Ce vendredi 19 juin 2026, en fin de journée, des orages très actifs ont concerné l’ouest du Hainaut et la province de Flandre orientale. Ils se sont surtout fait remarquer par leurs rafales descendantes, qui ont provoqué de nombreux dégâts à la végétation.
Qu’est ce qu’une rafale descendante ?
Souvent associées à tort au terme inapproprié de « mini-tornade » (qui, pour rappel, n’existe pas dans la littérature scientifique), ou encore confondues avec les vraies tornades, les rafales descendantes peuvent atteindre une puissance suffisante pour générer des dégâts similaires à ceux d’une tornade de moyenne intensité. Le mécanisme de fonctionnement et l’origine sont pourtant complètement différents.
Comme son nom l’indique, une rafale descendante est associée à la descente brutale d’une masse d’air au sein d’un orage et plus précisément du courant descendant de l’orage. Une cellule orageuse est, en effet, composée de deux courants : le courant ascendant, qui alimente le cumulonimbus en air chaud et humide, et le courant descendant (ou encore appelé « courant de densité »), plus frais, et souvent associé aux précipitations intenses ayant lieu sous les orages.
L’air descend naturellement avec les précipitations vers le sol. Pour autant, afin d’obtenir une réelle rafale descendante, ce mouvement vers le bas se retrouve accéléré par l’un des deux phénomènes suivants, voire les deux :
- L’évaporation d’une partie des précipitations lorsqu’elles tombent dans une couche d’air très sec en basse troposphère, près du sol. L’évaporation entraîne un refroidissement du courant descendant, qui devient plus dense et plus « lourd ». Il coule ainsi plus rapidement vers le sol et s’écrase en formant de puissantes rafales. Ce cas de figure est assez fréquent dans les contextes caniculaires, avec de l’air sec dans les basses couches.
- La présence d’un jet à l’étage moyen de la troposphère (autour de 3 à 7 km, appelé rear inflow jet en anglais) qui souffle à l’arrière des orages et en direction de celui-ci. Ce jet introduit de l’air sec dans les cumulonimbus, y entraînant de l’évaporation et donc également un alourdissement du courant descendant. Le jet se retrouve à son tour emporté vers le bas et peut ainsi finir assez proche du sol. La combinaison « alourdissement + jet abaissé » débouche également sur des rafales descendantes. Les orages multicellulaires en écho en arc (bow echo en anglais) sont ainsi connus pour être des structures orageuses particulièrement venteuses, car ce type de courant jet arrière y est régulièrement présent. En Belgique, ces situations se produisent quelques fois par an, aussi bien en été qu’en période hivernale.
Enfin, concernant l’offensive actuelle, les deux cas de figure ont probablement coexisté. En effet, l’action de courants-jets arrières était observable à certains moments sur les imageries radar, tandis que la présence d’air assez sec en basse couche permettait une certaine évaporation des précipitations.
Arrivée de l’orage du 19 juin 2026 sur Ruiselede, en province de Flandre Occidentale.
Source : Johan Depredomme – Facebook
Quoiqu’il en soit, le phénomène est bien différent de la tornade, qui est caractérisée par des vents en rotation rapide. Dans le cas des rafales descendantes, le vent est grosso modo linéaire et en éventail, plus ou moins dans le sens de déplacement de l’orage. Elles peuvent parfois dépasser les 200 km/h dans les situations les plus puissantes. Ainsi, les dommages sont de nature divergents, tandis que ceux générés par une tornade le sont de manière convergente, en direction du centre du vortex. De plus, dans le cas d’une tornade, des phénomènes d’aspiration entrent également en jeu, en lien avec les pressions très basses du tourbillon, ce qui n’est absolument pas le cas avec les rafales descendantes.
Pour encore plus de détails sur les rafales descendantes, nous vous proposons de vous diriger vers la page suivante de notre site : Les fronts de rafales et les rafales descendantes.
Déroulé de l’épisode
L’épisode de ce 19 juin s’est caractérisé par une zone orageuse relativement restreinte en taille mais intense. Localement, le critère d’orage violent a pu être rencontré, en raison de rafales ayant pu dépasser les 120 km/h. Les stations officielles ont relevé 94 km/h à Semmerzake, 86 km/h à Assenede et 83 km/h à Melle (toutes en province de Flandre orientale), mais aussi 118 km/h à l’aéroport de Lille-Lesquin, en France, à proximité de la frontière belge. Or, comme les rafales descendantes sont des phénomènes de relative petite taille (quelques kilomètres de diamètre tout au plus), cela les amène régulièrement à passer entre les anémomètres du réseau officiel. Au vu des dégâts, il est très probable que les rafales ont été plus fortes par endroits que celles mesurées par le réseau officiel belge. Par exemple, des stations privées, en province de Flandre orientale, ont enregistré des rafales de 113 km/h à Nazareth-De-Pinte et 144 km/h à Petegem.
