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La généralité des orages

De tous temps, les hommes ont été fascinés par ces mastodontes des cieux. En effet, quoi de plus impressionnant qu’un nuage orageux dans toute sa splendeur ? Mais, parfois, ces beautés de la nature se déchaînent et se transforment en catastrophes !

Le but de ce dossier est de tenter de faire découvrir un peu plus le monde si fascinant des orages.

Pour réaliser ce document, outre nos propres connaissances, nous avons consulté de nombreux sites Internet (en anglais et en français) afin de proposer un dossier le plus complet possible. La liste de ces sites est énumérée en bas du présent document, avec un lien direct vers eux.

Pour plus de précisions sur l’un ou l’autre terme technique utilisés dans le présent document, nous vous invitons à consulter notre glossaire.

Enfin, un documentaire sur les orages a été réalisé par notre équipe, celui-ci pouvant être visionné via le lien suivant : Documentaire sur les orages.

Description d'un orage

Un orage est un phénomène météorologique caractérisé par la présence de manifestations électriques. Cela signifie que pour pouvoir qualifier « d’orage » un phénomène atmosphérique, il faut impérativement pouvoir observer des éclairs.

Mais, attention, pouvoir observer ces derniers ne veut pas dire uniquement les voir à l’oeil nu. En effet, il arrive parfois que les éclairs ne soient pas visibles, auquel cas l’utilisation d’un système de détection de foudre devient nécessaire.

En outre, contrairement à certaines idées reçues, il peut arriver qu’un orage soit présent sans que l’on puisse observer visuellement un cumulonimbus (exemple : la présence de nimbostratus pouvant cacher le nuage orageux). Il est donc aujourd’hui exclu de se baser sur ce dernier critère.


Coup de foudre descendant négatif frappant la région de Ciney, en province de Namur, lors du transit d’un orage multicellulaire, le 20 septembre 2014.

Le cumulonimbus est le roi des nuages, le seul à pouvoir occuper toutes les couches verticales de la troposphère et pouvoir atteindre, voire dépasser les 10.000 mètres de hauteur entre la base et le sommet.

Il est également le seul nuage à pouvoir produire des éclairs et donc le seul nuage orageux à proprement parler.

Dans certaines situations bien particulières, il peut arriver que l’activité électrique d’un cumulonimbus soit très peu marquée, si peu marquée même que cette activité peut ne pas être visible ni audible pour l’observateur au sol. Cela dépend, d’une part, du stade d’évolution du nuage (par exemple, au moment où celui-ci passe du stade de cumulus congestus au stade de cumulonimbus calvus) et, d’autre part, de la période de l’année. En effet, en hiver, il peut arriver que le cumulonimbus ne produise que peu de manifestations électriques. Il y a donc plusieurs raisons à cela, mais retenons principalement l’altitude de la tropopause. En effet, celle-ci peut influer sur l’activité électrique d’un cumulonimbus.

Nous reviendrons plus en détail sur les raisons qui amènent à cela dans le chapitre consacré à la foudre.

Formation d'un orage

Pour qu’un orage se forme, il faut impérativement qu’il y ait la présence de trois éléments essentiels dans l’atmosphère, à savoir :

  • De l’instabilité
  • De l’humidité
  • Un forçage d’origine thermique ou dynamique dans les basses couches

Concernant l’instabilité, celle-ci est sans aucun doute l’élément « de base » dans la formation d’un orage. En l’absence  d’instabilité, aucun orage ne peut se développer.

Si l’instabilité est l’élément de base dans la formation d’un orage, l’humidité est, quant à elle, essentielle dans le développement de nuages.

Enfin, le forçage de basses couches permet d’enclencher un déséquilibre entre d’une part, l’air chaud et humide présent dans les très basses couches et d’autre part, l’air plus froid en altitude.

Un forçage thermique peut, par exemple, être fourni par le réchauffement de l’air plus prononcé à un endroit donné, et ce, sous l’effet des rayons du soleil. Un forçage dynamique peut être, par exemple, le passage d’une convergence des vents.

Après ces quelques précisions, revenons à présent sur la formation d’un orage.

Formation du nuage convectif

Comme nous l’avons décrit précédemment, il est nécessaire d’avoir au départ un forçage de basses couches qui amène l’air à se soulever et à entamer son ascension.

Au fur et à mesure de leur ascension, les particules composant l’air vont se refroidir (même si celles-ci demeureront plus chaudes que leur environnement) et engendrer de la condensation, laquelle provoque alors la formation de gouttelettes d’eau et donc la formation d’un nuage appelé cumulus. Ce nuage va continuer à se développer tant que la parcelle d’air demeurera plus chaude que son environnement. C’est ce que l’on nomme la ‘convection’.

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Cumulus congestus en cours de développement vers la région d’Estinnes, en province de Hainaut, durant un contexte de masse d’air froid, le 12 avril 2013.

Il faut savoir que cette parcelle d’air ne peut pas monter indéfiniment. En effet, lorsqu’il atteint le niveau de la tropopause, qui correspond au niveau de la troposphère, l’air ne peut plus continuer à s’élever, car il va être « bloqué » à ce niveau par une couche d’inversion (zone où la température s’accroît avec l’altitude au lieu de diminuer).

Le nuage va donc commencer à s’étaler sous cette couche d’inversion, prenant une forme caractéristique d’enclume. Précisons que le sommet du nuage est essentiellement composé de cristaux de glace.

Si l’instabilité est très forte, les courants ascendants (c’est-à-dire les mouvements d’air verticaux à l’intérieur du nuage) peuvent cependant parvenir à percer cette couche d’inversion, en raison de la force d’inertie. Ainsi, une sorte de dôme va apparaître au sommet du nuage.

L’altitude maximale d’un cumulonimbus va ainsi dépendre d’une part, de l’altitude de la tropopause (car plus cette dernière est élevée, plus le nuage sera haut) et d’autre part, de la vigueur du courant ascendant.

Naissance du courant descendant

Lorsque des gouttelettes d’eau présentes au sein du nuage acquièrent une certaine masse et un certain poids, celles-ci vont progressivement entamer une chute qui va les faire tomber hors du courant ascendant principal où elles ont grossi. Ces gouttelettes d’eau vont, selon certains principes assez complexes, continuer à prendre de la masse et du poids, augmentant par la même occasion leur chute. Tout en descendant, ces gouttelettes d’eau vont finir par former ce que l’on nomme le courant descendant de l’orage.

En quittant la base du nuage, une partie des précipitations issues du courant descendant va s’évaporer. Le reste va tomber sous forme de pluie, de grésil, voire de grêle, ou encore de neige, selon la température environnante, mais également selon d’autres éléments plus complexes sur lesquels nous ne nous attarderons pas dans ce chapitre.

Notre nuage orageux est à présent « opérationnel », avec un courant ascendant principal qui amène l’air humide et chaud vers le sommet du nuage et un courant descendant principal qui refoule vers le sol les précipitations sous forme solide ou liquide.

Lorsque les gouttelettes d’eau, les cristaux de glace ainsi que d’autres particules présentes au sein du nuage vont se heurter, cela va provoquer l’électrisation du nuage orageux et des éclairs pourront apparaître (voir le paragraphe sur la foudre).

Par la suite, le nuage orageux va se déplacer selon le flux d’altitude.

Développement et dissipation d'un orage

Notre nuage orageux est donc arrivé à un stade de maturité où se côtoient courants ascendant et descendant. C’est à ce stade que l’orage sera susceptible d’apporter les plus fortes précipitations, du vent fort et éventuellement de la grêle.

