En fin d’après-midi du 19 août 2026, un amas pluvio-orageux particulièrement actif a transité sur la Wallonie, en apportant des pluies bienvenues après des semaines de sécheresse et d’incendies, notamment dans les Hautes-Fagnes. En son sein cependant, une puissante supercellule s’est fait remarquer par de nombreux dégâts liés au vent. Celle-ci a transité depuis la Botte du Hainaut jusqu’aux Cantons de l’Est, en produisant une série de tornades et de rafales descendantes.
Déroulé de l’épisode et analyse de la supercellule
En milieu de journée, une perturbation pluvieuse (mais présentant déjà ça et là un caractère convectif) gagne le nord de la France depuis la Manche, en lien avec un passage frontal. Même sans orage, les lames d’eau laissées à son passage sont notables, avec souvent entre 20 et 30 mm de précipitations.
Sur le flanc sud de cette perturbation, une courte ligne convective se développe brutalement aux alentours de 15h00 sur la région de Cambrai dans le département du Nord en France puis devient orageuse au sud de Valenciennes vers 15h30. À ce moment, son extrémité sud présente déjà des signes de rotation et donc une possible organisation supercellulaire.
Une demi-heure plus tard cependant, une autre cellule orageuse s’approchant à son sud la désorganise quelque peu. L’ensemble fusionné prend alors transitoirement davantage l’aspect d’un orage multicellulaire et l’activité électrique se renforce nettement.
Ce système convectif entre en Belgique dans la Botte du Hainaut peu après 16h00 et prend, pendant quelques dizaines de minutes, une structure de type LEWP (Line Echo Wave Pattern en anglais soit une ligne orageuse multicellulaire prenant l’apparence de vagues). La pointe sud semble désormais animée d’une rotation d’après les imageries radar, avec la formation d’une nouvelle supercellule au sud des restes de la première, située plus au nord, avec la ville de Beaumont entre les deux.
Par la suite, la rotation sud est toujours visible sur une trajectoire sud Beaumont – Florennes – Dinant, tandis que par à-coups, une trace de rotation persiste également dans la section plus au nord, issue de l’ancienne supercellule. C’est sous cette forme que l’ensemble convectif traverse l’Entre-Sambre-et-Meuse sans se faire remarquer autrement que par de fortes averses et une activité électrique soutenue, bien que localement, de fortes rafales de vent sont déjà observées.
Une fois la vallée de la Meuse atteinte, la partie sud du système entame une nouvelle phase d’intensification, tandis que la partie nord se déstructure définitivement sur le sud du Namurois. Les premiers dégâts sont aussi observés, avec une toiture arrachée d’un box à chevaux près de Dinant, tandis que quelques branches d’arbres sont brisées.
Ensuite, autour de 17h15, la supercellule est désormais bien individualisée et se trouve sur la région de Ciney. Elle prend alors un caractère visuellement menaçant en approchant Somme-Leuze. À son avant, une autre cellule présente sur Durbuy est rattrapée par cette dernière et rapidement absorbée dans le quart d’heure suivant.
À ce moment, vers 17h30, la supercellule se renforce brutalement au nord de Marche-en-Famenne, avec un mésocyclone qui est clairement visible sous la forme d’un abaissement nuageux massif animé d’une rotation. Les premiers dégâts conséquents liés au vent sont alors perpétrés au zoning d’Aye puis au niveau du WEX de Marche-en-Famenne, probablement en lien avec des rafales descendantes liées au RFD (courant descendant arrière d’une supercellule) agissant directement au sud du mésocyclone (nous y reviendrons plus en détail dans la partie consacrée à l’enquête de terrain).
