choses : la chaleur était bien présente sur le Namurois mais rejetée à quelques centaines de mètres d’altitude. Ensuite, ces cisaillements de vents avec l’altitude très poussé sont des « boosters » de convection, ce qui profita aux orages.

Ainsi, pour l’est de la Belgique, la genèse des orages a été plus classique avec de l’air plus chaud en surface avant l’arrivée des premières cellules. Par contre, un peu plus à l’ouest, sur la province de Namur, cet air chaud n’était présent qu’en altitude. De plus, le cisaillement des vents y était bien plus marqué. Dès lors, il en résulta deux offensives distinctes.

La convection a initialement démarré en France vers 13h00 au nord-est de Vichy au sein du département de l’Allier. D’abord faibles, les orages se sont nettement renforcés à l’est d’Auxerre au sein du département de l’Yonne autour de 16h00. Le système multicellulaire qui en découla présenta un écho en arc et de nombreux phénomènes venteux furent signalés. Ces derniers ayant parfois causés de gros dégâts. La nature de ces phénomènes est toujours en cours d’étude dans la communauté des enquêteurs français (dont Kéraunos qui met en avant une succession de rafales descendantes dans une première publication).

De plus, des chutes de grêlons de 2 à 3 cm de diamètres furent localement observés. Au sud-est de Troyes, située au sein du département de l’Aube, une rafale de 112 km/h fut enregistrée à Celles-sur-Ource. Un peu plus au nord, au sud-est de Châlons-en-Champagne située au sein du département de la Marne, une tornade est observée. De nombreux dégâts furent donc signalés sans surprises dans le secteur.

Tornade sévissant vers la région de Vitry-le-François dans le département la Marne en France. Crédit photo : Christophe AsselinTornade à l’est de Châlons-en-Champagne (France). Crédit photo : Christophe Asselin.

Par après, le système orageux continua sa progression vers le nord en continuant de produire des phénomènes venteux. À l’avant de ces orages, quelques cellules se développèrent vers 17h00 sur la frontière franco-belge aux environs de Charleville-Mézière et Sedan, deux régions situées au sein du département des Ardennes. Celles-ci sont remontées en province de Namur pour toucher cette dernière peu avant 19h00. Ils s’accompagnèrent d’une bonne activité électrique et de fortes pluies. Ensuite, ces orages se sont affaiblis en arrivant sur l’est du Brabant Wallon peu avant 19h30.

Au même moment, le système multicellulaire français arriva en Belgique par la vallée de la Meuse (province de Namur). La région de Bouillon (province de Luxembourg) fut la première zone touchée tandis que le système présentait toujours une structure arquée et une intense activité électrique. Cependant,  autour de 20h00, la situation évolua. Une cellule aurait semblé adopter un comportement supercellulaire (à confirmer) une fois arrivé sur Givet situé sur la pointe nord du département des Ardennes en France.

A son extrémité est, une tornade ainsi qu’une rafale descendante causa des dégâts dans la région de Dion, situé à l’ouest de Beauraing.

Peu après, aux environs de 20h10, une autre tornade toucha la région de Waulsort (dont la localité de Lenne),  situé en province de Namur. Celle-ci causa pas mal de dégâts avec une intensité généralement comprise autour du niveau F1 d’après les premiers éléments d’une enquête réalisée par plusieurs membres de Belgorage. Cependant, elle atteignit son intensité maximale sur la localité de Lenne. En effet, plusieurs bâtiment en pierre du pays furent partiellement détruits dont un complètement (seuls quelques murs endommagés subsistent), trahissant le passage d’une tornade d’intensité F3 au niveau du bâtiment totalement détruit.  Une série de photographies des dégâts ont d’ailleurs été effectuées.

