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09/08/1905 – Cas de tornade

    Dans la prolongation des mois de juin et juillet 1905, le mois d’août a été très orageux, avec jusqu’à 8 jours d’orages. Il a été marqué également par des précipitations extrêmement abondantes en fin de mois (totaux mensuels de 122 mm à Uccle, en région bruxelloise, et près de 200 mm dans la région de Tournai, en province de Hainaut). La température a été normale durant ce mois. Cependant, on nota des gelées et des gelées blanches plus ou moins intenses en Ardenne les 24 et 25 juillet.

    Le 9 août se démarque par des orages qui concernent la Belgique et causent divers dégâts, notamment suite à la foudre, comme le mentionne l’extrait suivant :

    « À Gierle (province d’Anvers), la foudre tue une jeune fille de 20 ans et met le feu à une ferme.

    À Wachtebeke (Flandre orientale), le fluide frappe une cheminée et renverse un vieillard (…).

    La foudre est tombée sur un hêtre à Jéhonville (près de Paliseul). » (A. Lancaster – Ciel et Terre – 1905).

    Dans le sud du pays, une tornade venant de France touche la région de Bouillon.

    Voici le récit d’A. Lancaster sur cette tornade, publié dans la revue Ciel et Terre de 1905 :

    « Dans la région de Bouillon, une trombe cause des ravages considérables, renversant des cheminées, enlevant des toits, brisant des arbres séculaires, cassant les vitres des habitations. « Vers 6 heures du soir [A. Lancaster cite un article de presse], la ville de Bouillon fut enveloppée d’une buée intense, opaque, d’une couleur jaunâtre, qui semblait prendre sa source sur la terre et s’élever ensuite dans l’atmosphère, accompagnée d’un vent d’une extrême violence, d’éclairs de coups de tonnerre, de grêlons et de pluie. Cela dura à peu près 10 minutes, 1/4 d’heure » (…).

    Les magnifiques tilleuls ornant la cour de la caserne et les boulevards furent déracinés et gisaient pêle-mêle dans un fouillis inénarrable. Il en était de même dans beaucoup de propriétés privées. Par les vitres brisées, la pluie torrentielle et la grêle – de véritables glaçons – avaient pénétré dans les maisons, en occasionnant de sérieux dégâts. Le chalet Ozeray, situé au dessus de la roche des Fées, avait été complètement rasé. Le vieux château avait également beaucoup souffert.

    À Offagne (Paliseul), non loin de Bouillon, les sapins plantés le long de la route gouvernementale ont été brisés à ras du sol sur une longueur de plus de 300 mètres. Des monceaux de bois pesant un millier de kilos ont été lancés à plus de 100 mètres par la tempête. Un berger qui ramenait son troupeau au moment où l’orage se déchaînait a failli être écrasé par des arbres et des pièces de bois projetés en tous sens. Presque tous les arbres fruitiers ont été brisés. La récolte d’avoine a été saccagée par les grêlons, dont plusieurs pesaient 40 et 50 grammes.

    À Bertrix, il est tombé des grêlons de la grosseur de petits œufs. Des carreaux ont été cassés en bien des endroits.

    Très forte grêle également à Libramont et dans la région avoisinante.

    Un autre récit plus détaillé sur cet épisode, et comprenant, entre autres, une enquête de terrain, figure également dans la même revue. Il est l’oeuvre d’Eugène Lagrange :

    « Le mercredi 9 août dernier (…), une trombe a ravagé les environs de Charleville et de Sedan, pour venir terminer sa course en Belgique après avoir traversé Bouillon (…)

    Toute la journée, dans la région de Mézières – Sedan – Bouillon, la chaleur avait été accablante [seulement 22°C à Uccle mais plus de 30°C dans le nord-est de la France]. Vers 4 heures, partout aussi, le ciel se chargeait de noirs nuages (…), mais nul ne pressentait la catastrophe qui allait se manifester.

    Tout à coup, vers 5h30, le ciel s’obscurcit davantage et la nuit est presque complète (…). À 5h45, à Sedan (…), la tourmente se développe dans toute sa violence. Des rafales de vent et de poussière venant du sud-ouest s’engouffrent dans les rues, renversant tout sur leur passage.

    Un coup de tonnerre retentit brutalement ! Une pluie diluvienne inonde la ville ; d’énormes grêlons, dont les
    moyens ont la grosseur d’un oeuf de poule, brisent les carreaux. À tout instant un coup sourd retentit : c’est une cheminée qui s’écroule, les gouttières d’un toit qui s’envolent. Les ardoises pleuvent avec autant de force que les grêlons. Des arbres énormes (…) sont arrachés, déracinés (…).

    Les réverbères sont tordus, les fils télégraphiques et téléphoniques, les fils conducteurs des tramways pendent lamentablement a terre (…).

    Sur les places publiques, les tentes des forains sont dispersées dans tous les coins. Des voitures sont enlevées par la force du vent et transportées de plusieurs mètres de distance (…).

    Les vitres, les glaces des magasins sont brisées ; de larges trous béants montrent la violence de la grêle.

    La tornade dure un quart d’heure, et, pendant ce quart d’heure, l’ouragan cause des pertes incalculables (…).

    Les rues sont (…) encombrées de débris de toute espèce (…). Dans la campagne, partout, les arbres sont déchirés, les toitures, enlevées (…).