Peu après, vers 17h45, l’orage se retrouve dans la région d’Érezée. Il est toujours très actif notamment au niveau de son activité électrique mais prend davantage les traits d’un hybride multicellulaire/supercellulaire, avec une supercellule imbriquée sur son flanc sud. Celle-ci est en effet côtoyée par plusieurs autres cellules au nord mais aussi à son sud-ouest. Ces dernières interagissent d’ailleurs régulièrement avec le courant ascendant de la supercellule, faisant évoluer rapidement le mésocyclone, avec plusieurs phases d’intensification/restructuration successives, ce qui se traduit, semble-t-il, par le développement et l’occlusion rapide des zones de rotations. Ces signes de rotation apparaissent d’ailleurs régulièrement au niveau de la supercellule imbriquée. Ces derniers ont même tendance à se renforcer en progressant vers la frontière allemande. À plusieurs reprises, des tentatives d’évolution en écho en arc sont également visibles sur les imageries radar, sans doute sous l’effet de pulsions du RFD (aidées par les cellules absorbées à son sud-ouest) mais aussi d’un RIJ (Rear Inflow Jet en anglais soit un courant jet à l’arrière du système) plus au nord qui semble effectuer des poussées à plusieurs reprises.
Pendant ce temps, des dégâts sont perpétrés tout le long de la trajectoire de l’orage. À 18h10, alors que notre système se retrouve entre Malmedy et Saint-Vith en province de Liège, une cellule isolée qui s’est développée à son avant est en passe d’être absorbée. Celle-ci s’est formée de manière explosive 15 minutes plus tôt au sud-ouest de Saint-Vith et progresse vers le nord-nord-est, tandis que notre système avance en direction de l’est-nord-est. Cette cellule isolée semble prendre des caractéristiques supercellulaires et se fait phagocyter autour de 18h15 sur la région de Bullange. Et justement, c’est à ce moment précis que les dommages les plus importants sont observés, avec une habitation éventrée et de nombreux arbres abattus. Les signes de rotation sont également très marqués sur les imageries radars, avec notamment un écho en crochet visible et un « mesocyclone-index » élevé.
Radar des précipitations, le 19 août 2026 à 18h10. La cellule isolée est sur le point de se faire absorber par
le système principal au nord de Saint-Vith. Source : Kachelmannwetter
Radar des précipitations, le 19 août 2026 à 18h20. La cellule isolée a été absorbée par le système principal, qui connaît un net
renforcement avec un écho en crochet bien visible près de la frontière allemande. Source : Kachelmannwetter
Peu après, à 18h25, le système convectif franchit la frontière allemande en opérant une nouvelle restructuration. La course de ce système ne s’arrête pas pour autant là, tout au contraire, puisqu’il traversera l’Allemagne de part en part durant la soirée, jusqu’à la frontière polonaise, en donnant plusieurs phénomènes venteux, dont certains tornadiques et plus puissants qu’en Belgique.
Ainsi, sur le territoire belge, la supercellule a laissé un sillage de dégâts alignés depuis la région de Marche-en-Famenne jusqu’à Bullange, où ils ont atteint leur maximum dans cette commune de l’Ostbelgien. Il semble que le mésocyclone, bien actif, ait généré de nombreux tourbillons en ayant un contact parfois très bref avec le sol. Ces tornades à brève durée de vie ont toutefois atteint ponctuellement une intensité significative, jusqu’au haut du niveau F2 sur l’échelle de Fujita. D’autres dégâts plus épars et légers sont dus à l’effet général du mésocyclone, générant des vents puissants au-dessous de lui. C’est d’ailleurs au sein de cette circulation rapide que les tornades mentionnées se sont produites. Légèrement en décalé vers le sud, d’autres dommages sont plutôt à relier à l’action du RFD, générant des rafales descendantes, comme au niveau du WEX de Marche-en-Famenne. Ces éléments sont discutés plus en profondeur dans le chapitre « Résultats des enquêtes de terrain ». Par ailleurs, cette situation est semblable à celle qui a été rencontrée lors de l’épisode tornadique du 23 octobre 2022, dans le Nord-Pas-de-Calais en France et le Hainaut belge.
Situation atmosphérique
Cette séquence intervient après plusieurs semaines de temps très chaud et sec. Bien que quelques pluies eussent concerné la Belgique les jours précédents, il s’agit de la première réelle perturbation organisée depuis deux mois.
