19-20/08/1823 – Orages violents et possible tornade

Durant la soirée et la nuit du mardi 19 au mercredi 20 août 1823, de violents orages sont signalés dans les provinces actuelles de Flandre Orientale, du Brabant Flamand, d’Anvers ainsi qu’à Bruxelles. Des inondations touchent certaines localités mais ce sont essentiellement les vents violents et la grêle qui causent des ravages, surtout dans un couloir compris entre Denderleeuw et Duffel.

D’ailleurs, il semblerait qu’une tornade provoque des dégâts entre Kontich et Malines (province d’Anvers). Le fait que l’on parle de trombe à cet endroit et pas ailleurs, malgré des dégâts beaucoup plus conséquents, semble indiquer que le phénomène a été identifié par des témoins. Dans d’autres localités, comme à Opwijk, certains dommages pourraient également être l’œuvre d’un tourbillon mais nous n’avons pas assez d’éléments pour affirmer cette hypothèse.

Voici, ci-dessous, quelques extraits qui décrivent la situation.

Le Courrier de la Meuse, édition du 23 août 1823 : « Bruxelles, le 21 août. L’orage qui a éclaté avant-hier a été remarquable par un phénomène extraordinaire. Une trombe a brisé, à hauteur d’homme, une vingtaine d’arbres, d’un grand diamètre, sur la route de Malines à Contich. Cette circonstance a arrêté la marche de la malle d’Anvers. »

Le Journal de la Belgique, pièces officielles et nouvelles des Armées, édition du 22 août 1823 : « Bruxelles, 21 août. Le triple orage qui a passé sur notre ville durant la nuit du 19 au 20, doit avoir causé des dégâts. Un journal d’Anvers dit que la diligence, partie à dix heures du soir de Bruxelles pour cette ville, a été forcée de s’arrêter, à cause de l’encombrement de la route par des arbres déracinés ou brisés. »

Le Journal de la Belgique, pièces officielles et nouvelles des Armées, édition du 23 août 1823 : « Thisselt, 21 août. Jamais on n’avait vu une meilleure réussite en fruits d’été que cette année ; mais malheureusement ils viennent d’être totalement détruits dans ces contrées. Mardi, 19 du courant, un orage a commencé à 8 heures du soir au dessus de la commune de Merchtem, et a été successivement suivi de plusieurs autres, qui ont duré jusqu’à 3 heures de la nuit accompagnés de grêlons aussi gros qu’un œuf, qui ont totalement détruit les récoltes de la campagne principalement les avoines, blés, sarrazins et colzats d’été ; les froments et pommes-de-terre ont aussi été fort maltraités. Les communes qui ont les plus souffert sont : Merchtem, Steenuffel, Londerzeel, Ramsdonck, Thisselt, Blaesveld et Heyendonck, et dans presque tous ces endroits il n’existe plus un carreau de vitre ; à Thisselt seul plus de quatre mille ont été brisés, tant aux maisons qu’à l’église ; quantité d’arbres ont été abattus et déracinés ; la maison d’une pauvre veuve a été entièrement renversée, mais ce dernier accident sera bientôt réparé par les soins de monsieur le bourgemaitre (…) qui a de suite laissé couper sur ses propriétés les arbres nécessaires pour la charpente. Le dégât le plus considérable, éprouvé par cette commune, est dans les récoltes, principalement dans les quatres plus grandes fermes (…). »

« Nous recevons, au sujet du même météore, une lettre d’Alost dont voici la substance : Un orage a plané sur la ville, mardi 19, depuis 8 ½ heures du soir jusqu’à onze, et un autre depuis une heure de la nuit jusqu’à 4 ¼ ; accompagnés d’une grêle foudroyante. Dans les communes de Meldert, Denderleeuw, Teralphen, Ekelghem et Esschen ; jusqu’auprès d’Assche, tout ce qui se trouvait encore des récoltes dans les champs est ravagé. Dans les houblonnières on ne voit plus ça et là que quelques perches debout. Des toits de maisons enlevés, des granges et écuries détruites, plus de 400 arbres cassés ou déracinés dans la seule commune de Denderleeuw ; des bêtes à cornes qui étaient dans les prés, entrainées par des torrents et noyées dans la Dendre ; un moulin à Maxenziel totalement brisé, enfin, des milliers de carreaux de vitre pulvérisés, tels sont les principaux dégâts, dont on ne peut donner qu’une faible idée en les racontant. Le lendemain, à 7 heures du matin, on a vu dans un ruisseau des glaçons de grêle qui avaient encore un pouce et demi de pourtour. On trouve dans les champs quantité de perdrix, de lièvres et d’oiseaux tués ou mutilés. L’étendue de terrain ainsi ravagé peut être au moins de 6 lieues de circonférence. On n’a point appris que la foudre ait mis le feu nulle part. »