Mais ce stade de maturité ne dure généralement pas très longtemps : dix à vingt minutes tout au plus pour un orage monocellulaire classique (voir le paragraphe sur les types d’orages, ci-dessous). En effet, le courant descendant va continuer à se développer et prendre de plus en plus d’ampleur. Les précipitations vont ainsi refroidir l’air ambiant. De ce fait, l’alimentation en air chaud du nuage orageux va progressivement s’affaiblir et l’orage va commencer à se désagréger. On nomme ce stade « la dissipation ».

Comme nous venons de le dire, ce scénario s’applique essentiellement aux orages monocellulaires classiques, lesquels ne comprennent donc qu’une seule cellule orageuse. Toutefois, il peut arriver qu’en présence de cisaillements de vents verticaux, la cheminée du courant ascendant ne soit pas perturbée par les précipitations issues du courant descendant, car décalée par rapport à ce dernier, ce qui permet dès lors de retarder la dissipation du nuage orageux. En outre, dans certains cas, l’arrivée d’air froid et humide au sol refoulée par le courant descendant peut amener le développement de nouvelles cellules à proximité immédiate.

Il est important d’ajouter que tous les types d’orages (qu’ils soient monocellulaires, multicellulaires ou supercellulaires) connaissent les mêmes cycles (développement, maturité, dissipation), mais qu’en fonction des différents éléments, la durée de vie sera différente pour chacun d’entre eux.

Orage en dissipationOrage monocellulaire en cours de dissipation vers la région de Léglise, en province de Luxembourg, le 18 juin 2011. En se dissipant, le cumulonimbus génère régulièrement d’autres nuages, tels que des altostratus, comme illustré ci-dessus.

Les types d'orages

Description et fonctionnement

Comme nous venons de le voir, une cellule orageuse est composée d’un courant ascendant et d’un courant descendant opérationnels. Progressivement, le courant descendant va finir par prendre de l’ampleur au sein du nuage orageux et, de ce fait, couper l’alimentation de l’orage en air chaud et humide, provoquant la dissipation du nuage convectif.

C’est pourquoi les orages monocellulaires (composés d’une seule cellule) n’auront généralement pas une durée de vie très longue, généralement de l’ordre de quelques dizaines de minutes à une heure environ.

Lors de certaines situations, avec notamment une plus forte instabilité de l’air, le courant ascendant peut être nettement plus vigoureux et, ainsi, autoriser l’orage à perdurer plus longtemps. Néanmoins, le faible cisaillement des vents présent ne permettra pas au courant ascendant de rester longtemps à l’écart des courants froids issus du courant descendant. Ainsi, si la durée de l’orage sera un peu plus longue que l’orage monocellulaire « classique », celle-ci ne dépassera pas une heure, voire une heure trente. Ce type d’orages connaît généralement des phases successives de renforcement et d’affaiblissement, ce qui lui confère le nom d’orage monocellulaire à pulsation.

À noter qu’un type d’orage monocellulaire bien particulier peut persister beaucoup plus longtemps qu’un orage monocellulaire classique : il s’agit de l’orage supercellulaire. Cependant, tant le mode de fonctionnement que les conditions météorologiques nécessaires à son développement sont totalement différents. De ce fait, nous les avons classés à part.


Orage monocellulaire en phase de maturation évoluant dans un contexte de masse d’air froid
vers la région de Steenokkerzeel, en province de Brabant Flamand, le 22 avril 2012.

Description et fonctionnement

Les orages multicellulaires sont, comme leur nom l’indique, une multitude de cellules orageuses regroupées et qui ont une certaine interaction entre elles. Cependant, il n’est pas toujours aisé de faire la distinction entre des orages monocellulaires proches les uns des autres (sans pour autant interagir directement entre eux) et de « véritables » orages multicellulaires.

Il existe plusieurs types d’orages multicellulaires, allant de la simple association de plusieurs cellules orageuses au système convectif de méso-échelle, en passant par la ligne de grains.

Les orages multicellulaires ont une durée de vie plus longue que le simple orage monocellulaire et peuvent parcourir de plus grandes distances. Dans certains cas, ces orages peuvent s’accompagner de phénomènes sévères, tels que de très fortes rafales de vent ou de la grêle.

Dans ce dossier, nous allons décrire les principaux types d’orages multicellulaires. Ces orages sont parfois difficiles à classer, mais, pour plus de facilités, nous les avons classés en trois catégories distinctes :

  • Les « clusters »
  • Les systèmes convectifs de méso échelle (MCS)
  • Les lignes de grains

Avant d’aller plus loin, il est bon de préciser que l’évolution des cellules orageuses en structures multicellulaires dépend avant tout de l’instabilité et des cisaillements des vents.


Système multicellulaire, en contexte de masse d’air froid, s’éloignant progressivement
de la région de Tohogne, en province de Luxembourg, le 15 mai 2011.

Les « clusters »

  • Formation par propagation

Pour bien comprendre ce qui va suivre, une cellule orageuse est composée d’un courant ascendant et d’un courant descendant. Au départ, nous avons notre cellule orageuse qui va connaître les trois phases successives propres à tous les orages (formation, maturité, dissipation).

Lorsque la cellule atteint le stade de maturité, le courant descendant, en atteignant le sol, va créer un front de rafales, permettant à l’air plus chaud environnant (par rapport à l’air froid issu du courant descendant) de se soulever.

Lorsque des cisaillements des vents verticaux sont présents, ceux-ci vont permettre d’éloigner les précipitations du courant descendant par rapport à l’emplacement initial de notre cellule. À la place, grâce aux forçages et à l’humidité apportés par le front de rafales, un nouveau courant ascendant pourra se former. Si l’instabilité est suffisante, ce courant ascendant va continuer à se développer et, au final, former une nouvelle cellule orageuse.

Si les conditions favorables se poursuivent, de nouvelles cellules continueront de se former et ainsi de suite…

Ainsi, nous aurons plusieurs cellules orageuses qui vont se côtoyer, mais à des stades d’évolution différents.

  • Formation par fusion des cellules orageuses entre elles

Il peut arriver que des cellules orageuses proches les unes des autres viennent se fusionner entre elles pour s’organiser en de véritables systèmes multicellulaires. Les causes principales de cette fusion sont la présence d’une forte instabilité et d’un cisaillement des vents relativement faible, mais non nul.

Les systèmes convectifs de méso-échelle

Dans la littérature américaine, ce genre d’orages n’est pas classifié comme un type d’orages bien défini, mais, pour plus de clarté, nous avons préféré le classer dans une catégorie à part.

orage multicellulaire observé depuis la région de Wormhout dans le département du Nord en France, le 15 août 2017 à 06h25 - Auteur : Samina VerhoevenSystème convectif de méso-échelle arrivant au lever du soleil à Wormhout, dans le département du Nord, en France, le 15 août 2017.

Un tel système est composé de différentes cellules orageuses de grande ampleur. On parle dès lors de MCS (système convectif de méso-échelle) si la taille du système orageux dépasse les 80 km de diamètre ou de MCC (complexe convectif de méso-échelle) si la taille du système orageux dépasse les 400 km de diamètre. À noter que cette description n’est pas tout à fait exacte, car on tient également compte d’autres éléments pour classifier un MCS ou un MCC, mais nous ne nous y attarderons pas dans ce dossier généraliste.

Les MCS (ou MCC) regroupent d’innombrables orages (dont certains peuvent être d’origine supercellulaire), qui, sous l’action de puissants forçages s’étalant sur une vaste zone, fusionnent entre eux pour ne former plus qu’un seul système convectif de grande taille.

Ces orages se forment le plus souvent dans le courant de l’après-midi et perdurent jusqu’au petit matin, tout en ayant parcouru des centaines de kilomètres. Ils peuvent s’avérer potentiellement dangereux et sont parfois responsables de dégâts assez importants.

Les lignes de grains

Les lignes de grains sont un ensemble d’orages qui, sous l’effet combiné de forts cisaillements des vents et d’une instabilité modérée à forte, s’intensifient et se structurent « en ligne » assez rapidement, en fonction de la rapidité du flux directeur.