Associé à un vaste complexe dépressionnaire s’étirant des Îles britanniques à la Russie occidentale, un front ondule dans nos parages. En début d’après-midi, une onde dépressionnaire sur ce front se présente sur le nord de la France, en prenant les caractéristiques d’un « triple point » puis progresse rapidement à travers la Belgique, pour gagner l’ouest de l’Allemagne en début de soirée. Elle est associée à la présence d’une entrée droite de jet-stream bien divergente en haute troposphère, exerçant dès lors des forçages synoptiques marqués. Au sud de cette onde, une advection d’air chaud en basse couche entraîne l’apparition d’une instabilité toutefois peu prononcée, mais qui, associée aux forçages d’altitude, permet l’apparition de la convection, aidée par une atmosphère bien humidifiée.
La présence de cisaillements de vent en direction mais aussi en vitesse augmente le risque de mise en rotation des cellules orageuses et donc l’apparition de supercellules. Ce risque, bien que relativement diffus, avait toutefois été mis en évidence dans les prévisions de Belgorage le matin même.
Analyse de surface du 19 août 2026 à 14h00. L’onde dépressionnaire à l’origine de la dégradation orageuse en Belgique
durant la soirée à venir se trouve alors sur les côtes de la Manche, en France. Source : KNMI
Résultat des enquêtes de terrain
Dans cette partie, nous allons détailler les constatations réalisées lors de l’enquête de terrain. Avant de commencer, nous tenons à préciser qu’il n’a pas été possible de parcourir l’ensemble de la zone touchée par l’orage, car cela aurait demandé plusieurs semaines d’investigations pour couvrir l’entièreté du territoire. Ainsi, il est possible (même probable) que certains phénomènes qui ont sévi n’aient pas été identifiés et que certains endroits qui présentent des dégâts ne soient pas mentionnés.
- Marche-en-Famenne
Les premiers dommages nous ont été signalés dans le zoning industriel d’Aye. Dans une entreprise, du matériel stocké en extérieur (tuyauteries, tôles) a été projeté par de fortes rafales de vent. L’enquête de terrain n’a pas permis de révéler des dommages significatifs ; seules quelques traces étaient visibles (brindilles, branches brisées isolément). Ainsi, l’intensité étant trop faible, aucune conclusion ne peut être tirée. Cependant, des images issues de caméras de surveillance montrent de brusques rafales de vent qui semblent de direction linéaire.
Plus loin, à l’entrée d’une forêt de l’autre côté de la Nationale 4, quelques arbres sont endommagés et des branches, brisées. Le massif n’a pas été parcouru.
De l’autre côté du bois, des dommages similaires sont observés dans le quartier « Aux Bois D’en Bas ». En plus de quelques dégâts à la végétation (arbre abattus et branches brisées) de façon ponctuelle, certaines habitations présentent des dommages légers (structures faîtières légèrement endommagées) et deux trampolines sont renversés.
Le site du WEX est également touché, avec de légers dégâts aux toitures et quelques arbres endommagés. De plus, environ 70 voitures ont eu des vitres brisées à la suite de la projection de gravillons. Toutefois, les dommages restent (très) faibles et ponctuels et ne montrent aucun signe d’aspiration ou de convergence, ce qui porte nos investigations sur un phénomène venteux linéaire (rafales descendantes). Cette hypothèse est renforcée par les vidéos issues de caméras de surveillance et de témoins. De plus, une photo de l’orage prise en dehors du périmètre montre le courant ascendant passer au-dessus de la zone touchée. Cette prise de vue est riche en enseignements, car on peut y distinguer le nuage-mur en dessous du mésocyclone, avec un soulèvement de poussière à l’arrière vers le site du WEX. Plus à l’avant, il semblerait qu’un tuba soit également visible en effectuant un zoom, sans certitude. Les images radars montrent également que la zone de rotation est présente au nord-ouest du WEX, ce qui correspond à l’analyse faite à partir d’une photographie. En outre, une station météorologique a enregistré une rafale de 95 km/h. Ainsi, il semblerait que des rafales descendantes issues du RFD soient à l’origine des dommages. Concernant le possible tuba sur une photographie, aucune preuve n’existe sur le terrain pour conforter cette hypothèse.
