04/06/2019 – Orages intenses et venteux

Trente-six heures après la nuit orageuse du 2 au 3 juin 2019, une nouvelle dégradation plus soutenue concerne une bonne partie de la Belgique en fin d’après-midi et en soirée du 4 juin 2019. Pour un bon nombre de régions, elle fait office d’offensive la plus sérieuse de la saison des orages de cette année.
Sa genèse est par ailleurs à aller chercher dans la dégradation survenue trente-six heures plus tôt. Le front froid qui l’a suivi a traversé nos régions dans la journée du 3 juin 2019 puis s’est mis à onduler en devenant pratiquement immobile. Sous l’effet d’une nouvelle bouffée d’air chaud venue du sud et le creusement d’une dépression sur la France, il a retraversé la Belgique en matinée et sur le temps de midi du 4 juin 2019, nous plaçant dans un large coin d’air chaud et humide, fortement instable (températures de 26-27°C et autour de 60% d’humidité relative, donnant un ressenti lourd). La présence d’une branche de Jet-stream à l’ouest de nos régions se joignait aux autres éléments (instabilité, humidité, remontée de la dépression française) pour mettre en place une situation sérieuse.
En début de soirée, comme montré sur la carte ci-dessous, nous retrouvons la dépression venue de France sur l’ouest de notre pays tandis que le front froid se précède d’une ligne de convergence. Cette convergence traverse rapidement le Royaume du sud-ouest au nord-est en soirée en forçant l’ascension des masses d’air et en apportant, de ce fait, la plupart des orages.
Situation synoptique du 4 juin 2019 à 20h00. Source : KNMIAnalyse de surface du 4 juin 2019 à 20h00. Source: KNMI.
Les premiers orages apparaissent à l’ouest de la région parisienne et se déplacent rapidement vers l’ouest de la Belgique où on les retrouve en fin d’après-midi. Certains de ces orages ont pris des caractéristiques supercellulaires sur l’extrême nord de la France et il est possible d’envisager que cela ait été également le cas en Belgique. Ensuite, ce groupe de cellules orageuses quitte notre pays par le nord vers 21h30.
Approche d'une cellule orageuse présentant des caractéristiques supercellulaires sur la région de Binche, en province de Hainaut, le 4 juin 2019. Crédit photo : Mathieu Levêque.Approche d’une cellule orageuse présentant des caractéristiques supercellulaires vers la région de Binche en province de Hainaut, le 4 juin 2019.
Pendant ce temps, d’autres orages très actifs s’organisent sur l’Ile-de-France et prennent, quant à eux, la direction des provinces de Hainaut et de Namur. Ils s’organisent, peu avant d’arriver en Belgique, en un système orageux multicellulaire de type écho en arc. Il n’est d’ailleurs pas impossible que cet ensemble ait évolué en LEWP, les réflectivités radars semblant montrer l’occurrence de cette phase. Les LEWP sont connus pour engendrer de très violentes rafales descendantes et, plus rarement, des tornades de faible intensité.
Système orageux organisé en LEWP sur la Marne et l'Aisne, en France, le 4 juin 2019 à 19h30. Source : KachelmannOutre les premiers orages concernant l’ouest de la Belgique, on note le système orageux sur l’Aisne et
le nord-ouest de la Marne, prenant transitoirement une forme de LEWP autour de 19h30. Source : Kachelmann Wetter.
Ce potentiel venteux ne tarde pas à se concrétiser système se montre particulièrement virulent et donne notamment une rafale de 104 km/h à La Selve dans l’est du département de l’Aisne, puis une autre de 132 km/h à Rocroi, au sud de Couvin (province de Namur), au moment d’entrer en Belgique sur le coup de 20h15.
La commune voisine de Chimay (province de Hainaut) est également touchée par ces fortes rafales de vent. Des arbres au sol sont signalés à Forges tandis que l’étable d’une ferme est soufflée à Rièzes.
Dommages constatés sur une ferme de Rièzes, en province de Hainaut, le 4 juin 2019. Source : Vers l'Avenir. Crédit photo : J.By.Dommages constatés sur une ferme de Rièzes en province de Hainaut, le 4 juin 2019.  La thèse d’une rafale descendante est privilégiée.
Source : Vers l’Avenir. Crédit photo : J.By.
Arcus devaçant l'écho en arc dans la région de Spy, en province de Namur, le 4 juin 2019. Crédit photo : Attila FeketeArcus devançant l’écho en arc dans la région de Spy en province de Namur, le 4 juin 2019.
Après, le système se déplace et concerne le centre de la Wallonie autour de 21h00 où de fortes rafales de vent sont toujours enregistrées, celles-ci étant liées à un puissant front de rafale précédant les orages. Par ailleurs, certaines stations enregistrent des pointes de plus de 100 km/h.
