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09/07/1853 – Violents orages en région bruxelloise

    Le samedi 9 juillet 1853, au cours d’une journée caniculaire, un violent orage touche les environs de Bruxelles. Des grêlons d’une taille impressionnante font d’immenses dégâts, engendrant également la mort d’au moins deux personnes et de centaines d’animaux. De plus, une brève tornade a été observée près de Vilvorde, depuis le hameau des Trois-Fontaines.

    Parmi les extraits que nous vous proposons ci-dessous, il est intéressant de voir que les gens de l’époque s’inquiétaient déjà d’un changement dans le climat. Bien que l’influence du réchauffement climatique actuel n’était pas encore perceptible, cela prouve la grande variabilité qu’à toujours connu notre climat tempéré en Belgique.

    Voici les extraits en question :

    « Notre pays subit depuis quelques années une révolution climatérique qui menace malheureusement de devenir chronique. Depuis douze ans,  nous n’avons plus de printemps ; depuis trois ans, nous n’avons plus d’automne. Rien qu’hiver ou été : bise ou canicule. Et encore, les deux saisons se confondent-elles si bien que parfois, le manteau est nécessaire en juillet et incommode en janvier. »

    « Une chaleur vraiment sénégalienne a pesé hier après-midi sur notre ville ; vers deux heures, la chaleur est devenue tout à fait insupportable. Un court orage a rétabli alors quelques temps la fraîcheur, mais, à peine les nuages s’étaient-ils dissipés que la chaleur est revenue intense et suffocante. Au thermomètre, on a compté 37 degrés. »

    « L’orage qui a éclaté hier, vers deux heures et demie de l’après-midi, a occasionné dans nos environs de nouveaux et incalculables dégâts, mais c’est surtout dans la direction nord et nord-ouest de Bruxelles qu’une véritable trombe dévastatrice a exercé ses ravages avec le plus de violence.
    Depuis Molenbeek-Saint-Jean jusqu’à Assche [à lire Asse], Merchtem et Vilvorde, plus de vingt communes ont cruellement souffert du passage de cette trombe. D’énormes grêlons de toutes les formes, chassés par l’orage, brisaient de grosses branches d’arbres et hachaient les récoltes. Quelques-uns de ces grêlons, recueillis seulement après l’orage, pesaient plus de deux onces [une once équivaut à un peu plus de 30 grammes]. Des centaines d’arbres ont été de nouveau déracinés ou totalement brisés. Des campagnards surpris pendant qu’ils travaillaient aux champs ont eu à peine le temps de se réfugier dans des pièces de blés et de s’y jeter contre terre à plat ventre.
    À Wemmel, Jette, Laeken, Humbeek, Grimbergen, etc., il y a eu des dégâts dans les campagnes et l’on ne connaît pas encore toute l’étendue du désastre, le second que l’on ait eu à déplorer en dix jours dans ces localités.
    Sur toute la ligne de hameaux s’étendant par Berchem-Sainte-Agathe, Grand-Bigard, Zellik, Jette et Laeken, dans la direction de Vilvorde, les grêlons tombant d’une grosseur prodigieuse ont brisé toutes les vitres et haché les récoltes en quelques endroits. À Jette, les vitraux et la toiture de l’église ont été ravagés. Un arbre a été déraciné à l’Allée Verte.
    De mémoire d’homme, il n’y a pas d’exemple, dans tous nos environs, de semblables intempéries. Dans différents quartiers de la ville et dans des faubourgs, des vitres ont été brisées et, dans les jardins, on a vu des morceaux de glaçons de la grosseur d’un pouce qui étaient tombés. L’orage a fait plus de dégâts à Vilvorde ; un grand nombre de vitres ont été brisées par les grêlons, des pigeons qui en ont été atteints ont été tués. » (Le Journal de la Belgique : pièces officielles et nouvelles des Armées – 10/07/1853)

    « La façade ouest du château de Laeken et de la fabrique de M.Cappellemans ainsi que toutes les maisons de Laeken du même côté ont perdu leurs vitres. Les ravages sont faibles, mais, après les Trois-Fontaines, auprès du château de M. Van Volxem, on constate que la grêle est tombée avec une force prodigieuse et en morceaux énormes. Au château, tout est brisé et 12.000 carreaux de vitres ont été commandés par M. Van Volxem pour réparer les désastres. Un domestique du château a reçu sur la nuque un grêlon qui l’a renversé sans connaissance. À l’estaminet des Trois-Fontaines, la perte est considérable. Au côté ouest, plus une vitre. Derrière, dans les campagnes, toutes les récoltes sont perdues. À Vilvorde, ce sont des centaines de milliers de vitres qu’il faudra remplacer. Toutes les verrières de l’église ont été littéralement réduites en poussière. À l’hôpital, même désastre ; il a fallu placer des planches partout pour protéger les malades du vent. De l’autre côté du chemin de fer, à Machelen, à peine a-t-on eu conscience de l’orage, qui paraît avoir suivi le canal jusqu’à Capelle, que le tonnerre est tombé sur une ferme et l’incendie allumé par la foudre a tout détruit.
    Du côté de Jette, une grande ferme couverte en ardoises a eu son toit effondré. La grêle a pénétré partout et a détruit les colzas en grange et tué trois chevaux. À Strombeek et à Bever, les récoltes sont hachées, les toits de tuiles et d’ardoises, détruits. L’église a aussi énormément souffert. On a ramassé des grêlons de 30 centimètres de circonférence. À Burght, une femme a été tué raide par un seul grêlon. »

    « Un témoin oculaire de l’orage aux Trois-Fontaines dit que sa formation et sa marche était un spectacle terrible et imposant. Un nuage blanc-gris, roulant très bas et tourbillonnant avec une vitesse élevée dont rien ne peut donner l’idée. Le vent, soulevant d’énormes tourbillons d’une poussière aveuglante, passa d’un coup au nord-est et amena le redoutable tourbillon dans la direction de Ninove. De là, on le vit s’approcher rapide et comme la foudre, et, vis-à-vis des Trois Fontaines, il prit la forme d’une trombe s’abaissant sur le canal au point de toucher l’eau, remplissant l’air d’une vapeur telle qu’on ne distinguait rien à dix pas, et se mouvant en tous sens avec une force indescriptible. Le vent se porta soudain à une grande hauteur et la grêle commença à tomber avec un fracas étourdissant, faisant jaillir l’eau du canal à plus de trois pieds de hauteur. Ce n’était pas de la grêle, c’était des morceaux de glace, lenticulaires et hérissés de pointes d’une régularité remarquable, pesant un demi-kilogramme. Jamais notre pays n’a vu un pareil phénomène météorologique et jamais non plus on n’a vu de grêle semblable. » (Le Courrier de l’Escaut – 11/07/1853)

    « L’une des localités qui a eu le plus à souffrir de la violence du vent et de la grêle, c’est le village de Strombeek. Tout y a été complètement ravagé, les bâtiments fortement endommagés, les récoltes détruites. Un troupeau de moutons qui se trouvait en pleine campagne a péri en grande partie par la chute de grêlons d’une grosseur énorme. Des animaux de basse-cour, du gibier, des lièvres, des perdreaux et des volatiles de toute espèce ont été retrouvés morts, jusqu’aux poissons dans les étangs, qui n’ont pas été épargnés davantage. À Wemmel, un enfant a péri. » (La Nation – 12/07/1853).