- Hotton
Par après, le phénomène passe à travers la base militaire de Marche-en-Famenne. Depuis le village de Bourdon, des dégâts sont visibles à l’intérieur du périmètre, avec des arbres abattus. Malheureusement, il n’est pas possible d’y mener des investigations. Par contre, d’autres dommages sont aussi observés dans le village même ainsi qu’à la lisière des bois surplombant l’entité. Les mêmes caractéristiques que précédemment sont remarquées, à savoir des dégâts assez légers et ponctuels au sein d’un couloir qui atteint au moins 1,5 kilomètre de largeur (branches brisées et toitures en tôles endommagées). Par la suite, en direction de Hotton, les dommages sont encore plus dispersés, au point qu’il n’est plus possible d’en tirer la moindre conclusion.
- Érezée
Ensuite, des arbres sont à nouveaux touchés de manière plus circonscrite entre Fisenne et Érezée, avant que d’autres dommages ne se concentrent autour de la Nationale 807, que le phénomène semble suivre dans son déplacement ouest – est, jusqu’à l’est de ce dernier village. Les mêmes types de dégâts sont relevés, à savoir des dommages assez légers et ponctuels, sans aucun indice clairement établi de convergence ou d’aspiration. Ainsi, notre hypothèse est toujours la survenue de rafales descendantes liées à des pulsions du RFD. Cependant, l’entièreté de la zone n’ayant pas été étudiée, nous émettons des réserves.
- Manhay
Au-delà d’un massif forestier qui n’a pas pu être parcouru (peu accessible et relief escarpé), nous arrivons au village de Grandménil, déjà touché par une tornade, le 8 août 2014. Les dégâts sont un peu plus importants que précédemment, avec plusieurs toitures endommagées (tôles arrachées sur une exploitation agricole, pan entier emporté sur une annexe d’habitation, arbres déracinés). Toutefois, aucune preuve en faveur de la survenue d’un tourbillon n’est relevée. On note également qu’une rafale de 72 km/h est mesurée à l’observatoire de La Fosse, situé un peu plus au sud.
Après, dans le village de Manhay, la configuration des dégâts n’est plus la même. En effet, des branches d’arbres sont dispersées dans des directions différentes et des tôles sont soulevées sur le bâtiment d’une exploitation forestière. Mais nous ne pouvons pas être formel dans nos analyses, car les dégâts sont assez légers (et la plupart déjà nettoyés à notre passage). Cependant, un témoignage important nous est parvenu par un riverain de la rue du Pré des Fossés, qui déclare avoir vu un tourbillon se former dans son jardin. Cette déclaration est prise au sérieux, car, non loin de là, une parcelle de résineux est ravagée entre Manhay et Vaux-Chavanne. Les arbres sont enchevêtrés et abattus de manière convergente, ce qui confirme la survenue d’une tornade à cet endroit. De plus, d’autres dégâts périphériques convergents sont également observés, notamment sur la bordure gauche du couloir, avec des arbres déracinés ou étêtés. De même, la végétation herbacée montre des signes de rotation des vents.
Dégâts convergents observés dans une parcelle de résineux entre Manhay et Vaux-Chavanne en province de Luxembourg
suite au passage d’une tornade, le 19 août 2026.
Dégâts observés à la végétation entre Manhay et Vaux-Chavanne en province de Luxembourg.
Le phénomène s’est déplacé de bas en haut sur l’image.
Plus loin, dans le village de Vaux-Chavanne, d’autres arbres sont abattus et plusieurs toitures sont légèrement endommagées (tuiles et ardoises délogées) tandis qu’une véranda est détruite. Ces dommages se concentrent dans le bas du village sur la trajectoire de la tornade, ce qui nous laisse penser que le même phénomène en est à l’origine, bien que les traces ne fussent pas clairement imputables au phénomène, car la plupart des dommages étaient déjà nettoyés à notre passage. L’intensité du phénomène reste toutefois faible, de niveau F0-T1, avec un couloir de dégâts d’environ 350 mètres de largeur.