De plus, il semblerait qu’au sein de cet écho en arc, des microrafales localisées se soient développées. Les régions de Chimay (province de Hainaut), Namur, Perwez, Ramillies, Jodoigne, Orp-Jauche (province de Brabant Wallon) ainsi que Hannut et Waremme (province de Liège) sont les plus touchées.
L’image radar de précipitations ci-dessous montre le système orageux de type écho en arc sur le centre de la Wallonie tandis que le groupe de cellules orageuses ayant concerné plus tôt l’ouest du pays se trouve à ce moment-là en Flandre et aux Pays-Bas.
Image radar du 4 juin 2019 à 21h00. Source: Kachelmann Wetter.Image radar du 4 juin 2019 à 21h00. Source: Kachelmann Wetter.
À Hannut et Waremme, de nombreux arbres sont endommagés ainsi que quelques toitures. Des coupures de courant sont aussi constatées. Il en est de même dans la région de Jodoigne où une voiture est notamment écrasée par un arbre mais, heureusement, les occupants s’en sont sortis sans séquelles.
Le journal ‘Vers l’Avenir’ décrit la situation : “Les violents orages qui ont touché le pays ce mardi soir n’ont pas épargné le Brabant Wallon et c’est principalement Jodoigne et ses environs qui ont été touchés…Les pompiers jodoignois, qu’on a contactés peu avant midi, semblaient encore complètement débordés par la situation, recevant des «appels de partout» et nous renvoyant vers le dispatching de la zone de secours du Brabant Wallon. On y indiquait, peu avant midi, avoir reçu au moins 150 à 200 appels depuis ce mardi soir, essentiellement pour des interventions liées à des branches d’arbres, des fils électriques, des toitures…
Tandis que des dégâts sont également observés dans la région de Namur, des débris blessent cinq personnes à Schaerbeek (Bruxelles).
 Passage de l'écho en arc sur la région de Landen, en province du Brabant Flamand, le 4 juin 2019. Crédit photo : Geoffrey Maillard.Passage de l’écho en arc vers la région de Landen en province de Brabant Flamand.
Soulèvements de poussière au passage du front de rafales dans la région de Landen, en province du Brabant Flamand, le 4 juin 2019. Crédit photo : Geoffrey Maillard.Soulèvements de poussière au passage du front de rafales dans la région de Landen en province de Brabant Flamand.
Ensuite, le système avance en direction des provinces d’Anvers, de Limbourg et de Brabant Flamand. Cependant, l’activité venteuse baisse en intensité car l’écho en arc a tendance à se déstructurer.
Toutefois, de fortes rafales de vent sévissent encore localement, surtout en province de Limbourg. À Peer, une toiture est arrachée alors que le hall sportif de Lummen subit des dommages importants. Plusieurs lignes de chemin de fer sont aussi bloquées par la chute d’arbres dans la région d’Hasselt. En province d’Anvers, une habitation est touchée par la foudre à Wortel mais aussi à Rijkevorsel.
D’ailleurs, l’activité électrique engendrée par cet ensemble fut soutenue, sans pour autant être violente. Le système orageux finit par s’évacuer en direction des Pays-Bas autour de 22h00.
Chute de la foudre sur la région de Onhaye sous le système orageux de type écho en arc, observé depuis Gérin (province de Namur) le 4 juin 2019. Crédit photo : Hubert Maldague.Chute de la foudre sur la région de Onhaye sous le système orageux de type écho en arc, observé depuis Gérin (province de Namur) le 4 juin 2019.
En parallèle, d’autres orages, plus modérés, se développent sur le département des Ardennes pour ensuite entrer en province de Luxembourg vers 21h15. Ils quittent le pays par la province de Liège aux alentours de 22h15 sans faire parler d’eux.
Cette dégradation est la première considérée comme étant sérieuse de l’année 2019. Comme attendu, le vent fut le premier responsable des dégâts notoires observés. Dans l’ouest du Hainaut et de la Flandre, ce fut aussi la grêle qui fut parfois significative sans causer de dommages importants.
Activité électrique du 4 juin 2019. Source : LightningmapsActivité électrique observée le 4 juin 2019. Source: Lightningmaps.
Les plus fortes rafales de vent mesurées sont de :
  • 94 km/h à Kleine Brogel (province de Limbourg)
  • 97 km/h à Florennes (province de Namur)
  • 98 km/h à Herhet (province de Namur
  • 101 km/h à Ernage (province de Namur), Dourbes (province de Hainaut), Diepenbeek (province de Hainaut).
  • 104 km/h à Schaffen (province du Brabant Flamand)
  • 106 km/h à Pont-de-Loup (province de Hainaut – station Météo Belgique)
  • 132 km/h à Rocroi (département des Ardennes, France)