    À Sedan, une marchande de légumes (…) fut tuée par la chute d’une cheminée, et ses enfants (…), blessés ; à Balan, un enfant de 10 ans fut entraîné et noyé dans le canal d’un moulin ; à Illy, un ouvrier fut tué par la chute d’une grange.

    Arrivé (…) à Bouillon, nous avons pu juger, en parcourant la route suivie par le météore, des effets encore inconnus pour nous de la puissance des vents déchaînés dans une manifestation de ce genre (…).

    Le trajet général suivi par la trombe ne semble nullement avoir été influencé par la configuration du sol (…). Le cyclone du 9 août a parcouru un véritable arc de cercle, de l’ouest à l’est, partant de Mézières-Mohon, à l’embouchure de la Vence, s’abaissant jusque Donchery, puis s’élevant à nouveau vers le nord par Saint-Menges, Illy, Olly, pour pénétrer en Belgique par la Chapelle, vers Bouillon, qu’il a atteint en venant des hauteurs du moulin à vent, pour venir expirer entre Paliseul et Offagne, sur les hauts plateaux de l’Ardenne. Sedan se trouve sur la limite méridionale de ce trajet circulaire, le maximum d’énergie du cyclone s’étant dépensé plus au nord, vers Saint-Menges et Illy. Dans l’ensemble de ce trajet, le météore, après avoir traversé obliquement la large vallée de la Meuse, est remonté vers le nord, vers la crête montagneuse qui forme la frontière, puis, après avoir, en deux courants à peu près parallèles, atteint les fonds de la Semois à Bouillon, est remonté sur le plateau vers Paliseul-Offagne, en recoupant le ravin profond où descend, vers Bouillon, la route de Paliseul.

    Illustration du passage de la tornade sur Bouillon, depuis un point de vue vers Florenville. Crédit : Frédéric Godefroid©Belgorage.Illustration du passage de la tornade sur Bouillon, depuis un point de vue vers Florenville. Crédit : Frédéric Godefroid©Belgorage.

    À Bouillon même, les dégâts (…) sont considérables ; les habitations (…) au niveau de la Semois ont peu souffert. Mais il n’en est pas de même de la végétation et spécialement (…) des arbres de grande taille. Ceux qui ornent l’Esplanade, située devant l’entrée du vieux château historique de Bouillon (…), ont particulièrement souffert. Les masses d’air en mouvement (…) ont ou bien arraché au sol des ormes de plus d’un mètre de diamètre, ou bien les ont brisés à mi-hauteur. La plupart de ces arbres sont cependant renversés avec leurs racines, relativement peu profondes dans un sol rocheux, leurs têtes dirigées de droite et de gauche vers la partie médiane de l’Esplanade.

    Plus bas, au pied du château, la belle propriété de M. Camion a été entièrement ravagée. Le vent s’y est fait comme une trouée dans l’axe même de la vallée, brisant net les arbres à 5 ou 6 mètres de hauteur, tandis que plus haut, à l’Esplanade, il les abattait tout entier.

    À un kilomètre en aval, sur le sommet de la côte de la vallée de la Semois, devant laquelle cette rivière se détourne à nouveau pour couler vers Cordemoy [lire Cordemois], et dans la direction même de la trouée dont nous venons de parler, un bois de sapins présente l’aspect le plus extraordinaire. Il est situé sur la pente qui regarde la vallée. Les masses d’air, entraînées comme un véritable projectile venant des hauteurs du moulin à vent, y ont, comme a l’emporte-pièce et tombant de haut, brisé des centaines d’arbres, dont les parties supérieures sont toutes rejetées dans la même direction, sans que l’on puisse constater la moindre trace d’une action tourbillonnante. Au front du bois, sur la pente, deux rangées d’arbres restent intacts, comme si le projectile aérien rebondissant avait passé au-dessus de leurs têtes (…).

    Poursuivant, au-delà de Bouillon, sa course dévastatrice (…), le cyclone, pour employer une expression cependant peu applicable au point de vue météorologique, a encore brisé quelques arbres dans le ravin de la route de Belgique et, épuisé, a fini par terminer sa course vers Paliseul et Offagne, en renversant encore (…) pas mal d’obstacles végétaux sur son passage.

    À Bouillon (…), chose curieuse, dans la ville même, presque personne ne s’est rendu compte au premier instant des dégâts commis : le bruit de la tempête couvrait tout dans les habitations, où chacun avait trouvé refuge. ».

    Un dossier complet sur cet épisode, reprenant, entre autres, les conditions atmosphériques et le parcours (français) de la tornade a été édité par Keraunos. Il est disponible via le lien suivant : Les violents orages ardennais du 9 août 1905.

    Dans ses conclusions, Keraunos exclut le passage d’une tornade sur Sedan, qui aurait été touchée par une rafale descendante. Par contre, une tornade a bien concerné un secteur plus au nord. Celle-ci, après avoir parcouru environ 15 kilomètres en France, arrive en Belgique pour toucher Bouillon, avant de mourir sur le plateau de Paliseul, après également environ 15 kilomètres sur le territoire belge, portant, donc, son trajet global à au moins 30 kilomètres. La tornade a d’abord avancé de l’ouest vers l’est avant d’obliquer vers le nord-est aux environs de La Chapelle, peu avant la frontière belge. Selon Keraunos, l’intensité maximale de la tornade (en France) a atteint le niveau F2.