Ligne de grain débarquant de la mer du Nord, près de Westkapelle, en Zélande, aux Pays-Bas, le 16 août 2020.

Selon la nature des cisaillements des vents, la ligne de grains peut adopter plusieurs « formes », allant de la ligne de grains classique et linéaire jusqu’à l’écho en arc (bow echo en anglais).

Cette dernière forme est ainsi nommée, car elle prend, sur les radars, une forme courbée. Généralement, c’est sous les échos en arc que l’on observe les phénomènes les plus intenses, comme de violentes rafales de vent et, parfois, des tornades. En règle générale, plus les cisaillements des vents et l’instabilité sont forts, plus la ligne de grains pourra évoluer rapidement en écho en arc.

Il existe également un autre type d’évolution d’une ligne de grains : le « LEWP ». Une telle évolution nécessite des conditions météorologiques bien précises, que l’on ne retrouve qu’assez rarement dans nos régions. Un LEWP prend sur les imageries radars l’aspect d’une vague. Au sein de cette ligne, des supercellules peuvent se développer.

Pour terminer, certaines lignes de grains peuvent être qualifiés de derechos. Le derecho n’est pas, à proprement parler, une sorte de lignes de grains (comme le bow echo ou le LEWP), mais, grosso modo, le terme utilisé pour définir une ligne de grains très puissante et de grande taille. Sans rentrer dans les détails, la qualification d’une ligne de grains en derecho dépend de plusieurs critères (par exemple, la vitesse du vent, les dommages observés, la taille du système).

Description et fonctionnement

Les orages supercellulaires sont, avant tout, des orages monocellulaires, composés, donc, d’une seule cellule, mais ayant à la fois un courant ascendant (généralement très puissant) et, surtout, deux courants descendants, situés à l’avant et à l’arrière de l’orage.

Pour pouvoir qualifier une cellule orageuse de supercellulaire, il est nécessaire que celle-ci adopte certaines caractéristiques bien précises. La plus importante est la présence en son sein d’un mésocyclone. À partir du moment où l’on confirme la présence d’un mésocyclone, d’autres conditions sont requises pour pouvoir classer un cas en supercellule, comme, par exemple, la durée de rotation du courant ascendant (qui doit être de trente minutes minimum).

Pour qu’un orage « ordinaire » évolue en supercellule, il faut impérativement avoir la présence de plusieurs conditions météorologiques spécifiques, que l’on ne rencontre généralement que quelques fois par an en Belgique, ce qui fait que ce type d’orages reste relativement rare dans nos contrées.

Ces conditions météorologiques sont les suivantes :

  • La présence de cisaillements des vents dits « tournants »
  • Une instabilité suffisante
  • Généralement, la présence d’une couche d’inversion à une altitude oscillant entre 600 et 1200 mètres, faisant office de « couvercle »
  • Un élément déclencheur capable d’amener la convection à percer l’inversion

Ces conditions bien précises vont amener l’orage à se structurer assez rapidement et produire en son sein le développement d’un mésocyclone. Nous reviendrons plus en profondeur sur le fonctionnement d’un mésocylone un peu plus loin.

La présence de cisaillements des vents va également permettre à la colonne d’alimentation de rester à l’écart des précipitations issues du courant descendant principal (à propos de courants descendants, nous avons rapidement décrit qu’un orage supercellulaire était composé de deux courants descendants, nous y reviendrons).

Pour l’instant, attardons-nous sur l’évolution de l’orage en supercellule.

Alors que le vent souffle nettement plus fort en altitude qu’en basses couches, la colonne ascendante s’incline progressivement. Les précipitations du courant descendant commencent alors à sévir à l’avant de l’orage, car les hydrométéores sont poussés par le flux d’altitude. Ainsi, après un certain temps, le courant descendant occupe une grande partie avant de l’orage, tandis que le courant ascendant occupe la partie arrière.

Mais un autre courant descendant va progressivement se développer à l’arrière du courant ascendant. Les conditions qui mènent à cela sont assez nombreuses et très complexes. De ce fait, nous n’allons pas nous attarder sur ces raisons dans ce dossier généraliste. Précisons cependant que le courant descendant arrière (ou RFD) a une importance capitale dans le développement, mais surtout dans l’intensification d’une tornade (nous reviendrons sur cette dernière un peu plus loin).

Au final, les conditions météorologiques vont amener l’orage supercellulaire à perdurer nettement plus longtemps qu’un orage « ordinaire », car le courant ascendant, qui est, en quelque sorte, le moteur de l’orage, pourra persister aussi longtemps que les conditions y demeureront propices.

La présence de cisaillements tournants va progressivement induire une rotation au nuage orageux, plus précisément au courant ascendant. Cela conduit au développement d’un mésocyclone, terme que nous avons déjà utilisé en début de chapitre. La présence d’un mésocyclone est indispensable pour la formation future d’une tornade.


Orage supercellulaire particulièrement structuré transitant par la région de Boekhoute, en province de Flandre Orientale, le 10 septembre 2011.

Les tornades

À présent, intéressons nous un instant sur le développement des tornades. Bien que d’autres orages soient capables de produire des tornades, celles issues des orages supercellulaires pourront persister généralement assez longtemps et pourront être d’une intensité plus élevée que celles issues d’autres types d’orages.

Pour qu’une tornade se développe, il faut non seulement la présence d’un mésocyclone mais, en outre, des conditions météorologiques bien particulières et très locales. Nous avons rapidement indiqué plus haut que le courant descendant arrière (ou RFD) avait une réelle influence sur le développement et surtout sur l’intensification d’une tornade. Sans rentrer dans les détails, le RFD apporterait, dans les environs du tourbillon initial, des conditions qui aideraient ce dernier à se structurer et à se renforcer.

À noter qu’un dossier spécialement dédié aux tornades revient plus en détail sur tout cela à l’adresse suivante : Dossier sur les tornades.

Les différentes types de supercellules

Les conditions météorologiques dans lesquelles un orage supercellulaire sévit vont grandement contribuer à l’évolution de celui-ci. En effet, si un orage supercellulaire évolue dans un contexte plutôt sec, ce dernier aura une structure différente par rapport à un orage qui évolue dans un contexte initial nettement plus humide.

À partir de là, on va classer les orages supercellulaires en fonction des conditions météorologiques. Attention cependant : il n’est pas rare qu’un orage supercellulaire puisse passer d’un type à un autre. En effet, la cellule va elle-même créer des conditions bien particulières qui pourront l’amener à évoluer.

  • Les supercellules dites « LP » (ou faibles précipitations)

Ces orages vont se développer dans un contexte atmosphérique plutôt sec. Bien qu’assez rarement observé dans nos contrées, ce type d’orages reste redoutable, surtout pour les chutes de grêlons énormes qui peuvent se produire.

  • Les supercellules dites « classiques »

Ce sont les orages supercellulaires que l’on rencontre le plus souvent dans les Grandes Plaines américaines. Ces orages peuvent s’accompagner de fortes chutes de grêle, de violentes rafales de vent mais aussi de tornades, parfois puissantes. En Belgique, le peu de recherches sur le sujet ne permet pas de certifier que ce type de supercellules est le plus « courant » dans nos contrées.

  • Les supercellules dites « HP » (ou fortes précipitations)

Ces orages supercellulaires sont sans nul doute les plus « dangereux », car les tornades sont souvent noyées dans les précipitations. En outre, comme le nom l’indique, ce type d’orages s’accompagne souvent de précipitations diluviennes. Le risque de violentes rafales descendantes est également bien présent avec ce type d’orages.