- Lierneux
De l’autre côté de l’autoroute E25, nous arrivons au village de Bra. De nombreux dégâts à la végétation sont encore observés, avec des arbres déracinés ou brisés, en particulier le long du chemin qui relie les chapelles du Rond-Buisson et des Achelires. Ailleurs, les dommages sont davantage ponctuels sur une large zone. Cette fois encore, les dommages paraissent linéaires.
Cependant, au hameau d’Erria, des dégâts nettement convergents sont à nouveau observés dans des prairies à l’est de l’entité, avec notamment des arbres couchés dans la direction opposée à celle du déplacement du phénomène. Ainsi, nous pouvons confirmer la survenue d’un phénomène tourbillonnaire à cet endroit, bien que l’intensité demeure faible (F0-T0), avec un couloir de dégâts qui semble se restreindre à environ 350 mètres de largeur.
On note aussi que des dommages à la végétation sont constatés plus au sud, notamment près du village d’Odrimont. Une théorie serait que ces derniers dégâts soient liés au RFD, alors que la zone de rotation qui s’est occlue est remontée légèrement vers le nord-est.
- Trois-Ponts
Ensuite, un massif forestier est de nouveau traversé et aucune trace concrète n’est retrouvée, malgré un survol au drone (mais nous n’excluons pas la présence de dégâts, puisque la zone n’a pas pu entièrement être investiguée). Autour du hameau de Rochelinval, les dommages réapparaissent, avec des arbres déracinés et des branches brisées de part et d’autre du ruisseau (La Salm) mais de façon linéaire. Toutefois, au nord de l’entité, d’autres dégâts se démarquent le long de la Nationale 68, avec des arbres abattus dans des directions variables et convergentes, certains étant couchés dans le sens opposé au déplacement du phénomène, révélant le passage d’un phénomène tourbillonnaire. Des automobilistes ont aussi témoigné avoir vu des vents tourbillonnants qui ont cassé et projeté des cimes d’arbres dans les airs. Toutes ces constatations sont relevées dans un couloir de 1,5 kilomètre de large.
Par après, les constatations ne sont pas clairement établies. Déjà, la zone n’a pas été investiguée entièrement à cause du manque d’accessibilité et du relief très escarpé (près de 250 mètres de dénivelé). Mais encore, le couloir de dommages n’est pas délimité, car les dégâts sont à nouveaux ponctuels et épars dans le paysage, au sein d’une large zone. Au niveau des hameaux de Spineux, Vau et Logbiermé, l’intensité est généralement faible et rien de particulier n’en ressort. Par contre, les dégâts semblent plus conséquents près de Wanne et Hinoûmont, où plusieurs toitures ont été endommagées, notamment sur une exploitation agricole.
Une théorie serait qu’à nouveau, les dégâts au sud seraient liés au RFD, tandis que plus au nord, ils seraient liés à la zone de rotation en phase d’occlusion, avec, par moments, des contacts qui sont établis avec le sol, donnant lieu à des phénomènes tourbillonnaires temporaires. De même, il semblerait que le relief escarpé ait également joué un rôle, aidant la formation d’un tourbillon dans un premier temps, avant que ce dernier n’ait des difficultés pour remonter la pente.
- Malmedy
Après la traversée d’une forêt, quelques légers dommages à la végétation sont aussi constatés dans la vallée du RechterBach, avant que l’autoroute E42 ne soit atteinte. De l’autre côté, le village de Pont est touché, avec, là aussi, des dommages très légers qui ne révèlent rien de particulier, si ce n’est un couloir beaucoup plus restreint qu’auparavant.
Par contre, à l’entrée du village de Ligneuville, l’intensité du phénomène augmente, avec des arbres abattus et des branches brisées autour des Nationales 660 et 62 (a). Ces dommages sont par ailleurs convergents au nord du couloir, qui atteint ici environ 400 mètres de largeur. En effet, les arbres sont couchés en direction du sud-est le long de la N660, tandis qu’ils sont orientés vers le nord-est le long de la N62. Ainsi, il semblerait qu’une circulation tornadique soit à l’origine de ces dégâts.
