Le 25 janvier 1990, une très violente tempête, nommée Daria par l’Université de Berlin et parfois accompagnée d’orages, traverse le pays et marque le début d’une incroyable série de tempêtes qui se succéderont à intervalles réguliers pendant une période de 5 semaines !
Une très profonde dépression se trouve près de l’Irlande depuis plusieurs jours déjà tandis qu’une dépression secondaire s’est creusée très rapidement sur l’Océan et s’est retrouvée, en ce 25 janvier, sur la côte ouest de l’Irlande, avec, dans son noyau, une pression de 955 hPa. La perturbation qui lui est associée présente un large secteur chaud. Les fortes rafales de sud à sud-ouest font monter les températures jusque 13 à 14°C presque partout en Basse et Moyenne Belgique (jusqu’à 14,6°C à Grammont, en province de Flandre Orientale), ce qui est vraiment beaucoup pour la saison.
Mais le pire de la tempête reste à venir. En effet, la dépression secondaire se creuse encore plus en avançant sur la Mer du Nord, avec une pression inférieure à 950 hPa.
Les relevés en Belgique (mais aussi en Angleterre) montrent deux pics de vent de puissance assez similaire : un premier, brutal, où les vents, qui avoisinaient déjà les 100 km/h, augmentent brutalement, et un second, où l’augmentation est plus progressive. Ce sont sur ces deux pics que se situent les rafales les plus fortes.
Il est à peine démesuré de parler d’apocalypse. Voyez les mesures des anémomètres : Beauvechain : 169 km/h ; Coxyde : 167 km/h ; Saint-Hubert : 152 km/h ; Middelkerke : 148 km/h ; Ostende : 145 km/h ; Bierset : 139 km/h ! Ces rafales énormes ont probablement une origine convective pour les plus violentes d’entre elles, liées à une (ou plusieurs) ligne de grains extrêmement dynamique accompagnant les fronts froids et occlus qui se succèdent sur le pays.
Analyse de surface de Météo France du 25 janvier 1990 à 13h00 heure belge montrant aussi bien
le front froid que le retour d’occlusion (ici représenté sous les traits d’un second front froid).
Le front froid associé ne fera pas encore trop de ravages, car l’air derrière celui-ci est à peine plus froid que celui du secteur chaud. Mais une énorme « back bent occlusion » (en français, occlusion à courbure inverse) s’est enroulée autour de la dépression jusqu’à se retrouver loin à l’ouest de celle-ci. Sous la poussée d’air plus froid se situant dans ce secteur, cette « back bent occlusion » prendra le rôle du véritable front froid, avec un caractère très instable. C’est là que se situeront les rafales les plus fortes, mentionnées ci-dessus.
Les dégâts sont immenses. Dans le sud du pays, il n’y a pas moins de 10 000 arbres déracinés. Partout dans le pays, l’on retrouve des panneaux publicitaires renversés, des tuiles par terre ainsi que des branches et des débris divers. Les transports en commun sont perturbés par de nombreux arbres abattus. Pour les mêmes raisons, les embouteillages sont énormes.
À Lommel, en province de Limbourg, une voiture s’est retrouvée dans un jardin : l’œuvre d’une éventuelle tornade qui se serait formée au sein de la ligne de grain. Ailleurs dans le pays, d’autres dégâts très importants exercés sur des couloirs peu larges pourraient être l’œuvre de rafales descendantes, voire de tornades. Des témoignages semblent montrer l’existence de ces phénomènes au sein de la ligne de grains, comme c’est le cas à Wartet, dans l’est de la commune de Namur :
« Ses voisins, un jeune couple avec deux enfants qui avaient acheté la maison il y a deux ans, ont eu moins de chance. Mme Jacquemart se trouvait dans le séjour avec Emmanuelle (9 ans) et son petit frère Damien (2 ans). Son mari était dans la pièce juste derrière. Il s’apprêtait à fermer le volet pour éviter que les vitres ne se brisent. Un énorme craquement : il est projeté au sol par la « bourrasque », tandis que son épouse se saisit des deux gosses et se réfugie avec eux dans le petit hall derrière la porte d’entrée. Son mari les rejoint très vite. Ils resteront là une petite demi-heure, craignant que toute la maison s’écroule et n’osant pas sortir tant la tempête était violente. Ils ne savent pas encore à ce moment que toute leur cuisine est effondrée, couverte de briques, de pierres… La cuisine où Emmanuelle aurait dû se trouver au moment du drame, car c’est là qu’elle range son cartable et fait ses devoirs. Frissons rétrospectifs. Autre surprise : il n’y a plus de toit, les chambres à l’étage sont détruites, on ne pourra récupérer que quelques vêtements, et la voiture, complètement sinistrée. Mais pas de victimes et on pousse un soupir de soulagement. » (extrait du journal Le Soir de l’époque).
Voici encore quelques extrait du « Soir » de l’époque :
« Les voies de chemin de fer paralysées, les autoroutes bloquées, le téléphone surchargé, des coupures d’électricité… Et, surtout, des milliers de Belges qui sont rentrés chez eux, hier soir, en découvrant qu’un arbre s’était abattu sur leur maison, que les tuiles du toit s’étaient envolées ou que leur voiture avait été écrasée par un panneau publicitaire. Des dégâts matériels pour des centaines de millions. »
« La forêt de Soignes a été taillée en pièces par les vents de tempête. Selon les premières estimations des gardes forestiers bruxellois, au moins 3 000 hêtres ont basculé sous les rafales de jeudi dernier. D’autres ont été gravement mutilés ou déséquilibrés et menacent de tomber à la moindre bourrasque. Des entreprises privées ont été appelées à la rescousse pour rendre sentiers et chemins praticables. Les dix mille mètres cubes d’arbres arrachés seront mis en vente publique au mois d’avril et risquent de provoquer l’effondrement du marché du bois. La forêt ne retrouvera pas son aspect normal avant l’été prochain (…).
Des hêtres fauchés gisaient par dizaines, balayés par la main d’Éole. L’horizon et les sentiers étaient bouchés par les souches. Jeudi dernier [25 janvier], les fermiers des alentours ont entendu le sol trembler, comme si la forêt tout entière était tombée... ».
Ailleurs en Europe, la tempête est tout aussi violente, avec des rafales jusqu’à 160 km/h sur les Iles Britanniques et 155 km/h à Dunkerque mais surtout 176 km/h à la Pointe du Raz, en France. À travers l’Europe, on recense 95 victimes et l’une des ardoises de dégâts les plus lourdes associées à une tempête.
Un dossier a été réalisé par notre collectif sur la série de tempêtes de l’hiver 1990. Il est disponible via le lien suivant : Les grandes tempêtes de 1990.