  • Les supercellules dites « LT » (ou de basses altitude)

Ces supercellules doivent leur nom du fait de leur développement sous une tropopause assez basse et, donc, sous une instabilité plus faible, ce qui n’empêche pas qu’elles peuvent également produire des phénomènes violents, dont des tornades, comme tous les autres types de supercellules. Ces supercellules sont assez courantes dans nos contrées, même (et surtout) en basse saison (y compris en hiver), période où la tropopause est la plus basse.

Orage supercellulaire transitant par la région de Callengeville, au sein du département
de la Seine-Maritime, en France, le 7 août 2018.

Reconnaître les supercellules au radar et sur le terrain

Si de nombreux cas d’orages supercellulaires observés adoptent des caractéristiques bien particulières au radar, ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Pour permettre une classification, il est nécessaire d’avoir suffisamment d’éléments qui attestent l’évolution de l’orage en supercellule.

Le plus important est la présence d’un dipôle de vitesses radiales sur les imageries radars Doppler. Malheureusement, nous ne disposons pas toujours de telles images.

À partir de là, d’autres éléments peuvent étayer l’hypothèse d’une évolution supercellulaire :

  • Présence d’un écho en crochet net et persistant positionné généralement sur le flanc arrière de l’orage
  • Durée de vie de l’orage pouvant dépasser les deux à trois heures
  • Division de la cellule orageuse initiale, avec un élément qui se dirige vers la droite par rapport au flux moyen et un autre qui se dirige vers la gauche
  • La présence d’une entaille en V à l’avant de l’orage

Sur le terrain, c’est généralement plus compliqué. En effet, comme nous l’avons vu précédemment, on ne peut nommer un orage supercellulaire que si l’on atteste la présence d’un mésocyclone. Ainsi, la classification en orage supercellulaire sur le terrain sera, en quelque sorte, laissé à l’appréciation de la personne qui observe l’orage.

Cependant, certains éléments visuels particuliers peuvent permettre d’identifier une évolution supercellulaire. En voici quelques- uns :

  • Présence d’un nuage-mur rotatif sous la base de la colonne ascendante
  • Présence d’une enclume épaisse et bien structurée
  • Colonne ascendante inclinée et parfois torsadée
  • L’essentiel de l’activité électrique se faisant sur la partie avant de l’orage

Les situations atmosphériques favorables au développement d'orages

Les orages de masse d’air, comme leur nom l’indique, se produisent au sein d’une même masse d’air (chaude ou froide), en l’absence de tout front.

Une ligne de convergence n’est toutefois pas considérée comme un front s’il n’y a pas de changement de masse d’air. Les orages qui s’y forment sont donc considérés comme des orages de masse d’air, même si ceux-ci présentent un caractère pluricellulaire et forment une ligne orageuse.

Les orages de masse d’air chaud

Parmi les orages de masse d’air chaud, nous retrouvons ce que l’on nomme, dans le langage commun, les orages dits « de chaleur » (scientifiquement plus parlant, les orages de marais barométrique).

Dans un tel contexte, ces orages se forment par réchauffement diurne. Ils se déclenchent, donc, le plus souvent l’après-midi ou en soirée. Ils ne sont généralement pas violents. Par contre, ils sont susceptibles d’amener d’importantes quantités de précipitations sur des zones restreintes, jusqu’à causer des inondations locales (généralement par ruissellement), parfois conséquentes, surtout si les sols sont secs (un sol sec a des difficultés à absorber l’eau) et/ou si l’orage stagne au même endroit ou que plusieurs cellules orageuses se régénèrent sur place (en effet, dans un contexte de marais barométrique, le vent est généralement très faible, voire quasi inexistant, par manque de dynamique).

Pour citer un exemple d’orage de marais barométrique, nous pouvons citer tous les orages locaux qui ont sévi un peu partout en Belgique entre fin mai et début juin 2016, période au cours de laquelle de nombreuses inondations locales, parfois conséquentes, ont été recensées.

Les orages de masse d’air froid

Parmi les orages de masse d’air froid, nous retrouvons les orages de traîne active. En hiver, certaines traînes actives faisant suite au passage de dépressions de tempêtes peuvent amener la survenue de cellules orageuses virulentes, capables de produire de très fortes rafales de vent (voire des tornades) ou de la grêle. Un des nombreux exemples récents de ce type d’orages remonte au 28 mars 2016.

 

Cellule se développant sur le sud-est du Limbourg, observée depuis Bassenge en province de Liège, le 17 juin 2020 vers 16h20. Crédit Photo : Samina Verhoeven

Les orages préfrontaux se forment généralement à l’avant d’un front froid, et plus précisément au passage d’une ligne de convergence préfrontale sur laquelle les orages vont se développer.

Ces orages peuvent être forts, voire violents si l’instabilité est forte et que la dynamique atmosphérique est bien marquée.

En Belgique, c’est très souvent au passage d’une ligne de convergence préfrontale que l’on observe les dégradations orageuses les plus marquées (les systèmes convectifs de méso échelle, par exemple).

Les orages du 14 juillet 2010 et du 23 juin 2016 sont deux exemples emblématiques de ce type d’orages en Belgique. Ces orages avaient notamment causé des dégâts très importants dus au vent.

Les orages frontaux sont généralement observés en période hivernale. Au printemps ou en été, le passage d’une ligne de convergence à l’avant du front amène le développement des orages, ce qui fait qu’au passage du front, il ne reste généralement plus beaucoup d’instabilité pour permettre le développement d’autres foyers orageux.

En période hivernale, par contre, les lignes de convergence préfrontale sont plus rares. Les orages se développent le plus souvent au passage du front lui même. Ces orages peuvent parfois s’accompagner de phénomènes venteux vigoureux (rafales descendantes, voire tornades).

Les orages du 25 janvier 2014 sont un exemple emblématique de ce type d’orages en Belgique. Ces orages avaient été particulièrement venteux pour la saison (rafales descendantes et tornades) et avait même été qualifiés de derecho.

Les manifestations météorologiques associées aux orages

Les orages provoquent chaque année des inondations suite à l’apport d’importantes quantités de précipitations, et ce, sur un laps de temps généralement court.

Les cumulonimbus peuvent, en effet, déverser plusieurs dizaines de mm de pluie (parfois une centaine) sur un même endroit, provoquant ce que l’on appelle des crues éclair. Celles-ci peuvent surprendre et provoquer d’importants dégâts aux habitations (caves inondées, coulées de boue rentrant dans les maisons, etc.).

Les orages les plus à même à provoquer des inondations se développent généralement au sein d’une même masse d’air, si possible chaude et instable (conditions de marais barométrique). En effet, comme expliqué plus haut dans le document, ces orages ont généralement un déplacement lent, voire sont stationnaires. Dans le même ordre d’idées, de telles inondations peuvent également avoir pour origine une succession de cellules orageuses passant (rapidement ou lentement) sur les mêmes régions, dans un laps de temps assez rapproché.

Coulées de boue suite au passage d’un intense orage monocellulaire grêligène de masse d’air chaud
vers la région de Natoye, en province de Namur, le 6 juin 2016.

La grêle est sans aucun doute l’un des phénomènes météorologiques les plus redoutés. En effet, chaque année, des dégâts sont observés en Belgique suite à ce phénomène. La taille des grêlons peut, en effet, atteindre, voire dépasser dans certains cas les 3 à 5 cm.

Les carrosseries des voitures, les serres, les vergers ou encore les vérandas paient un lourd tribu à ces chutes de grêle.

La formation de la grêle découle des conditions présentes au sein même du nuage orageux. Il est désormais acquis que la formation et la taille des grêlons dépendent non seulement de la vigueur du courant ascendant, mais également de la durée à laquelle les hydrométéores (dans ce cas-ci, des particules de glace) circulent au sein du courant ascendant.

Un dossier spécifique a été élaboré sur la grêle via le lien suivant : La grêle.