Carte illustrant le couloir approximatif des dégâts (en jaune) avec l’orientation des dégâts étudiés (flèches rouges)
et les axes de convergence observés (tirets jaunes). Fond de carte : Google Maps
Dans le centre du village, l’intensité baisse à nouveau et seuls quelques dommages sont visibles sur la bordure nord du couloir, avant que des dégâts soient à nouveaux visibles cette fois en bordure sud, à la sortie du village, sur des habitation de la route du Waud (b) et de la rue de la Centrale (c). Ainsi, une toiture en tôle est arrachée d’une habitation dans cette première rue et dispersée dans les propriétés voisines (brisant notamment une baie vitrée et endommageant des véhicules), tandis qu’un morceau de toiture est emporté dans la seconde rue mentionnée, avec des panneaux solaires. De plus, un arbre d’une circonférence remarquable (d) est sectionné à la base et s’écrase dans l’entrée d’une autre propriété. L’intensité atteint le niveau F0-T1, peut-être très isolement F1-T2. Toutefois, aucun indice n’a clairement pu établir la survenue d’un phénomène tourbillonnaire à cet endroit, car les dégâts sont plutôt orientés de façon linéaire.
- Waimes
Ensuite, les dommages sont de nouveaux plus épars et faibles jusqu’à Faymonville. Là, le long de la rue Géréon, les dommages sont plus importants mais aussi plus localisés, au sein d’un couloir qui ne dépasse pas 150 mètres de largeur, ce qui n’avait pas encore été observé jusqu’ici. Déjà, entre Steinbach et Faymonville, plusieurs arbres de belle taille sont abattus le long de la route (e). L’un d’entre eux, sectionné à mi-hauteur, a d’ailleurs été projeté par-dessus une haie pour retomber une dizaine de mètres plus loin dans une prairie (f).
Carte illustrant le couloir approximatif des dégâts (en jaune) avec l’orientation des dégâts étudiés (flèches rouges)
et les axes de convergence observés (tirets jaunes). Fond de carte : Google Maps.
Dans le village, outre de nombreux arbres déracinés (voire dépouillés de leurs branches pour certains), un pan entier de toiture est arraché sur une habitation (g) et les débris sont projetés à plus de 100 mètres. Sur cette même habitation, les fenêtres situées sur la façade normalement abritée du vent sont maculées de brins d’herbe, même au deuxième étage, apportant une preuve en faveur d’un phénomène tourbillonnaire. L’analyse des chutes d’arbres dissipe les doutes, car ils sont orientés de façon convergente, cette fois encore essentiellement sur la bordure nord du couloir mais aussi parfois au sud de ce dernier. De plus, des phénomènes d’aspiration ont été observés sur du mobilier de jardin ou encore des couvertures de cheminées. Certains arbres présentent aussi un caractère dépouillé lorsqu’ils ne sont pas abattus. L’intensité atteint le niveau F1-T2 voire F1-T3 sur l’habitation, endommagée. De l’autre côté du village, à l’intersection de la rue Géréon et de la rue Saint-Hubert (h), les dégâts redeviennent faibles et épars.
Dégâts observés sur une habitation de la rue Géréon à Faymonville en province de Liège suite au passage d’une tornade, le 19 août 2026.
Mais, légèrement plus au sud, d’autres dommages apparaissent près de la rue de Rôbrou (i), dans un couloir plus large qui atteint environ 700 mètres de largeur, décalé du premier couloir précédemment identifié. Des dégâts nettement convergents sont identifiés dans la végétation dans un premier temps. Plus loin (chemin Drî l’Ak) (j), la disposition des dégâts (arbres déracinés ou brisés, branches cassées) redevient linéaire voire même à tendance divergente. L’hypothèse privilégiée est donc la survenue d’un tourbillon secondaire très temporaire (tendance multi-vortex) au moment d’une poussée du RFD, qui laisse ces derniers dommages comme indices de sa survenue.
Passés cette localisation, nous retrouvons de nouveau des dommages plus faibles et éparpillés.
On notera également que d’autres dégâts sont observés entre Waimes et Weywertz (Bütgenbach), plusieurs kilomètres au nord. Ces derniers sont aussi localisés. Il est probable qu’ils sont liés à un RIJ, visible sur les images radars.
