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25/01/2014 – Derecho hivernal

    Un derecho est un phénomène assez rare. Il s’agit d’une ligne orageuse étendue et courbe, un immense écho en arc responsable de « dégâts dus au vent et/ou des rafales de vent enregistrées supérieures à 93 km/h au sein d’une zone s’étendant sur plus de 400 km. En outre, il faut l’enregistrement d’au moins trois rapports de rafales de vent supérieures à 120 km/h et/ou de tornades d’intensité F1 en plusieurs endroits séparés les uns des autres d’une distance supérieure ou égale à 64 km ».

    Ces critères sont remplis en ce 25 janvier 2014. On peut même parler d’un véritable « tornado outbreak » puisque sept tornades sont observées : deux au Royaume-Uni, trois en France et deux en Belgique !

    Et pourtant… Comme si souvent en Belgique, les intempéries ont été précédées d’un temps tout à fait quelconque. Un temps humide et frais, un vent turbulent et désagréable, et des stratocumulus à n’en plus finir. Un temps d’hiver on ne peut plus belge !

    Situation à Moerzeke (province de Flandre Orientale) le 25 janvier 2014 à 14h53. Source : Wunderground.

    Une fois de plus donc, pour l’observateur au sol, rien ne laisse présager la survenue de phénomènes violents.

    Heureusement qu’il y a les modèles. Pour ne prendre que GFS, on y voit un virulent talweg d’altitude se décaler très rapidement des îles britanniques vers la Belgique et le nord de la France. En outre, l’ouest de notre pays est positionné en sortie gauche d’un puissant courant-jet. Ainsi, de fortes divergences d’altitude sont prévues pour l’ouest de la Belgique et le Nord-Pas-de-Calais en cours de soirée. À cela s’ajoutent une profonde anomalie de tropopause et un jet de basses couches donnant de bons cisaillements de vitesse du vent (valeurs 0-1 km supérieures à 17 m/s).

    Tous les ingrédients sont donc là pour de forts orages… à condition que l’instabilité soit au rendez-vous ! Celle-ci est déjà présente dans les couches moyennes grâce à une grande différence de température entre le niveau 850 hPa (–5°C à 1376 m) et le niveau 500 hPa (–35°C à 5310 m). Et pour les basses couches, il faut un petit coup pouce ! Et là, il y en aura même deux :

    • Une convergence post-frontale ;
    • des eaux chaudes (Manche + Mer du Nord) qui vont activer encore un peu plus la perturbation.

    Au littoral, on observe un très brusque renforcement du vent en soirée, avec des rafales de 100 km/h voire davantage sur l’ouest de la côte belge et un festival d’éclairs, comme le montre la photo qui suit.

    Double coup de foudre frappant une grue portuaire déchargeant un cargo.
    De nombreux traceurs ascendants se sont produits à proximité des impacts.

    Mais le plein développement des cellules ne se fera qu’à quelques dizaines de kilomètres à l’intérieur des terres, où les forces de frottement ralentissent les vents et les dévient en les faisant passer du nord-ouest (Zeebruges) à l’ouest-nord-ouest (Roulers) puis à l’ouest plus loin à l’intérieur des terres. Cela induit des cisaillements de vitesse plus importants et, surtout, l’apparition de cisaillements directionnels.

    Il s’ensuit la formation de deux tornades sur le territoire belge, en province de Flandre Occidentale : l’une à Rekkem et l’autre à Wingene.

    La tornade de Rekkem parcourt plus de 14 km, ce qui est énorme. Le plus souvent évaluée au niveau F0, cette tornade se renforce cependant temporairement à F1 et même à F2 sur la commune de Rekkem même, où elle provoque pas mal de dégâts.

    La tornade de Wingene, moins marquée que celle de Rekkem, ne parcourt que 3,2 km mais n’est pas en reste pour provoquer des dégâts, qu’aucuns qualifieront d’« impressionnants ».

    En plus des tornades, l’ouest du pays aura à subir de nombreuses rafales descendantes, aussi dévastatrices que les tornades en question.

    Ceci nous mène à la conclusion suivante : comme on l’observe si souvent dans nos contrées (et ailleurs aussi), il faut une réunion de toute une série d’éléments pour que des phénomènes météorologiques se fassent dévastateurs. Puis, si un seul de ces éléments vient à manquer, tout s’effondre à nouveau. En effet, à 100 kilomètres à peine de la mer, le système perd tout de sa puissance et se désagrège complètement, si bien que le centre et l’est du pays ne verront plus grand-chose de ce système, juste quelques petites averses et l’une ou l’autre rafale de 70-80 km/h.

    Un article sur ces événements est disponible via le lien suivant : 25 janvier 2014.

    De même, un dossier est consultable en suivant ce lien : Derecho et Tornado Outbreak du 25 janvier 2014.