Chutes de grêlons de 3 à 4 cm de diamètre suite au passage d’un orage multicellulaire particulièrement intense vers la région de Journal, en province de Luxembourg, le 9 juin 2014.

Les vents violents peuvent provoquer des dégâts à la végétation et aux habitations. Ceux-ci sont souvent provoqués par le passage d’un front de rafales, voire d’une rafale descendante ou encore d’une tornade, cette dernière faisant l’objet d’un onglet spécifique.

C’est d’ailleurs sous l’effet des rafales descendantes que les dégâts peuvent être très importants (parfois plus importants que les dégâts pouvant être imputés aux tornades que l’on rencontre habituellement en Belgique (F1 à F2)), comme, par exemple, à Ciney, après le passage de virulentes rafales descendante en date du 14 juillet 2010 (le toit de la collégiale avait notamment été soufflé).

Les fronts de rafale

Comme son nom l’indique, le front de rafales est, en quelque sorte, un « front » venteux à l’avant de l’orage qui sépare l’air froid et humide issu du courant descendant de la cellule de la masse d’air environnante. Cette séparation thermique peut amener la survenue de violentes rafales de vent.

Parfois, le front de rafales est matérialisé par un arcus. En effet, l’air froid et humide issu de l’orage rencontre l’air plus chaud environnant, forçant ce dernier à se soulever. En se refroidissant, il va former un nuage très bas que l’on nomme arcus. Selon leur forme, on peut classer les arcus. Il existe, par exemple, l’arcus tabulaire, l’arcus en rouleau ou encore l’arcus multicouches.

 

Vue panoramique d’un front de rafales soulevant la poussière de la mine de lignite d’Elsdorf, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en Allemagne, le 19 mai 2022.

Les rafales descendantes

Les rafales descendantes sont des courants aériens froids et humides issus du courant descendant, qui, sous l’effet de leur propre poids, s’écrasent au sol. En s’écrasant au sol, les vents violents vont se propager dans toutes les directions, mais auront une vitesse de propagation plus élevée dans le sens de déplacement de l’orage.

Les explications à la formation des rafales descendantes sont nombreuses et assez (même très) complexes. Nous abordons tout cela plus en détail dans un dossier spécialement consacré à ces phénomènes et visible à l’adresse suivante : Les rafales descendantes.

Sachez simplement que ces vents violents sont non seulement un danger pour l’aviation (car les rafales descendantes peuvent déstabiliser un avion au décollage ou à l’atterrissage), mais, en outre, les plus fortes d’entre elles peuvent provoquer d’importants dégâts aux arbres, aux toitures, etc. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les rafales descendantes sont les phénomènes venteux qui produisent le plus de dégâts importants dans nos contrées (par exemple, le drame du Pukkelpop du 18 août 2011 trouve son origine dans des rafales descendantes). Comme dit plus haut, les dégâts dus à ses rafales peuvent être plus importants que les dégâts dus aux tornades que l’on rencontre habituellement chez nous, d’où la confusion des quidams entre ces deux phénomènes.

RFD ('Courant descendant de flanc arrière' en Français) produit par un orage supercellulaire HP ('Précipitation intense' en Français). Prise de vue effectuée dans la région de Brad dans l'état du Texas, le 26 mai 2015 à 17h17
RFD (‘Courant descendant de flanc arrière’ en français) produit par un orage supercellulaire HP (‘Précipitations intenses’ en français).
Prise de vue effectuée dans la région de Brad, dans l’état du Texas, le 26 mai 2015 à 17h17.

Il existe deux principaux types de rafales descendantes : les sèches et les humides.

Sans rentrer dans les détails, les rafales descendantes sèches se produisent lorsque l’air des basses couches est relativement sec. Cette sécheresse va en partie évaporer les précipitations issues du courant descendant. Bien que peu courantes chez nous, ces rafales sont dangereuses, car généralement « invisibles ».

Les rafales descendantes humides, bien plus communes dans nos contrées, se produisent lorsque l’air des basses couches est très humide, voire saturé. Lorsque les rafales atteignent le sol, un déluge de pluie accompagne le vent violent.

On peut aussi classer les rafales descendantes selon la taille d’impact du phénomène au sol. Lorsque la largeur du couloir d’impact ne dépasse pas les 4 km, on parle de « microrafale ». Lorsque la largeur dépasse les 4 km, on parle de « macrorafale ».

Au sein même des couloirs d’impacts, peuvent émerger des couloirs plus petits, mais dont l’intensité du vent est nettement plus élevée. On nomme ces couloirs des « bursts swarths » (terme difficilement traduisible en français). Ces couloirs sont si étroits (parfois quelques dizaines de mètre) que cela peut faire penser au passage d’une tornade, d’où encore la confusion évoquée ci-dessus.

Les tornades sont les phénomènes météorologiques les plus intenses au monde. Elles peuvent provoquer d’importants dégâts, voire, dans des cas extrêmes, détruire totalement des habitations.

Ces phénomènes sont produits par les orages. Les plus fortes d’entre elles sont issues d’orages puissants, généralement d’origine supercellulaire.

Leur mode de formation va différer selon leur nature. On classe généralement les tornades en deux types :

  • les tornades d’origine mésocyclonique
  • les tornades qui ne sont pas d’origine mésocyclonique (généralement peu intenses), également appelées « landspout » (tornade terrestre en français)

Nous n’allons pas aller plus loin sur la formation des tornades dans ce dossier généraliste. Pour les personnes qui désirent en savoir plus, nous vous invitons à cliquer sur ce lien : Généralités des tornades. Notons que dans ce lien, le dossier qui y est associé présente de nombreux termes techniques.

Courant ascendant d'un orage supercellulaire classique produisant une tornade. Prise de vue effectuée dans la région de Simla dans l'état du Colorado, le 04 juin 2015 à 18h34
Courant ascendant d’un orage supercellulaire classique produisant une tornade.
Prise de vue effectuée dans la région de Simla, dans l’État du Colorado, le 04 juin 2015 à 18h34.

La foudre

La foudre est une décharge électrique qui se produit entre deux champs de charge de polarité différente. En rééquilibrant le potentiel entre les champs électriques concernés par l’éclair, la foudre émet une énergie considérable dans les trois domaines caractéristiques de l’énergie, qui sont :

  • L’énergie calorifique
  • L’énergie acoustique
  • L’énergie électromagnétique

L’énergie calorifique

L’énergie calorifique, se traduisant par la chaleur émise, provient de la surchauffe de l’air. De nature isolante, celui-ci subit une surchauffe considérable lorsque le courant électrique de plus ou moins 100.000 ampères le traverse, cela provenant des propriétés résistives de l’air par rapport à ce courant. On peut ainsi observer des températures s’approchant des 30.000 degrés, soit cinq fois celles régnant à la surface du soleil.

Cette très haute température n’est toutefois pas nécessairement la cause principale des incendies provoqués par la foudre, car la durée du phénomène reste extrêmement brève, ce temps n’étant généralement pas suffisamment long pour enflammer les matériaux soumis à la décharge. En fait, il s’avère que c’est le courant continu, constitué de décharges multiples, qui en est la cause principale. Lors d’un orage, on observe régulièrement des réilluminations de l’éclair lors des coups de foudre, chacune d’entre elles étant séparée par un courant continu de plus ou moins 100 ampères. Celui-ci, s’avérant durable dans le temps (jusqu’à une seconde dans les séquences les plus longues), est suffisant pour démarrer un incendie sur du bois sec et constitue donc le facteur principal dans ce type de phénomène.

Par contre, c’est réellement le coup de foudre qui est responsable de l’explosion de certaines structures, cela étant dû à la vaporisation instantanée de l’eau que celles-ci peuvent contenir en leur sein (exemples : arbre écorcé, clocher d’église fissuré ou même détruit).

