Le mois d’août 1886 est marqué jusqu’au 20 du mois par une période fraîche, suivie de températures en hausse, avec un maximum, en fin de mois, de 34,5°C à Westmalle, température encore jamais atteinte en cette période de l’année à l’époque. Les manifestations orageuses ont été rares durant ce mois, sauf le 10 août où des orages violents sont signalés, ainsi qu’une probable tornade à Boutersem, en province du Brabant Flamand.
Plusieurs auteurs donnent leur récit de l’événement :
1) Albert Lancaster (Annuaire de l’Observatoire royal de Belgique – 1987) : « Le 10, les manifestations électriques ont été particulièrement intenses et fréquentes. Divers mouvements orageux ont été observés à cette date sur la Belgique entière, et l’un d’eux a été accompagné d’une trombe qui a sévi en quelques points avec une violence extraordinaire. ».
2) M. François : « Tirlemont. À 10 heures du matin, le soleil brillait, mais le ciel, dans la direction de Louvain, semblait couvert d’un brouillard noir, qui s’épaississait constamment ; à ce moment, le vent était OSO et des nuages légers venaient de ce point. À 10h30, le vent vira à l’ONO et la masse noire entière avança lentement. À 10h50, elle était près du zénith et terminée par une espèce de rouleau blanc sale, dont les replis se perdaient derrière une ligne d’un noir de suie ; quelques petits nuages blancs passaient rapidement devant les masses noirs. L’air était étouffant, le thermomètre marquait 26°C. À 11 heures, un coup de vent souleva un immense nuage de poussière, le soleil se voila et l’obscurité devint telle qu’il n’était plus possible de lire. Une pluie diluvienne commença à tomber à 11h15, une nappe liquide mêlée de grêlons ; cette nappe, poussée par un vent furieux, semblait passer horizontalement. Le roulement continu de la foudre était à peine perceptible. À 11h30, la pluie diminua de force. À midi, un nouvel orage monte rapidement et franchement de l’OSO. À 12h15, un nouvel orage éclate ; les éclairs sont beaucoup plus vifs et les coups de foudre plus forts qu’aux premiers. À 12h30, la pluie est redevenue diluvienne et a diminué progressivement jusqu’à 1h30. Le pluviomètre indique 37 mm.
L’orage du 10 août 1886 observé depuis Tirlemont en direction du nord-ouest, avec l’église Saint-Germain qui
est représentée. Illustration : Frédéric Godefroid©Belgorage.
Le centre du météore a passé à mi-chemin entre Louvain et Tirlemont ; Vertryck et Boutersem ont plusieurs maisons renversées, beaucoup d’arbre arrachés ; quelques poteaux télégraphiques de la voie ferrée ont été brisés. Les villages environnants ont été fort éprouvés par la grêle. Quantité de pigeon et de perdreaux ont été ramassés dans la campagne, tués par la grêle. Il paraît que les environs de Saint-Trond ont également beaucoup souffert. ».
3) M. Buvé : « Bautersem. Le vent a été terrible. Dans une prairie d’un demi-hectare de superficie, 30 arbres sur 46 ont été déracinés ; ailleurs, une grande quantité d’arbres ont été décapité : de grosses branches ont été cassées et transportées au loin ; la tête d’un arbre est tombée à grande distance, dans la cour d’une ferme. Des piles de planches ont été lancées dans les airs comme des plumes et ont fait ainsi un trajet de 200 à 300 mètres. Des toits ont été arrachés, des maisons se sont écroulées ; un enfant a été enlevé du sol et projeté sur le toit d’une maison. Une voiture de déménagement a été poussée dans un fossé, où l’un des trois chevaux qui y étaient attelés a péri.
La pluie a été très intense ; beaucoup de maisons ont été inondées. Des grêlons énormes sont tombés et ont causé de grands dégâts dans les campagnes. ».
Ces deux derniers auteurs ont été repris par Alain Lancaster.
