La nuit du 19 au 20 juin 2002 est marquée par le passage de deux amas orageux très électriques sur notre pays. Cet épisode constitue par ailleurs la troisième offensive sérieuse du mois de juin 2002. Malgré les 9 jours d’orages (moyenne : 12), ce sont plus de 100 000 éclairs qui sont détectés par le système SAFIR tout au long de ce mois. La seule offensive de la nuit du 19 au 20 juin en délivre d’ailleurs environ 42 000 (source : IRM). On peut donc dire que le mois de juin 2002 aura plutôt été pauvre en orage en termes de quantité, mais un grand cru en termes de qualité.
1. Déroulement de l’offensive
Le premier système orageux, de taille relativement restreinte, atteint la Gaume depuis la France aux alentours de 22h00 et quitte le pays vers 1h00 par la région de Rocherath, en province de Liège. Très actif, il génère environ 11 000 décharges en environ trois heures.
Le second amas se crée à partir de 2h00 entre Aisne (France), Ardennes et Entre-Sambre-et-Meuse par le développement simultané et explosif de nombreuses cellules très électriques, celles-ci s’agglomérant progressivement en entrant sur le territoire belge. Signe de l’intensité de la convection, certains cumulonimbus culminent à 14 km d’altitude ! Dès la première demi-heure, l’activité électrique est exubérante, avec jusqu’à 280 éclairs par minute aux alentours de 2h30 !!!
L’amas orageux gagne ensuite les régions de Charleroi et de Namur, avec un éclair toutes les quelques secondes. Les multiples chutes de foudre provoquent localement des dégâts de la Thudinie à la Basse-Sambre. Malgré une vitesse de déplacement relativement rapide, la taille du système fait qu’une large bande centrale du pays connaît de l’activité orageuse en un point pendant parfois deux heures et demi ! Inutile de dire que beaucoup de Belges ne dormiront que très peu cette nuit-là.
L’orage multicellulaire vu par le radar de Wideumont vers 3h45, le 20 juin 2002 (source : IRM).
À l’aube, l’amas orageux évacue progressivement le pays en direction de l’est des Pays-Bas et du nord-ouest de l’Allemagne, tout en maintenant une activité relativement constante.
C’est l’Entre-Sambre-et-Meuse qui semble avoir été le plus concerné par les orages, avec jusqu’à 50 éclairs par kilomètre carré et des précipitations avoisinant parfois les 40 voire 50 mm. De nombreuses inondations sont ainsi observées de la Botte du Hainaut à l’est du Brabant wallon. La gare de Charleroi-Sud voit bon nombre de ses trains matinaux retardés en raison des voies parfois impraticables. Dans le Brabant wallon, la Dyle et le Nethen, notamment, entrent en crue par endroits.
2. Contexte atmosphérique
Le contexte atmosphérique dictant la survenue de ces orages est également très particulier.
Le 18 juin 2002, après une journée caniculaire (30 à 34°C), un front froid lié à une dépression à l’ouest de l’Irlande passe en fin d’après-midi et en soirée, sans pour autant se faire remarquer, une très forte inversion bloquant les développements convectifs (voir article consacré). L’air maritime qui suit règne sur le pays la journée du 19 juin, avec des maxima qui ne dépassent que de peu les 20°C (22,6°C à Gosselies et 22,7°C à Bierset, par exemple). Côté ciel, le soleil ne brille que par intermittence entre les champs nuageux et on observe, dans certaines stations, quelques gouttes de pluie à la mi-journée. Rien qui annonce de l’orage, donc…
Sur l’ouest de la France, toutefois, la prolongation du front qui a traversé le pays la veille au soir se met à onduler sous la pulsion d’une nouvelle bouffée d’air tropical. Une onde dépressionnaire se forme ainsi et remonte vers la Belgique. À 2h00, le 20 juin 2002, elle se trouve sur le nord de la France, précédée d’un front chaud faisant office de tête de pont d’une masse d’air très instable.
Pourtant, ce retour de l’air chaud ne se note pas au niveau du sol : un faible flux de surface de nord à est maintient, en effet, de l’air maritime relativement frais dans les premières centaines de mètres de l’atmosphère. En altitude, cependant, l’air chaud est présent : on note, dans la nuit, une température de 19°C à 1 km d’altitude sur l’ouest de l’Allemagne, ce qui est franchement chaud pour cette altitude.
Source : IRM.
En Belgique, cet air chaud décollé du sol est également présent, mais, à basse altitude, on n’en remarque pas la présence, Gosselies enregistrant, par exemple, 17,3°C avant les orages, avec un faible vent de nord à est. Au-dessus de cette langue d’air du secteur chaud, la décroissance des températures avec l’altitude est, en revanche, franchement prononcée, rendant la masse très instable en moyenne troposphère.
CAPE estimée par le modèle GFS vers 2h00 le 20 juin 2002 (source : Wetter3).
La présence d’une branche de jet-stream juste à l’ouest de nos régions ajoute, en plus, un élément de dynamique majeur, forçant les ascendances. Dans ce contexte, il n’est guère surprenant de voir de violents orages… sans que l’observateur attentif au niveau du sol ait pu en déceler les précurseurs, comme l’habituelle lourdeur.
Les orages se produisant dans des conditions plutôt stables en basse altitude, mais instables en moyenne ou en haute altitude, comme c’est le cas pour les orages de la nuit du 19 au 20 juin 2002, portent le nom d’orages d’atmosphère libre (OAL). Pareille situation s’est plusieurs fois produite dans nos contrées. C’est, par exemple, le cas pour les orages en série de la soirée du 22 à la matinée du 23 août 2011 (voir les articles de l’almanach et des brèves et articles ainsi que le dossier consacré sur cet épisode) ou, plus récemment, des orages de la nuit du 14 au 15 juin 2025.
Un dossier a été réalisé par notre collectif sur les orages de l’été 2002, mettant surtout l’accent sur les orages du 27 août 2002. Il est disponible via le lien suivant : Les orages du 27 août 2002.