L’énergie acoustique

L’énergie acoustique généré par l’éclair provient de la forte chaleur émise par le courant. Ce dernier va brutalement dilater l’air traversé par le canal de foudre, ce qui aura, pour résultante, la création d’une onde très abrupte qui se propage dans toutes les directions.

Dans les dix premières mètres de rayon, il s’agit d’une onde de choc, susceptible également de jouer un rôle dans l’explosion des structures. Ensuite, celle-ci se transforme en une énergie acoustique : il s’agit du tonnerre.

L’énergie électromagnétique

Enfin, l’énergie électromagnétique se matérialise par un champ magnétique entourant le coup de foudre. Celui-ci peut lui-même être amené à générer du courant électrique dans l’environnement qu’il traverse en raison de sa brusque variation dans le temps (la durée du coup de foudre). Dès lors, tout matériel sensible à la surtension, plongé dans ce champ, est susceptible de rencontrer des dommages, voire une destruction totale de son circuit intégré.

Ainsi, si l’énergie électromagnétique ne constituait pas un réel danger à l’époque, il s’avère être un fléau redoutable aujourd’hui. Effectivement, si, par le passé, les outils électroniques étaient peu répandus, ils font désormais partie de la vie courante. Un dysfonctionnement de certains de ceux-ci (par exemple, une altération d’une commande principale donnée par un ordinateur dans une usine d’assemblage) peut avoir des répercussions souvent très graves.

Pour revenir sur quelques caractéristiques, on sait que la foudre, aussi appelée arc-en-retour, se propage du sol vers le nuage à une vitesse d’environ 40.000 km/s et que sa température atteint les 30000 degrés Celsius. Pendant qu’elle se propage, elle chauffe très rapidement l’air environnant. Comme expliqué ci-dessus, la brusque détente de l’air dû à cet échauffement crée une onde de choc, qui ne tarde pas à se transformer en ondes sonores que nous percevons et nommons « tonnerre ». Celui-ci est la résultant de l’émission de l’énergie acoustique.

Puisque la lumière se propage à une vitesse plus grande que celle du son, on voit l’éclair avant d’entendre le grondement du tonnerre. Cela signifie que si l’éclair visible est rapidement suivi du tonnerre audible, la foudre s’est déclenchée à proximité.

Lorsqu’un éclair se produit, il existe un moyen simple et rapide d’estimer sa distance par rapport à notre position. En effet, comme nous l’avons vu, la vitesse de la lumière se déplaçant plus vite que le son, nous apercevons l’éclair avant de l’entendre. Chaque seconde qui est comptée entre le moment où l’on voit l’éclair et le moment ou l’on entend le tonnerre représente grosso modo 300 mètres. Cela veut dire que si on compte, par exemple, 30 secondes d’écart entre l’éclair et le tonnerre, la distance entre l’éclair et notre position doit être d’environ 9 km.

Par ailleurs, les ondes sonores sont absorbées par l’air au fur et à mesure que celles-ci progressent dans l’atmosphère. Une des propriétés de ce phénomène constitue en une annihilation plus prononcée des sons aigus que des sons graves. Ainsi, un coup de foudre lointain semble beaucoup plus sourd qu’un autre plus proche. Si l’éclair est suffisamment loin, il se peut même qu’on n’entende même pas le tonnerre. Pour les coups de foudre proches, on remarque aussi un claquement nettement plus sec, cela étant dû aux propriétés directionnelles des sons aigus et de la proximité d’un des segments de l’arc-en-retour vis-à-vis de l’observateur.

Enfin, on retiendra que ce n’est pas parce que l’orage est assez lointain que nous sommes à l’abri d’un coup de foudre. En effet, les éclairs peuvent frapper à plusieurs kilomètres (voir quelques dizaines de kilomètres) de distance de l’orage, cela prévalant surtout pour les coups de foudre positifs, qui s’avèrent, de plus, être les plus puissants. Certains de ces coups de foudre s’abattent à ce point loin qu’ils peuvent tomber dans un environnement plutôt de « beau temps », comme le démontre cette vidéo. Ce phénomène, assez fréquent dans les régions tropicales (notamment en Floride), est appelé, dans le langage courant, « éclair par ciel bleu » et a déjà été à l’origine de quelques décès.

Les nuages orageux (cumulonimbus) sont de véritables accumulateurs électriques. La cause vient directement de la composition du nuage et de ses précipitations. Ainsi, les différentes particules qui composent l’ensemble sont de deux ordres :

  • Les particules lourdes (les grêlons, les gouttelettes d’eau, le grésil)
  • Les particules légères (les particules de glace)

Plus d’une dizaine de théories existent actuellement pour expliquer l’électrisation des nuages. Parmi celles-ci, deux théories principales trônent sur les autres : ce sont celles dites de la « gravitation » et de la « convection ». La première étant davantage retenue pour le moment, celle-ci a été choisie pour être détaillée dans ce dossier.

Coups de foudre frappant les grues portuaires de Zeebruges durant le passage d’une ligne de grain, le 24 janvier 2014.
De nombreux traceurs ascendants démarrant des aspérités sont d’ailleurs visibles.

Dans un nuage orageux, la puissance des courants ascendants et descendants vont engendrer des collisions entre les différentes particules. Lorsqu’elles se heurtent, les particules lourdes se chargent négativement tandis que les particules légères se chargent positivement. On a donc affaire à une triboélectricité par contact. Cependant, il existe une exception pour les particules de grésil, qui se chargent positivement au-dessus de -15 degrés Celsius et négativement en dessous de cette température.

Comme les particules les plus lourdes tombent plus facilement que les autres, elles chargent la partie moyenne et basse du nuage en charges négatives. Dans cette dernière, nous trouvons régulièrement une poche de particules chargées positivement due à la propriété du grésil. Nous avons donc un tripôle, où la partie supérieure du nuage orageux est composée de charges positives et où la partie moyenne et inférieure du nuage est composée de charges négatives, avec la présence d’une poche positive.

Différents types d’éclairs peuvent se produire durant un orage. Nous avons ainsi 4 types de décharges atmosphériques, qui seront plus largement décrits dans le point suivant. Ces décharges sont dénommées selon leur situation dans l’espace et les points d’impacts. Nous avons ainsi les éclairs « intranuageux », « internuageux », « extranuageux » et « nuage-sol », ces derniers étant communément appelés « coups de foudre ». Parmi les éclairs « nuage-sol », on en distingue encore 4 types suivant la polarité et la provenance du traceur qui sera à l’origine de la décharge de foudre. Dès lors, nous avons, les coups de foudre « ascendants positifs », « ascendants négatifs », « descendants positifs » et « descendants négatifs ».

Pour détailler la genèse d’un coup de foudre, nous choisirons, ici, le coup de foudre descendant négatif, ce type de coup de foudre étant le plus rencontré dans nos régions.

Lorsque le nuage est chargé, le sol réagit en se chargeant à son tour positivement au passage de l’orage. Ce phénomène est une réaction vis-à-vis des charges négatives de la couche moyenne du nuage. La petite poche positive de la base du nuage n’est, en effet, pas suffisamment ample que pour prédominer sur la zone négative.

La foudre est, comme nous l’avons vu précédemment, une décharge électrique atmosphérique. Normalement, les charges opposées s’attirent mutuellement. Mais l’air, ayant une propriété isolante, en empêche habituellement le transfert électrique. Il ne se passerait donc normalement rien, si ce n’est qu’à un moment donné, l’attraction de ces charges se fera si forte que notre isolation ne pourra plus les empêcher de se rejoindre, laissant ainsi se produire la décharge électrique impulsionnelle.