Il est à noter que le modèle Arome avait particulièrement bien cerné ce potentiel venteux :

Modèle Arome illustrant les rafales de vents maximales prévues sur la Belgique à 21h00, le 4 juin 2019. Source : MétéocielRun 12Z de Arome le 4 juin 2019 et montrant les rafales maximales attendues. Source : Météo France via Météociel.

Bien entendu, il est presque certain que des rafales encore plus fortes aient sévit localement en Belgique.

D’ailleurs, les enquêtes de terrain ont montré qu’il n’est pas simple de différencier les dommages associés au front de rafales de ceux dus aux rafales convectives ou aux microrafales puisque les trois phénomènes se côtoyaient aux mêmes endroits dans l’écho en arc. Cela d’autant plus que les rafales descendantes sont restées d’intensité contenue (T2 à T3 très localement). Mais leurs présences sont révélées par endroits grâce à des couloirs de dégâts (les dommages du front de rafales ainsi que des rafales convectives étant ponctuels et épars) et par l’orientation divergente des dommages.
En outre, dans la région de Jodoigne, il faudra trois semaines aux différents services pour déblayer les axes routiers, chemins et sentiers touchés pour la chutes d’arbres et de branches.
Peupliers sectionnés par une probable microrafale à Jodoigne-Souveraine, en province du Brabant Wallon, le 4 juin 2019. Crédit photo : François Riguelle.Peupliers sectionnés par une probable microrafale à Jodoigne-Souveraine, en province de Brabant Wallon, le 4 juin 2019. Un couloir est visible
dans la végétation, dans lequel de nombreux arbres sont endommagés. Quelques toitures ont également été légèrement touchées.
Une très probable rafale descendante a laissé une véritable tranchée dans le Bois du Haut-Saint-Pierre, à Jodoigne-Souveraine, le 4 juin 2019. Pour l’anecdote, ce bois a déjà été touché deux fois par des tornades, la première le 28 juin 2011 et la seconde le 8 août 2014. Crédit photo : François RiguelleUne très probable rafale descendante a laissé une véritable tranchée dans le Bois du Haut-Saint-Pierre, à Jodoigne-Souveraine,
en province du Brabant Wallon, le 4 juin 2019. Pour l’anecdote, ce bois a déjà été touché deux fois par des tornades,
la première le 28 juin 2011 et la seconde le 8 août 2014.

Grange en partie effondrée à la suite du passage d'une probable microrafale à Grand-Rosière, en province du Brabant Wallon, le 4 juin 2019. Crédit photo : François Riguelle.Grange en partie effondrée à la suite du passage d’une probable microrafale à Grand-Rosière en province du Brabant Wallon, le 4 juin 2019. Dans un
couloir restreint, des toitures ont aussi été endommagées tandis que des arbres sont brisés ou déracinés.
Dommages constatés dans un bois à Huppaye, en province du Brabant Wallon, à la suite du passage d'une rafale descendante le 4 juin 2019. Crédit photo : François RiguelleDommages constatés dans un bois à Huppaye, en province du Brabant Wallon, à la suite du passage d’une très probable
rafale descendante le 4 juin 2019.
Toiture endommagée à Huppaye, en province du Brabant Wallon, à la suite du passage d'une rafale descendante le 4 juin 2019. Crédit photo : François RiguelleToiture endommagée à Huppaye, en province du Brabant Wallon, à la suite du passage d’une très probable rafale descendante
le 4 juin 2019. D’autres habitations ont été touchées dans le village, mais les dégâts restent contenus là aussi.

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