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26/07/1902 – Orages violents et tornade

    Le mois de juillet 1902 n’a pas été très orageux, avec, en moyenne, 2 à 3 jours d’orages (1 jour pour Uccle à Bruxelles mais 8 jours à Izegem, en province de Flandre Occidentale). D’ailleurs, les précipitations ont partout été inférieures à la normale, notamment à Uccle, avec 63 mm. Seul l’Entre-Sambre-et-Meuse a été arrosé plus copieusement, avec 85 mm à Florennes et 121 mm à Maredsous, localités toutes deux situées en province de Namur. La première moitié du mois (jusqu’au 18 juillet) a été assez chaude, ce qui n’a, toutefois, pas empêché, les 12 et 13 juillet, l’observation de gelées blanches sur une grande étendue du pays, occasionnant, en certains points, de sérieux dégâts à diverses cultures (quelques gelées ont également été observées le 3 juillet mais de façon plus locale). La seconde moitié du mois, quant à elle, a été plus fraîche. Le maximum du mois a été atteint le 14 juillet, avec 28,9°C.

    Ce contexte peu orageux n’a, toutefois, pas empêché la survenue d’orages violents le 26 juillet 1902, en particulier dans le sud et l’est du pays. Ces orages ont été marqués par des des chutes de grêle extraordinaires, des vents violents. Dans ce contexte, une tornade a été observée dans la région de Walcourt, en province de Namur. À Visé, en province de Liège, il est également possible qu’une autre tornade se soit formée, mais les descriptions ne sont pas assez précises pour confirmer cela.

    La journée du 26 juillet 1902 était tout à fait classique, avec 25°C à Uccle et une dépression située sur l’Irlande, qui nous place dans un flux humide et assez chaud.

    Albert Lancaster nous a reporté les faits suivants (revue Ciel et Terre – 1902) :

    « Keumide [lire Keumiée] (Fleurus) : L’orage a fait un tort considérable aux récoltes, par la chute de grêlons gros comme des œufs de pigeon et tout à fait difformes.

    Maredsous : Il est tombé des grêlons gros comme des œufs de pigeon. Le pluviomètre a reçu 27,1 mm d’eau. Toute la vallée de la Moulignée [lire Molignée] a été très éprouvée. Les communes de Falaën, Bioulx, Rouillon, Warnant, etc. ont vu toutes leurs récoltes presque anéanties. En différents points, les grêlons avaient la dimension d’un œuf extraordinaire de poule.

    Fraire (Walcourt) : L’orage a été accompagné d’un cyclone qui a parcouru Vodecée, Villers-le-Gambon (Champ Bouval) et les bois du duc de Beaufort, à Florennes. À Vodecée et au Champ Bouval, des charretées de foin ont été renversées avec leurs attelages. Le cyclone a déraciné, culbuté ou brisé au moins la moitié des arbres de futaie sur 2 kilomètres de longueur et 80 mètres de largeur, causant des dégâts pour plusieurs milliers de francs. À la ferme du Champ Bouval, 58 pommiers ont été renversés. Le cyclone s’est déchaîné vers 15h00 et n’a duré que deux ou trois minutes au maximum.

    Illustration de l’orage passant dans la région de Walcourt, en province de Namur, le
    26 juillet 1902. Crédit : Frédéric Godefroid©Belgorage

    Namur : Un orage excessivement violent s’est déchaîné sur les environs de Namur. La pluie et la grêle ont fait rage, occasionnant d’importants ravages, notamment dans les environs de Spy et d’Éghezée. À Spy, les caves ont été inondées ; les rues étaient transformées en torrents. À Éghezée, les récoltes fauchées ont été recouvertes d’une épaisse couche limoneuse et celles encore sur pied ont été hachées par la grêle. Les campagnes ravinées offrent un aspect lamentable.

