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06/01/1892 – Tornade de neige

    Le mois de janvier 1892 a été considéré comme normal en ce qui concerne les principaux éléments climatologiques. On dénombre cependant une pression atmosphérique plus basse et des jours de neige plus élevés que la moyenne. Ainsi, on a compté jusque 30 jours d’enneigement dans l’est du pays (Lutremange) et 16 jours à Uccle. Le début et la fin du mois ont été doux, entrecoupés d’une bonne période plus froide et neigeuse.

    Le 6 janvier, la Belgique se retrouva sous l’influence d’une dépression située entre l’Écosse et la Norvège qui s’est creusée rapidement à 970 HPa environ sur la Mer du Nord. Après avoir subi le passage du front chaud, les températures furent de 2°C à 4°C en plaine environ, avec un vent de secteur sud-ouest dans une intrusion d’air maritime. Cependant, la côte anglaise connut un temps plus froid, autour de 0°C, trahissant le passage du front froid associé à la dépression, avec de l’air (maritime) polaire à l’arrière. On mesure ainsi, à 9 heures (actuelles) :

    Bruxelles : 3°C
    Amsterdam : 4°C
    Paris : 4°C
    Côte orientale anglaise et écossaise : –1 à +1°C
    Sud-ouest de l’Angleterre : 9°C

    Observations météorologiques du 6 janvier 1892. Source : Met OfficeObservations météorologiques du 6 janvier 1892. Source : Met Office

    Malgré que notre pays fût en bordure du système, on devine bien le type de temps qui régnait en ce jour grâce à cette carte. Pour la petite parenthèse, la Belgique émettait également déjà des cartes météorologiques à l’époque, mais nous n’avons pas accès à ces archives. D’ailleurs, notre pays a été l’un des premiers à émettre des cartes synoptiques. La première date du 26 septembre 1876, dessinée depuis l’Observatoire royal de Bruxelles, situé Porte de Schaerbeek à ce moment-là, par F. Van Rysselberghe.

    Pour revenir à la journée du 6 janvier, le front froid se montra bien actif et traversa la Belgique la journée, accompagné localement de phénomènes orageux et de giboulées, voire de neige sous les grains. À l’arrière, un ciel de traîne prend le relais et le vent s’oriente au secteur nord-ouest.

    Le vent soufflant de sud-ouest avant le passage du front et de nord-est après, un contexte cisaillé en résulta, suffisant pour produire une tornade. De plus, les réanalyses montrent la présence d’une branche du jet-stream bien placée sur le nord de la France ou les Pays-Bas, cette branche n’étant pas étrangère au développement rapide de la dépression.

    Les phénomènes orageux ont surtout été observés au sud de la province de Luxembourg et en Campine. Dans cette dernière, une tornade parvint même à se former (dans un contexte neigeux) et causa des dégâts importants, témoignant d’une intensité élevée, qui a atteint le niveau F2-F3 selon la description suivante, d’Alain Lancaster (Annuaire de l’Observatoire royal de Belgique – 1893) : « À Beverloo, l’orage fut marqué par le passage d’une trombe et accompagné d’une avalanche de neige roulée. La trombe marchait du NO au SE ; elle déracina ou tordit plusieurs arbres ayant au moins un mètre de circonférence et enleva des milliers de tuiles aux toitures des bâtiments du camp de cavalerie. La moitié d’une écurie, solidement construite en brique de Boom, fut rasée jusque près du sol. ».

    Toujours en Campine, la foudre tomba sur l’église de Neerpelt et incendia la partie supérieure du clocher. Entre Neerpelt et Lommel, une cheminée d’une fabrique de zinc a également été touchée.

    Sinon, à Uccle, on n’a pas noté de manifestation orageuse.