Vue d'ensemble d'une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été endommagée lors du passage d'une tornade d'intensité F2 à son niveau, le 29 avril 2018 vers 20h10. Crédit photo : François RiguelleVue d’ensemble d’une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été endommagée
lors du passage d’une tornade d’intensité F2 à son niveau, le 29 avril 2018 vers 20h10.
Vue d'ensemble d'une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été endommagée lors du passage d'une tornade d'intensité F3 au niveau des restes de la grange, le 29 avril 2018 vers 20h10. Crédit photo : François RiguelleVue d’ensemble d’une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été endommagée
lors du passage d’une tornade d’intensité F3 au niveau des restes de la grange, le 29 avril 2018 vers 20h10.
Grange d'une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été totalement détruite lors du passage d'une tornade d'intensité F3 à son niveau, le 29 avril 2018 vers 20h10. Crédit photo : François RiguelleGrange d’une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été totalement détruite
lors du passage d’une tornade d’intensité F3 à son niveau, le 29 avril 2018 vers 20h10.
Dépendances d'une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été endommagés lors du passage d'une tornade d'intensité F2 à leur niveau, le 29 avril 2018 vers 20h10. Crédit photo : François RiguelleDépendances d’une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été endommagés
lors du passage d’une tornade d’intensité F2 à leur niveau, le 29 avril 2018 vers 20h10.
Dépendances d'une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été endommagés lors du passage d'une tornade d'intensité F2 à leur niveau, le 29 avril 2018 vers 20h10. Crédit photo : François RiguelleDépendances d’une exploitation agricole, située à Waulsort dans la province de Namur en Belgique, ayant été endommagés
lors du passage d’une tornade d’intensité F2 à leur niveau, le 29 avril 2018 vers 20h10.

De même, un épisode de notre série ‘Instants d’orages’ relatif aux dégâts engendrés sur l’exploitation agricole a également été réalisé.

Ensuite, la tornade continua son chemin en causant des dégâts à Melin (Onhaye), Wespin, Saint-Médard, Bouvignes-sur-Meuse et Leffe, toutes situées en province de Namur. En outre, une microrafale a touché un bois à Foqueux située non loin des régions précédemment mentionnées.

D’autres dommages non pas été détectés en se dirigeant vers le nord-nord-est. Cependant, la trace du passage d’une tornade près du village d’Evrehailles et qui se poursuit à Bauche ainsi que probablement à Ronchinne et Ivoy, a été retrouvée. Les derniers dégâts sont d’ailleurs observés à l’ouest de Maillen. De plus, deux microrafales ont touchés respectivement Evrehailles et Ronchinne.

Tout ces phénomènes se sont produits sous la même cellule orageuse. Les dégâts tornadiques sont présent dans un couloir sinueux parcourant plus de 30 km mais nos enquêteurs de terrain ne savent pas (en date du 9 mai 2018) si c’est l’oeuvre de la même tornade. Il se pourrait qu’elle se soit rétractée pour faire place à une nouvelle tornade un peu plus loin.

Quant aux rafales descendantes, quatre cas ont été répertoriés. Mais elles sont restées très localisées et proche du couloir de la tornade, ce qui fait penser qu’elles se seraient produites dans le RFD (Courant descendant de flanc arrière d’un orage supercellulaire) de la cellule concernée. Par ailleurs, d’autres ont pu sévir, comme dans le village frontalier d’Agimont, toutefois sans faire de dégâts dans ce cas, comme le montre la vidéo suivante : Rafale descendante (Downburst en anglais) à Agimont en province de Namur (située à proximité de la région de Givet en France).

Un dossier sur tout ces événements belges sera publié le 29 avril 2019.

Aucune station météorologique n’a enregistré des rafales de vent significatives, le maximum étant de 69 km/h à Hastière (province de Namur).

En outre, des inondations par ruissellement ont aussi été observées localement. Cela notamment dans les régions de Beauraing, Dinant, Gedinne, Florennes et Yvoir, toutes situées en province de Namur.

Pour reprendre le cours de l’épisode orageux, le système multicellulaire arriva sur Namur autour de 20h00 en présentant à nouveau un écho en arc bien visible avec une activité électrique et pluviométrique intense. À ce moment là, un MCS se mit en place en s’étendant vers le nord-ouest.