    À Saint-Denis-Bovesse et à Rhisnes, tout est haché dans un rayon d’environ 5 kilomètres. Les betteraves même sont rasées au niveau du sol, non par des grêlons, mais par de véritables glaçons d’une grosseur énorme. Dans les campagnes, on retrouve de nombreux oiseaux tués ou blessés. Des chevaux, des poulains et des bêtes à cornes qui se trouvaient à la pâture ont pris peur et ont renversé les clôtures pour se sauver.

    À Rienne, il a fallu faire sortir le bétail, qui courait le risque d’être noyé.

    Le désastre n’est pas moins considérable dans une partie de l’Entre-Sambre-et-Meuse, où des toitures ont été emportées et des arbres déracinés. À Falisolles, un tilleul séculaire, un des arbres les plus superbes de la province, gît lamentablement sur le sol, fendu dans toute sa hauteur.

    À Ohey : Orage accompagné d’un véritable cyclone vers 18h00 ; arbres brisés. Jardins ravagés par des grêlons de toutes formes, du volume de petites noix.

    Éprave : Orage très violent venant du SO, avec accompagnement d’un ouragan formidable et d’une très forte grêle. Quantité d’arbres ont été déracinés et cassés, toutes les récoltes ont été hachées. Peu de pluie.

    Les territoires d’Ave, Auffe, Resteigne, Wavreille, un peu Han ont été littéralement dévastés. Les récoltes recouvrent le sol ; rien n’est resté debout. Bien des cultivateurs sont ruinés. Les taillis et les arbres de futaie ont été débarrassés de la moitié des leurs feuilles. Les grêlons étaient de dimensions extraordinaires.

    Hérisson [commune de Vresse-sur-Semois] : L’orage a semé la désolation dans les campagnes par une chute de grêlons de grosseur formidable, coupant les tiges des céréales, des pommes de terre, dévastant les jardins et déracinant un très grand nombre d’arbres dans les forêts. Une quantité considérable de fenêtres ont volé en éclats, des voitures de foin ont été renversées.

    Hotton : Après l’orage, la moitié des récoltes étaient hachée et l’autre moitié, couchée comme si un rouleau avait passé dessus. À Hampteau et à Rendeux, le vent a été très violent ; les arbres fruitiers ont beaucoup souffert ; des peupliers de très forte dimension ont été arrachés.

    Laroche [lire La Roche-en-Ardenne] : L’orage a été accompagné d’une tempête d’une violence inouïe dans la vallée de l’Ourthe. De plus, une effrayante averse de grêlons a tout haché dans les champs et dans les jardins.

    Lierneux : De mémoire d’habitants, on n’avait jamais eu d’orage plus violent. Une pluie de grêlons de la grosseur d’un œuf est tombée, anéantissant les récoltes et les fruits des jardins. Plusieurs maisons ont éprouvés de sérieux dégâts. Dans nombres d’habitations, il ne reste plus un seul carreau aux fenêtres, la grêle les ayant mis en miettes. À l’église de Jevigné, tous les vitraux ont été complètement brisés. Au hameau de Hierlot, un grand nombre de poules ont été tuées sur place par la grêle.

    Visé : Nous avons eu une trombe d’eau, de vent et de grêle. L’orage a été de très courte durée, mais il a fait des grands ravages, sur une largeur pas bien grande. 

    Depuis le matin, le ciel était très orageux. Il faisait très chaud. Le vent était au sud. Vers 15h00, des coups de tonnerre se font entendre au loin, à l’ouest. Puis, vers 15h45, le ciel s’obscurcit et, après un éclair, le vent se lève furieux et la pluie, venant du nord-ouest, s’abat en nappes opaques. Je ne voyais pas un arbre à 5 mètres devant moi. Le vent faisait rage. Le tout a duré 10 à 15 minutes. Des maisons en construction ont été renversées, des arbres, déracinés et il doit y avoir eu d’autres dégâts considérables. Le poste pluviométrique a recueilli 19 mm. ».