En prenant, par exemple, le coup de foudre descendant négatif, celui-ci aura, comme phénomène précurseur, un cheminement quasi invisible constitué par des charges négatives du nuage se propageant dans l’air en direction du sol, où règnent les charges positives. Ce cheminement formant un sillon segmenté est appelé « traceur ». C’est ce phénomène qui détermine la nature du coup de foudre, qui sera, ici, « descendant négatif », puisque le traceur se dirige du nuage vers le sol et est de polarité négative.

Série de coups de foudre ayant simultanément frappé un ensemble d’éoliennes dans la région de Heiderscheid au Grand-Duché de Luxembourg, le 29 avril 2018 à 23h23. Crédit photo : Samina VerhoevenCoups de foudre simultanés frappant les éoliennes de Heiderscheid, au Luxembourg, le 29 avril 2018.

Tandis que ce traceur se dirige aléatoirement vers le sol, le champ électrique au niveau de la surface augmente considérablement, jusqu’à atteindre 500 kilovolts par mètre. À ce moment-là, un autre traceur (positif cette fois) montant de cette région va à sa rencontre.

Lorsque les deux traceurs se rejoignent, la liaison entre le nuage et le sol est complète et la décharge, donc l’arc en retour, a lieu et constitue l’éclair proprement dit.

Enfin, on ajoutera que lorsque l’on définit un coup de foudre par les termes « ascendant négatif » ou « descendant positif », etc., cela ne concerne que les propriétés du traceur ayant engendré le coup, le courant principal d’un coup de foudre se déplaçant toujours du sol en direction du nuage.

Pour terminer, un élément important à retenir et qui se manifeste dans tous les cas où se forme un éclair est la présence d’un « craquement » généré durant la réception des ondes hertziennes radio. Appelé atmosphérique ou siffleur, ce craquement est provoqué par la perturbation électromagnétique que les éclairs engendrent durant leur courte existence et est plus ou moins perceptible suivant la proximité de l’éclair et de la fréquence utilisée, de sorte qu’au plus l’éclair est proche, au plus le craquement se fera entendre, de même qu’au plus la fréquence est basse (ondes AM), au plus le récepteur sera sensible aux craquements.

Les éclairs se divisent en quatre catégories principales, caractérisées par la situation spatiale de l’arc électrique et de ses jonctions. Ainsi, on pourra observer des éclairs de types intranuageux, internuageux, extranuageux et nuage-sol, ce dernier type pouvant encore être subdivisé en quatre sous-catégories selon la provenance et la polarité du traceur qui donnera naissance au coup de foudre proprement dit.

L’éclair intranuageux

Nous savons que lorsque le cumulonimbus a terminé de constituer ses champs électriques, la partie supérieure du nuage est composée de charges positives, tandis que la majeure partie moyenne et inférieure est composée de charges négatives (une infime partie de la base étant chargée positivement). La proximité de ces champs permet l’obtention d’une décharge à l’intérieur même du nuage orageux, formant, dans ce cas-ci, un éclair intranuageux.

De nuit, un observateur au sol voit une lueur plus ou moins forte parcourir le nuage, avec un grondement sourd, alors que de jour, ces éclairs ne sont que peu ou pas perceptibles, leur présence étant trahie par le grondement du tonnerre.

Ce type de décharge s’avère être la plus courante dans un orage. C‘est d’ailleurs même le premier genre d’éclair qui se présente lorsque l’électrisation de l’orage est terminée et qu’il entre en phase de maturation. On observe régulièrement une durée d’un quart d’heure entre les premières manifestations des éclairs intranuageux et le premier coup de foudre au sol.

Orage monocellulaire associé à une ligne convective transitant par la région de Breskens, au sein de la province de Zélande, aux Pays-Bas, le 24 août 2018.

Enfin, ces éclairs peuvent se manifester avec une fréquence temporelle très élevée, surtout dans les orages les plus actifs, cela étant dû à un brassage intensif des constituants du nuage. Ainsi, des fréquences temporelles de l’ordre de 3 éclairs par seconde ont déjà été observées en Belgique lors du passage d’un MCS, le 26 mai 2009, et d’un orage supercellulaire, le 10 septembre 2011. Lorsque ce genre de phénomène se produit de nuit, l’environnement baigne littéralement dans une ambiance stroboscopique.

L’éclair internuageux

Lors d’une formation orageuse de type multicellulaire, on observe une concentration d’orages assez importante dans un espace relativement restreint (les cumulonimbus entrent en contact les uns avec les autres). Dès lors, des décharges électriques peuvent survenir entre la région négative d’un orage pour rencontrer l’environnement positif d’un autre cumulonimbus. Ces éclairs, traversant souvent de l’air libre entre les deux points concernés, donnent lieux à des arcs apparents dans le ciel. Ces éclairs peuvent atteindre des longueurs remarquables (+/- 20 km voire plus) dans les systèmes orageux très étendus, comme les MCS et MCC.

Éclair internuageux surgissant d’un orage multicellulaire vers la région d’Ostende, en province de Flandre Occidentale, le 30 août 2015.

L’éclair extranuageux

L’éclair extranuageux constitue un genre particulier. En effet, comme son nom l’indique, celui-ci va sortir partiellement du nuage à plus ou moins mi-hauteur pour y rentrer ensuite, formant une sorte de boucle dans l’air à proximité du flanc de l’orage. Dans quelques cas, il arrive que l’éclair s’évanouisse dans l’air. Un observateur observe alors un arc électrique semblant s’échapper du nuage pour aller « nulle part ».

Certains coups de foudre descendants négatifs se produisant entre la partie moyenne du cumulonimbus et le sol peuvent parfois sortir de l’un des flancs du cumulonimbus avant de rejoindre le sol, ce qui lui donne l’attribut de « coup de foudre extranuageux ».

Enfin, il arrive que des décharges extranuageuses puissent apparaître sous la cellule orageuse. Cela se produit lorsque l’arc se produit entre la poche positive de la base et les charges négatives de cette même base. Un observateur au sol verra, dans ce cas-là, un éclair sortir d’un endroit du nuage pour y rentrer ailleurs. Ce phénomène fait davantage penser aux éclairs internuageux.

Orage isolé produisant une activité électrique modérée non loin de la région de Fort Stockton au Texas, le 31 mai 2019 à 21h45. Celui-ci génère quelques coups de foudre dont un extranuageux comme illustré ici.Éclair extranuageux se manifestant non loin de la région de Fort Stockton, dans l’état du Texas, aux États-Unis, le 31 mai 2019.

L’éclair nuage-sol

La décharge nuage-sol, communément appelée « coup de foudre », représente probablement le type d’éclair le plus populaire. En effet, ce genre d’éclair est non seulement l’unique du genre à pouvoir être observé au plus près par un observateur sur le terrain, mais c’est également celui qui s’avère être le plus puissant (et, bien sûr, le plus dangereux), autant au niveau du courant, de la tension et des perturbations électromagnétiques qu’au niveau du coup de tonnerre provoqué par la chaleur générée. En effet, il arrive que l’on puisse assister à de véritables détonations faisant vibrer, voire trembler l’environnement, à des départ d’incendies, à des destructions directes d’arbres, de toitures ainsi qu’à la destruction d’appareils électroniques sensibles au rayonnement électromagnétique. Vu d’un côté plus artistique, c’est aussi le genre d’éclair qui est le plus convoité par les traqueurs d’orages, sans cesse en quête du plus beau trophée.

D’un point de vue physique, l’éclair de type nuage-sol caractérise une décharge ayant lieu entre le nuage et le sol lui-même, que ce soit à partir d’un terrain plat ou d’une aspérité effilée, telle une antenne de télévision ou une éolienne.

Selon le genre d’éclair nuage-sol, on peut atteindre des intensités de courant électrique allant de 2000 à 500.000 ampères (voire plus), cette dernière intensité étant très rare et réservée aux coups de foudre positifs, généralement plus puissants que les coups de foudre négatifs.