En province du Brabant Wallon, quelques inondations furent observées à son passage à Braine-l’Alleud, Wavre et Walhain et la foudre tomba sur une école de Nivelles en provoquant un incendie. L’est du Brabant Wallon fut touché par l’orage multicellulaire actif, qui commença à se dissiper vers 21h00 sur cette région où il provoqua encore des inondations et des coulées de boue à Orp-Jauche. Ensuite, le MCS s’évacua vers le nord-nord-ouest, mettant fin à la première offensive.

La deuxième offensive orageuse s’initialisa vers 16h30 dans la région de Besançon dans le département du Doubs en France. Plusieurs orages remontèrent vers le nord en produisant, eux aussi, des phénomènes venteux dont la nature n’est pas encore déterminée, notamment en Allemagne. Ce qui est certain, c’est que plusieurs supercellules se sont formées, notamment dans les régions de Metz et Nancy, toutes deux situées dans le département de la Moselle. De plus, des chutes de grêlons de 4 à 5 cm de diamètre ainsi qu’une tornade (à confirmer) ont été signalés.

Ces orages arrivèrent au Grand-Duché de Luxembourg à partir de 21h00 avant de toucher l’est de la Belgique au niveau de la province de Liège vers 21h45.

Série de coups de foudre ayant simultanément frappé un ensemble d'éolienne dans la région de Heiderscheid au Grand-Duché de Luxembourg, le 29 avril 2018 à 22h54. Crédit photo : Samina VerhoevenSérie de coups de foudre ayant simultanément frappé un ensemble d’éolienne dans la région de Heiderscheid
au Grand-Duché de Luxembourg, le 29 avril 2018 à 22h54.

Une ligne orageuse se forma alors tout le long des frontières ouest de l’Allemagne (Grand-Duché de Luxembourg, Belgique et Pays-Bas). L’activité électrique y fut intense. Des chutes de grêlons de 2 à 3 cm sont aussi signalées à Niedersteinbach (province de Liège).

Eclairs internuageux observés vers la région de Malmédy en province de Liège le 29 avril 2018 à 21h50.Eclairs internuageux observés vers la région de Malmédy en province de Liège le 29 avril 2018 à 21h50.

Ensuite, le système orageux évolua en MCS à partir de 22h45. Cet MCS s’étendit vers l’ouest jusqu’en bordure de Bruxelles en étant accompagné par de fortes précipitations qui causèrent une nouvelle fois des inondations dans l’est de la province du Brabant Wallon. Celles-ci s’expliquent par le fait que les sols sont déjà détrempés suite au passage du premier MCS quelques heures avant. En outre, des coups de foudre localisés dans l’espace et le temps se produisent en surprenant les observateurs qui se situent à proximité. Les orages actifs sévirent toujours le long de la frontière allemande jusque minuit tandis que le MCS avança vers le nord-nord-ouest. Il finit par quitter notre pays après 2h00 du matin en mettant fin à cette journée mouvementée.

D’ailleurs, plus de 26 000 coups de foudre ont été enregistrés sur la Belgique durant cette journée. En outre, les cumuls de précipitations sont assez élevés avec :

  • 53 mm à Hauthem (province du Brabant Flamand)
  • 49 mm à Kortenaken (province du Brabant Flamand)
  • 47 mm à Diest  (province de Brabant Flamand) et Gouvy (province de Luxembourg)
  • 46 mm à Ransberg (province du Brabant Flamand)
  • 46 mm à Ernage (province de Namur)
  • 41 mm à Hastière (province de Namur)
  • 40 mm à Retie (province d’Anvers)
  • 39 mm à Spa (province de Liège)
Carte de l'activité électrique s'étant manifestée durant la journée du 29 avril 2018. Source : BlitzortungCarte de l’activité électrique s’étant manifestée durant la journée du 29 avril 2018.
Source : Blitzortung

Quelques liens médiatiques sont également disponibles :

France :

(Dernière mise à jour : 9 mai 2018)