Au niveau atmosphérique, nous retrouvions un talweg en altitude qui s’est enfoncé depuis les Îles Britanniques vers la Mer du Nord, tandis qu’une branche de jet survolait le nord-ouest de la France et l’ouest de la Belgique. En surface, l’instabilité a atteint des valeurs élevées (MUCAPE de 2000 J/kg), tandis qu’une dépression thermique s’est formée sur le nord-ouest de la France, pour ensuite remonter par notre pays et s’évacuer sur les Pays-Bas durant la nuit. On note également la présence d’une ligne de convergence sur ces mêmes régions, en lien avec la brise de mer. Avant le déclenchement de la convection, la chaleur fut accablante, avec 35,4°C à Ombret en province de Liège, 35,1°C à Beauvechain en province du Brabant Wallon et 34,7°C à Kleine-Brogel en province de Limbourg. Même le littoral suffoquait, avec 33,1°C à Zeebrugge, avant que la brise de mer ne vienne apporter de la « fraîcheur » avec 24 à 25°C.
Ensuite, les premiers orages responsables de cette offensive sont apparus peu avant 16h00, en Normandie. Rapidement, plusieurs évolutions supercellulaires ont pu être observées, associées à des chutes de grêlons de plusieurs centimètres. Toutefois, lorsque le système orageux s’est présenté à la frontière belge près de Tournai, ce caractère supercellulaire était franchement moins net, au profit d’une organisation davantage multicellulaire. Les radars de précipitations montraient clairement, à ce moment, l’apparition de nouvelles cellules sur son flanc est, celles-ci s’étant agglomérées ensuite pour former un système multicellulaire. Parallèlement, les images satellites ont montré une explosion de la convection sur l’ouest de la Belgique.
L’orage qui en découla fut particulièrement actif et a rapidement balayé l’ouest de la Belgique en plus ou moins une heure, avec une intense activité électrique et des chutes de grêlons de 1 à 3 cm de diamètre. Lorsque le système est entré en Flandre, il a pris une forme de plus en plus arquée. Les images radars ont montré l’action d’un très probable courant jet arrière juste à l’ouest de Gand, en direction de la Zélande. Ainsi, une fois entré aux Pays-Bas, le système orageux présentait une structure en écho en arc très aboutie, avec la rapide formation d’un autre écho en arc juste au large des côtes. Le système orageux pouvait alors être qualifié de LEWP ou line echo wave pattern en anglais soit une ligne avec des échos en vagues, en raison de la présence de plusieurs échos en arc. Par ailleurs, un arcus particulièrement développé a été observé depuis la Zélande ainsi que sur le nord de la province de Flandre orientale.
Dégâts observés au Mont-Saint-Aubert, en province de Hainaut, le 19 juin 2026.
Le système orageux a ensuite poursuivi sa route toute la nuit et on le retrouvait au petit matin du 20 juin au Danemark, indiquant une longévité remarquable !
En parallèle, l’est de la Belgique a également connu quelques orages. En effet, dès le début de l’après-midi, des cellules ont concerné la province de Luxembourg, avant de s’étendre vers l’est de la province de Liège. Localement, ces orages se sont accompagnés de chutes de grêlons de 1 à 3 cm, mais ces derniers sont restés d’activité beaucoup plus modeste que leurs collègues de l’ouest. Cependant, une fois arrivés sur l’Allemagne en soirée, ces orages ont développé un système multicellulaire lui aussi vigoureux et à l’origine de dégâts.
Rafales descendantes et dégâts
Une bonne partie des dégâts liés au vent sont donc associables à l’action de rafales descendantes. Pour le Hainaut, les différents éléments à notre disposition laissent penser qu’elles sont dues majoritairement à l’action de la couche d’air sec en basse couche. En effet, aucun courant jet arrière n’est identifiable à ce moment et, par ailleurs, la jeunesse des cellules sur la partie est du système orageux ne semble pas avoir laissé suffisamment de temps à un tel courant d’intervenir. De plus, un puissant front de rafales a également été observé à l’avant des orages. De nombreux dégâts ont été constatés, particulièrement dans la région de Tournai et du Mont-Saint-Aubert, avec des branches et des arbres brisés ou déracinés. La rafale descendante associée a atteint le niveau T2, soit des vents compris entre 120 et 150 km/h.
Par contre, côté Flandre, des dégâts plus importants sont observés, avec de nombreuses routes coupées à la suite de chute d’arbres, notamment à Horebeke, Velzeke, Zalm, Melle, Oudenaarde et Kruisem. Dans cette dernière localité, un moulin à vent historique a été détruit tandis que plusieurs toitures de bâtiments ont été endommagées. À l’ouest de Gand, la présence de l’impressionnant courant jet arrière, clairement identifiable sur les images radars, est possiblement associable avec les rafales observées au sol dans cette région. De nombreux dégâts sont d’ailleurs constatés entre Gand et Terneuzen.
On note aussi que la province de Flandre occidentale a été touchée par la prolongation du système vers l’ouest, avec de nombreux dégâts à la végétation dans les communes de Waregem, Zwevegem et Anzegem. De plus, des toitures ont été endommagées à Ingooigem et Heestert. À Legedem, la foudre a aussi provoqué l’incendie d’une habitation.
Enfin, quelques inondations par ruissellement ont également été constatées localement, mais ce n’est certainement pas la marque de cette offensive. On a ainsi relevé 39,4 mm à Avelgem en province de Flandre occidentale et 36,6 mm à Zomergem en province de Flandre orientale.