« Sur la route de Contich à Malines, une trombe a brisé, à hauteur d’homme, une vingtaine d’arbres. A Opwyk, le moulin a été renversé ainsi qu’une grande quantité d’arbres ; une maison a été détruite et la plupart ont des vitres cassées. »

Le Journal de la Belgique, pièces officielles et nouvelles des Armées, édition du 24 août 1823 : « Bruxelles, 23 août. On mande de Vilvorde, que le désastreux orage du 19 y a causé un malheur d’une manière particulière : une fille de 20 à 22 ans était couchée au dessous d’une fenêtre où il manquait quelques carreaux ; un coup de tonnerre effroyable sembla ébranler la maison ; le locataire se leva, parcourut le quartier supérieur, et ne remarqua aucun dégât, seulement il sentit une forte odeur de souffre ; il passa ensuite à côté du lit de la jeune personne qui paraissait jouir d’un profond sommeil, il en témoigna même sa surprise à sa femme ; le lendemain matin, la fille ne paraissant pas, on la trouva dans la même attitude, mais privée de la vie ; tout son corps offrait un aspect noirâtre… »

Grâce à deux stations néerlandaises situées non loin d’Amsterdam (Zwanenburg et Haarlem), nous savons que la période du 14 au 23 août 1823 a été une période plutôt fraîche, bien de chez nous, avec des températures maximales proches ou légèrement inférieures à 20°C, un vent soufflant souvent de sud-ouest et un ciel souvent nuageux voire couvert, mais avec assez peu de précipitations.

Le 18 cependant, le vent tourne graduellement au sud-est et permet l’arrivée d’une bouffée d’air plus chaud en date du 19 août. Le 19 août, les températures parviennent à dépasser les 25°C dans la région d’Amsterdam avec d’abord un ciel couvert et un peu de pluie le matin, puis un ciel restant nuageux en journée. Le soir, on observe des éclairs au loin à Zwanenburg tandis qu’un orage de grêle est signalé à Haarlem.

Les journées d’après, les températures redescendent à un petit 20°C avec des vents soufflant de nouveau le plus souvent de sud-ouest. D’après les températures reconstituées pour la région de Bruxelles, nous avons pour la période en question des maxima de 17 à 20°C sauf le 19 août où les 25°C sont atteints. Paris, qui est logiquement un peu plus chaud que Bruxelles, observe des températures maximales le plus souvent comprises entre 21 et 23°C (toujours sur la période du 14 au 23 août), avec une pointe de chaleur à 29°C le 19 août. Cette dernière valeur est intéressante car elle est nettement supérieure à ce qui a été observé aux Pays-Bas et en Belgique.

Sur la base de ces renseignements, on peut s’imaginer le passage d’un front chaud, avec un peu de pluie le matin, puis un air humide et chaud en journée avec beaucoup de nuages, sauf peut-être à Paris où, vu la chaleur, les éclaircies auraient été plus larges. La nuit d’après, un front froid passe et est précédé d’une ou de plusieurs convergences pré-frontales responsables des orages. Le temps nettement plus chaud à Paris pourrait se répercuter en altitude plus loin au nord avec une couche d’air chaud et sec à moyenne altitude au-dessus d’une inversion couvercle, ce qui expliquerait la survenue de phénomènes violents. En outre, le flux général de sud-ouest pourrait laisser supposer des cisaillements assez importants entre des vents de sud-est à basse altitude et des vents de sud-ouest à plus haute altitude.

Bien sûr, nous restons dans l’hypothèse, mais nous avons tout de même certains indices qui nous orientent vers une situation orageuse estivale classique, avec la remontée temporaire d’air chaud au sein d’une circulation océanique.