Aller au contenu

28-29/08/1996 – Inondations

    Les conditions météorologiques des mercredi 28 et jeudi 29 août 1996 sont influencées par la présence d’une goutte froide qui s’attarde au-dessus de nos têtes. En dessous de cette goutte froide, une petite dépression se creuse rapidement dans les basses couches un peu à l’est, au-dessus de l’Allemagne, avant de s’installer sur les Pays Bas, puis de repartir vers le nord de l’Allemagne et le Danemark en se comblant. Une occlusion s’enroule autour de ce noyau dépressionnaire et reste traîner sur nos régions pendant deux jours, en donnant des précipitations énormes.

    Le 28 août déjà, on note des cotes de plus de 50 mm presque partout au nord-est et au centre du pays, jusqu’en province de Namur. À Ernage, on relève 88,7 mm, à Knokke, 76,8 mm et, à Uccle, 56,4 mm, pour ne citer que quelques exemples.

    Les pluies sont souvent continues, mais on note aussi des orages dans de nombreuses régions, notamment à Jodoigne en province du Brabant Wallon, où un déluge concerne une partie de la commune. Le plan catastrophe est rapidement déclenché au vu des nombreux dégâts, d’abord consécutifs à des coulées de boue, puis au débordements de cours d’eau. Par exemple, le Gobertange atteint des niveaux jamais vu à Mélin et provoque d’innombrables dommages, également à Zétrud-Lumay, en rejoignant les eaux de la Gette. Les services de secours demandent de l’aide aux casernes voisines, car ils sont rapidement submergés d’appels. 120 personnes et 25 véhicules sont dépêchés sur les lieux pour faire face aux différentes interventions. On fait venir un hélicoptère pour évaluer les dommages. Heureusement, aucune victime n’est à déplorer. En outre, le même jour, la Dyle déborde à Wavre et l’Orne, à Mont-Saint-Guibert.

    Le 29 août, il retombe à peu près autant un peu partout, mais, cette fois-ci, avec une extension plus marquée vers le sud-est. Mais ce qui est impressionnant, surtout, c’est la durée des précipitations. À Saint-Hubert, il pleut absolument sans discontinuer, 24 heures sur 24, soit une durée de 100% ! Et, avec une durée de précipitations de 21 h 35 la veille, il a plus, sur 48 heures, pendant près de 95 % du temps ! Ailleurs aussi, les durées sont très remarquables en ce 29 août. À Munte, il pleut pendant 23 h 45 ; à Beauvechain, 22 h 55 ; à Zaventem, 22 h 14 ; à Middelkerke, 21 h 20 ; et à Gosselies, encore 20 h 50. Il s’agissait d’un nimbostratus avec quelques cumulonimbus enclavés, puisque quelques coups de tonnerre ont encore été entendus en Flandre Orientale, dans les Brabants Wallon et Flamand et au Hainaut.

    Quant aux quantités de pluie sur les deux jours, c’est du jamais vu en de nombreuses régions à l’époque. Uccle a totalisé 113,1 mm sur 48 heures. Mais une vingtaine de stations ont enregistré des totaux supérieurs à 120 mm ! On a notamment relevé :

    • 183 mm à Hombourg (province de Liège) (soit, près de 2,5 mois de pluie !)
    • 150 mm à Merendree (province de Flandre Orientale) et Mélin (province du Brabant Wallon)
    • 144 mm à Wingene (province de Flandre Occidentale)
    • 137 mm à Overijse (province du Brabant Flamand)
    • 136 mm à Zomergem (province de Flandre Orientale)
    • 135 mm à Gentbrugge (province de Flandre Orientale)
    • 134 mm à Merelbeke (province de Flandre Orientale)
    • 133 mm à Oudenburg (province de Flandre Occidentale)
    • 130,2 mm à Ernage (province de Namur)
    • 130 mm à La Hestre et Landelies (province de Hainaut)
    • 129 mm à Diksmuide, Roulers (province de Flandre Occidentale) et Auvelais (province de Namur)
    • 128 mm à Munte (province de Flandre Orientale), Blanmont (province du Brabant Wallon) et Mornimont (province de Namur)
    • 127 mm à Furnes (province de Flandre Occidentale)
    • 126 mm à Dilbeek (province du Brabant Flamand)
    • 125 mm  à Sint-Baafs-Vijve et Zedelgem (province de Flandre Occidentale)
    • 121 mm à Vinkt (province de Flandre Orientale) et Marbais (province du Brabant Wallon)

    Seul l’extrême sud du pays est resté épargné dans une large mesure, avec seulement 28,2 mm sur les deux jours à Arlon.

    Bien sûr, de telles quantités d’eau engendrent de sérieuses inondations à travers le pays. Voici d’ailleurs un extrait du journal « Le Soir » :

    « Août 1996 fut le mois d’été le plus pluvieux jamais enregistré depuis 1850. Les 28, 29 et 30, des trombes d’eau s’abattaient sur une bonne partie du pays, des rivières sortaient de leur lit, causant des dégâts importants et obligeant les pompiers à multiplier les interventions. Ce vendredi, le Conseil des ministres a adopté un arrêté royal qualifiant de « calamité publique » les dégâts provoqués par les intempéries. Cette décision lève un des derniers obstacles à l’indemnisation des victimes du déluge par le Fonds des calamités.

    L’arrêté royal concerne les provinces du Brabant flamand, de Flandre orientale et du Brabant wallon. Sur le territoire de ce dernier, les dégâts sont estimés à 5 millions de francs belges. Le gouvernement a décidé de faire intervenir le Fonds des calamités sur les communes de Beauvechain, de Braine-le-Château, de Jodoigne et de Mont-Saint-Guibert. À Jodoigne, plusieurs villages de l’entité ont été fortement impactés. À Braine-le-Château, deux habitants menacés par la montée des eaux avaient dû aussi être évacués par les pompiers.

    Dans le Brabant flamand, où les dégâts s’élèveraient à 85 millions de francs belges (une digue s’était rompue et un camping avait été inondé), les communes de Vilvorde, Huldenberg, Kortenberg, Overijse, Zemst et Machelen ont été choisies.

    Quant à la Flandre orientale, où l’on recense 15 millions de francs belges en dégâts, le Conseil a porté son choix sur Oosterzele, Audenaerde, Beveren et Machelen. ».

    Les températures se sont distinguées aussi en ce 29 août. Rarement les maxima sont restés aussi bas au mois d’août. Voici quelques exemples (avec, entre parenthèses, les maxima du 28 août) : Uccle = 13,6°C (14,8°C) ; Bierset = 12,9°C (15,0°C) ; Gosselies = 12,2°C (13,3°C) et Saint-Hubert = 9,9°C (11,0°C).

    Enfin, last but not least, le vent a aussi soufflé en tempête, avec des rafales de 108 km/h à Middelkerke, 90 km/h à Coxyde et à Gosselies et encore 86 km/h à Beauvechain et à Bierset. Des dégâts dus au vent sont observés partout dans le pays. Il est d’ailleurs probable que les plus fortes rafales, d’origine convectives, sont passées à côté des stations de mesure.

    Pour en terminer avec cet épisode, avec 231,2 mm à la station d’Uccle, le mois d’août 1996 est le mois d’août le plus pluvieux de l’histoire des relevés météorologiques en Belgique.