- Büllingen
Ensuite, des dégâts plus importants sont remarqués à l’ouest de Büllingen, le long de la Nationale 658, où des alignements d’arbres sont ravagés (k). En effet, de part et d’autre de la route, de nombreux résineux sont déracinés ou brisés dans des prairies. Par ailleurs, plus en amont, aucun dommage n’est visible dans des parcelles forestières, si ce n’est quelques résineux étêtés ponctuellement, ce qui semble montrer l’apparition d’un phénomène autour de cette route.
Epicéa brisé et torsadé en amont de la Nationale 658.
Alignement d’arbres endommagés à l’ouest de Büllingen.
L’analyse des chutes d’arbres montre une convergence des vents bien établie, au sein d’un couloir qui atteint 700 mètres de largeur. Une circulation tornadique ne fait que peu de doutes, avec notamment un arbre complètement torsadé. En outre, deux parcelles de maïs situées en bordure droite du couloir (l-m), montrent des épis globalement orientés dans la même direction vers le centre du couloir, en présentant un aspect mouvementé. Une telle configuration est un des indices par excellence de la survenance d’un phénomène tornadique.
Carte illustrant le couloir approximatif des dégâts (en jaune) avec l’orientation des dégâts étudiés (flèches rouges)
et les axes de convergence observés (tirets jaunes). Fond de carte : Google Maps
Plus loin, à l’entrée du village, plusieurs alignements d’arbres sont fortement endommagés (n) tandis que le couloir se restreint à environ 500 mètres de largeur. Le long de la Nationale 632 (Malmedyer Straße), une exploitation agricole est atteinte (o). La plupart des toitures sont endommagées légèrement, avec de nombreuses tôles qui s’envolent par-ci par-là. Mais deux autres toitures, sur des bâtiments annexes, sont complètement arrachées. À côté, le supermarché Delhaize est aussi touché (p). En effet, la grande enseigne du magasin est pliée au sol, tandis qu’un abri à vélos est soulevé de ses ancrages et renversé une dizaine de mètres plus loin. De l’autre côté de la route (q), plusieurs arbres abattus ainsi que la végétation herbacée montrent clairement une convergence des vents mais de manière fort localisée. Néanmoins, l’intensité du phénomène ne semble pas dépasser le niveau F0-T1.
Exemple de dégâts convergents observés dans la végétation, à proximité du magasin Delhaize.
En parallèle, légèrement plus au sud, la Nationale 692 (Sankt Vither Straße) (r) est également concernée. Les dégâts ne sont, en général, pas plus importants (toitures légèrement atteintes, tôles envolées sur des abris à bois de chauffage, arbres endommagés), mais une habitation est particulièrement touchée (s), puisqu’elle est en partie détruite. Les débris sont éparpillés sur 200 mètres, dont des morceaux de charpente qui sont fichés dans le sol d’une prairie. Certains éléments en périphéries montrent aussi que les vents n’ont pas été linéaires, avec des signes de convergence et/ou d’aspiration, par exemple, sur un abri de jardin (t). L’intensité maximale est retenue au niveau F2-T5.
Habitation fortement endommagée par le passage d’un tourbillon secondaire.
Partie de toiture emportée dans une prairie, en passant au-dessus de plusieurs arbres.
Ainsi, il semblerait qu’au sein d’une circulation générale, plusieurs tourbillons secondaires temporaires ont sévi. En outre, au vu des dégâts sur la maison, l’intensité F3 était logiquement envisagée. Cependant, les alentours directs de l’habitation (et même la seconde moitié de l’habitation elle-même) ne présentent que des dégâts légers, y compris les arbres. Dans les derniers cas classés F3 (Lenne en 2018 et Bernistap en 2021), les abords immédiats du bâtiment le plus atteint montraient aussi des dégâts importants, confirmant une intensité élevée. Dès lors, la question de la stabilité de la maison mérite d’être analysée. Il s’agit en réalité d’une ancienne grange, réhabilitée en habitation, avec des murs intérieurs légers. Les murs extérieurs, majoritairement réalisés en parpaing et couverts de tôles, sont donc moins solides que la partie restée debout, en pierres du pays. En conséquence, nous pensons que la toiture a été arrachée et que les murs ont été déstabilisés pour ensuite s’effondrer, d’où la retenue du niveau d’intensité F2-T5.
