03/01/2014 – Ligne de grains très venteuse

Ce vendredi 03 janvier 2014, une ligne de grain associée à un contexte de traîne active, s’est formée à l’ouest de nos frontières pour ensuite traverser une bonne partie de la Belgique. Il semblerait qu’un écho en arc ait été actif au sein de ce système. Celui-ci s’est déplacé depuis la province de Hainaut jusqu’à la province de Limbourg en générant de puissantes rafales de vent à son passage. Il se pourrait même que plusieurs structures de ce genre se soient imbriquées dans un seul et même système qui concernait à la fois la Belgique et les Pays-Bas. Leur origine provenait à la fois d’une certaine instabilité mais surtout du vigoureux courant jet, et plus précisément de la sortie gauche de ce dernier, qui trônait au-dessus de nos régions en cette journée de vendredi, en lien avec la présence d’une profonde dépression située à proximité de l’Ecosse.

Analyse de surface du 3 janvier 2014 à 13h00. Source : KNMIAnalyse de surface du 3 janvier 2014 à 13h00. Source : KNMI

Au niveau des précipitations, de fortes chutes de grêle et de pluie furent observées avec le passage de la ligne d’orages mais l’activité électrique nuage-sol resta plutôt faible à modérée comme c’est souvent le cas avec les cellules de basse altitude (tropopause basse en raison de la saison froide). A l’inverse, l’activité intranuageuse s’est montrée particulièrement soutenue pour un mois de janvier.

Activité pluvieuse durant l`évolution du système ; on devine la présence d'un écho en arc au centre du système. Source : BuienradarActivité pluvieuse durant le passage du système ; on devine la présence
d’un écho en arc au centre du système.
Source : Buienradar

Au niveau des dégâts, une ligne haute tension s’est couchée dans la province de Hainaut, faisant songer à des rafales de vent ayant pu dépasser les 150 km/h, ce qui est pratiquement similaire à ce qui s’est produit à Ciney le 14 juillet 2010. Fort heureusement, ces rafales de vent furent très localisées et ne touchèrent pas les zones habitées même si des zones résidentielles ont connu des dégâts plus légers. En Belgique, ces dégâts se cantonnèrent à des tuiles envolées, des arbres arrachés et autres éléments sensibles au vent. Du côté des rafales, on a noté des vents dépassant les 100 km/h par endroit comme à Bierset en province de Liège (105 km/h). On a également relevé 97 km/h à Florennes et à Retie ainsi que 94 km/h à Deurne.

Pour en revenir aux régions touchées par de très forts phénomènes éoliens, une enquête de terrain effectuée par notre collectif dans le Hainaut Occidental a permis de conclure au passage d’une virulente rafale descendante sur la commune de Cordes et d’une rafale descendante accompagnée d’une tornade sur la commune d’Estaimpuis. Il est à noter qu’une tornade, possiblement la même, a été active en périphérie nord de Lille côté français.

Activité électrique durant le passage de la ligne de grain. Source : BlidsActivité électrique durant le passage de la ligne de grain.
Source : Blids

Tout d’abord, sur la commune d’Estaimpuis, une rafale descendante localisée a frappé un bois de peupliers proche du canal de cette région. Une dizaine d’entre eux ont été soit jetés à terre, soit brisés nets. La disposition des troncs et des branches d’arbres dans le même sens permet de conclure au passage d’une rafale descendante. Ainsi, aucun dégât convergent n’a été observé sur la zone.

Un peu plus au nord, des dégâts très légers ont également été observés. Malgré le fait que les dégâts soient limités à quelques branches d’arbres et à quelques tuiles envolées, les témoignages récoltés ainsi que les dégâts observés au-delà de la frontière (et plus précisément sur la commune de Leers) permettent de conclure au passage d’une tornade.

Pylône haute tension brisé net à mi-hauteur par le passage d'une violente rafale descendante. Crédit photo : Jean-Yves FriquePylône haute tension brisé net à mi-hauteur par le passage
d’une violente rafale descendante.
Crédit photo : Jean-Yve Frique

Sur la commune de Cordes (Anvaing), des pylônes à haute tension ont été abattus par de puissantes rafales de vent qui n’ont duré que quelques minutes. La présence de dégâts divergents et la disposition des débris dans un même sens confortent l’hypothèse d’une violente rafale descendante ; mais de plus forte intensité que celle observée à Estaimpuis.

S’il est difficile d’estimer la résistance d’un pylône à haute tension face au vent, les habitations proches de la ligne peuvent cependant nous permettre de faire une estimation basée sur l’échelle de Torro.

Cette échelle comporte plusieurs avantages pour le classement de l’intensité des rafales descendantes.

Peuplier cassé à la base au passage de la rafale descendante. Crédit photo : Jean-Yves FriquePeuplier cassé à la base au passage de la rafale descendante.
Crédit photo : Jean-Yves Frique

D’une part, cette échelle a la particularité de pouvoir autoriser une évaluation des dégâts provoqués par des rafales de vent « linéaires » et d’autre part, elle a été élaborée en tenant compte de l’habitat « ouest européen ». Ainsi, les structures que l’on rencontre habituellement chez nous sont reprises dans cette échelle. Notons que celle-ci est également utilisée par les Allemands pour effectuer un classement de l’intensité des tornades. Voici le lien vers un document qui nous sert de référence : Échelle de Torro

Bâtiment endommagé par le passage d`une rafale descendante. Crédit photo : Jean-Yves Frique Bâtiment endommagé par le passage d’une rafale descendante.
Crédit photo : Jean-Yves Frique

Ainsi, selon les dégâts infligés aux habitations les plus touchées, nous estimons que la rafale descendante qui a touché la commune de Cordes a atteint le niveau T3 ; c’est-à-dire des rafales de vent estimées entre 150 km/h et 180 km/h.

La rafale descendante qui a concerné une zone restreinte située entre les villages de Leers Nord et Estaimpuis aurait eu une intensité maximale estimée au niveau T2 ; c’est-à-dire des rafales de vent estimées entre 120 km/h et 150 km/h.