Habitation en partie détruite à Bullange en province de Liège suite au passage d’un tourbillon, le 19 août 2026.
Enfin, plus loin dans le centre de l’agglomération, les dégâts sont (heureusement) faibles et épars et nous ne sommes plus en mesure d’émettre des analyses, car la plupart des indices étaient déjà nettoyés lors de notre enquête. Cependant, à la sortie du village, quelques dommages restent visibles ponctuellement dans la végétation le long de la Trierer Straße, sans pouvoir en tirer des enseignements, avant de perdre définitivement la trace du phénomène. En effet, autour du village de Mürringen, plus rien de concluant n’a pu être relevé. D’ailleurs, plus aucun dommage n’est reporté ensuite sur plusieurs dizaines de kilomètres, avant que de nouveaux dégâts attribuables à des phénomènes venteux (dont des tornades) ne soient de nouveau constatés en Allemagne.
Résumé et conclusion de l’enquête :
Ainsi, l’orage a généré des dégâts dans un couloir presque continu de 75 kilomètres, en créant plusieurs phénomènes tourbillonnaires successifs (et parfois à caractéristique multi-vortex) et des rafales descendantes (souvent au sein du RFD mais aussi, dans une moindre mesure, dans le FFD). L’enquête n’a donc pas été simple, puisque différents phénomènes se sont chevauchés, brouillant les indices. Cette situation est par ailleurs très similaire au cas du 23 octobre 2022. De même, une tornade unique sur l’ensemble des 75 km nous semble très peu probable, étant donné que la cellule a subi plusieurs restructurations sur son trajet avec l’occlusion rapide du mésocyclone qui semble se faire remplacer par un nouveau à plusieurs reprises.
Ici, le relief accidenté a pu également jouer un rôle en ajoutant des cisaillements locaux mais en favorisant aussi le contact des tourbillons avec le sol grâce à une altitude parfois élevée (Büllingen étant à plus de 600 mètres d’altitude, par exemple) et donc une base nuageuse très proche du sol. Mais il est probable que c’est le RFD qui a joué le rôle le plus important dans la formation des tourbillons, comme c’est d’ailleurs souvent le cas avec les supercellules.
Pour résumer, nous avons identifié les phénomènes suivants, dans l’ordre de déplacement de l’orage (nous précisons que ce relevé n’est pas exhaustif et qu’il est tout à fait possible que d’autres phénomènes se soient produits, mais ils n’ont alors pas été identifiés lors de l’enquête) :
- Rafales descendantes T0-T1 à Marche-en-Famenne (y compris Aye et Bourdon)
- Phénomène venteux indéterminé à Érezée
- Rafales descendantes T1 à Grandménil
- Tornade F0-T1 entre Manhay et Vaux-Chavanne sur au moins 1,5 km
- Phénomène venteux indéterminé à Bra
- Tornade F0-T0 à Erria sur au moins 0,8 km
- Rafales descendantes T0-T1 entre Rochelinval et Vau
- Tornade F0-T1 au nord de Rochelinval sur au moins 0,3 km (se poursuivant possiblement sur Wanne et Hinoûmont)
- Tornade F0-T0 entre Pont et Ligneuville sur au moins 0,5 km
- Phénomène venteux indéterminé à Ligneuville
- Tornade F1-T2 à Faymonville (multi-vortex) sur au moins 1,5 km
- Rafales descendantes T1-T2 à l’est de Faymonville
- Tornade F2-T5 à Büllingen (multi-vortex) sur au moins 2 km
Enfin, en Allemagne, à ce jour, 8 tornades de forte intensité (F2-F3) ont été identifiées ainsi que 14 autres cas de rafales descendantes, faisant de cet épisode un évènement exceptionnel et un véritable tornado outbreak. De plus, les mêmes observations que celles réalisées en Belgique ont été constatées, à savoir des zones de dommages très hétérogènes avec un caractère multi-vortex lorsque les dégâts sont attribués au passage d’une tornade.