En pratique, on dénombre quatre genre d’éclair nuage-sol selon la polarité et la provenance du traceur qui donne naissance au coup de foudre. On observe, ainsi, les coup de foudre « descendants négatifs », « descendants positifs », « ascendants positifs », et « ascendants négatifs ».

  • Le coups de foudre descendant négatif

Cette catégorie de décharge nuage-sol représente à elle seule plus ou moins 90% des coups de foudre dans nos contrées.

Comme son nom l’indique, elle est issue d’un traceur de polarité négative qui est descendu du nuage à la rencontre d’un autre traceur, positif, à quelques dizaines voire centaines de mètres du sol.

Son intensité électrique équivaut un peu près à 20 000 ampères dans nos régions, mais peut allègrement dépasser les 100 000 ampères dans certains cas.

Éclair nuage-sol (coup de foudre) descendant négatif se manifestant vers la région de Ciney, en province
de Namur, le 20 septembre 2014. Celui-ci s’est produit suite à la survenue d’un éclair internuageux.
  • Le coup de foudre descendant positif

Cette catégorie de décharge nuage-sol reste assez rare dans nos contrées et demande à ce que certains paramètres soient présents pour qu’elle puisse survenir.

Issue d’un traceur descendant positif, cet éclair proviendra souvent de l’enclume de l’orage, puisque c’est dans cette région que sont agglutinées les charges positives. Cependant, celle-ci étant très éloignée du sol, il faudra qu’une différence de potentiel importante règne entre le sol (chargé négativement ce cas-ci) et la zone supérieure pour qu’un traceur puisse être initié et se diriger vers le sol.

Éclair nuage-sol (coup de foudre) descendant positif surgissant à l’avant du courant ascendant d’un orage supercellulaire vers la région de Callengeville, au sein du département de la Seine-Maritime, en France.
Un éclair internuageux assez court et typique de ce genre de situations accompagne ce coup de foudre.

En général, ce genre de coup de foudre arrive plus fréquemment en hiver, étant donné que l’enclume des orages se retrouve bien plus basse qu’en été. Ils peuvent également avoir lieu lorsque le cumulonimbus approche de sa phase dissipative, quand les ions positifs tentent de descendre dans les couches moyennes du nuage.

D’un point de vue électrique, un coup de foudre descendant positif possède une intensité dépassant assez facilement les 100 000 ampères. Son intensité peut aller jusqu’à 500 000 ampères, voire plus. Dans le jargon, les coups de foudre positifs atteignant une intensité d’au moins 150 000 ampères sont qualifiés de « superbolts ».

À côté des coups de foudre issus de traceurs descendants, on observe d’autres coups de foudre provenant de traceurs ascendants. La particularité principale de ces éclairs consiste en une orientation des ramifications vers le haut, contrairement aux éclairs descendants, dont on est habituellement témoins.

  • Le coup de foudre ascendant positif

Cette catégorie de décharge nuage-sol est assez rare et suscite la présence d’une haute et fine aspérité pour permettre l’émergence d’un traceur positif en direction du nuage. En effet, pour qu’un traceur puisse se développer à partir du sol, une énergie importante doit amener les ions, positifs dans ce cas-ci, à réaliser un cheminement de très longue distance vers le haut. Étant donné que les structures effilées sont à même d’accentuer le champs électrique environnant, c’est à partir de celles-ci que pourra émerger un tel traceur.

Quand l’arc-en-retour se présente, on observe l’étrangeté de voir les différentes ramifications (qui ne sont autres que des subdivisions du traceur positif ascendant) dirigées vers le haut, alors que l’on a davantage « l’habitude » de voir des ramifications allant vers le bas.

Ce type de coup peut être très intense et fait partie des coups les plus observés lors d’essais expérimentaux de tirs de fusées.

Double coup de foudre ascendant positif démarrant des éoliennes de la région de Roscoe, dans l’État du Texas, aux États-Unis, le 23 mai 2013.
  • Le coup de foudre ascendant négatif

Cette catégorie de décharge nuage-sol est très rare et suscite, comme le cas précédent, la présence d’une haute et fine aspérité pour permettre l’émergence d’un traceur négatif en direction de l’enclume du nuage. Effectivement, pour qu’un traceur puisse se développer à partir du sol jusqu’au niveau de l’enclume de l’orage, là où règnent les ions positifs, l’énergie demandée est considérable. Seuls les très hautes structures effilées où des pics montagneux sont à même de pouvoir générer un tel traceur.

Comme le cas précédent, lors de l’apparition de l’éclair, les ramifications de la décharge apparaissent dirigées vers le haut, la base se situant à l’endroit où est né le traceur ascendant négatif.

Enfin, quelques traits physiologiques peuvent constituer des caractéristiques supplémentaires de l’éclair, cela se faisant à partir de la forme de l’arc-en-retour lui-même.

On trouve, ainsi, trois traits principaux:

  • Les éclairs fulminants

Ce sont des éclairs prenant la forme de sillons qui ne sont ni rectilignes ni en zigzag, mais courbés avec des arrondis graduels.

  • Les éclairs ramifiés

Ce sont des éclairs se subdivisant en plusieurs branches autour d’un axe principal.

  • Les éclairs sinueux

Ce sont des éclairs ayant de nombreux traits et segments assez apparents.

La foudre peut tuer ou blesser. Chez nous, on cite ainsi le chiffre de plus ou moins 30 personnes touchées par la foudre par an, pour quelques décès (nous ne connaissons pas les chiffres exacts).

Dans ce cadre, il faut noter que le caractère « mortel » ne dépend pas nécessairement de l’intensité du coup de foudre, mais plutôt d’un malheureux concours de circonstances (par exemple, un coup de foudre (même le plus faible) peut être potentiellement mortel s’il touche directement le coeur). Dans ce cadre, ce sont même plutôt des coups de foudre négatifs dont il faut le plus se méfier (quoique les coups de foudre positifs restent également très dangereux, vu leur intensité), car ils ont généralement un parcours sinueux entre le nuage et le sol, de sorte qu’ils sont plus susceptibles de toucher un humain en plein coeur, plutôt que les coups de foudre positifs, ayant un parcours plus direct entre le nuage et le sol, épargnant généralement le coeur des humains.

Outre le risque humain, la foudre peut provoquer d’importants dégâts aux habitations ou à la végétation. De même, les animaux paient un lourd tribu à la foudre.

Contrairement aux idées reçues, la foudre ne s’abat pas toujours sur les points les plus hauts, mais, bien entendu, il faut éviter de se retrouver soi-même une cible privilégiée de l’orage. De même, toujours contrairement aux idées reçues, la foudre peut s’abattre plusieurs fois au même endroit.

Explosion d'une citerne pétrolière suite à un puissant coup de foudre descendant positif. L'orage multicellulaire de type écho en arc évolua rapidement vers les régions de Maljamar au Nouveau Mexique, le 03 juin 2019 à 22h02.Silo de pétrole embrasé par un coup de foudre puissant lors du passage d’une ligne de grain à Roswell, dans l’État du Nouveau-Mexique, aux États-Unis, le 3 juin 2019.

Voici quelques conseils très utiles pour se protéger contre la foudre (une section plus large consacrée à la protection en cas d’orages est disponible plus bas dans le présent document) :

  • Ne pas courir sous un orage
  • Ne pas s’abriter sous un parapluie
  • Éviter de se retrouver en dessous des arbres ou des poteaux électriques
  • Éviter de rouler à vélo ou de conduire un tracteur sans cabine hermétique
  • Se tenir accroupi par terre afin de limiter sa hauteur et le contact avec le sol au maximum

Description

La foudre en boule serait un phénomène électrique atmosphérique observé par certains témoins durant les orages.

Il se présenterait sous la forme d’une sphère lumineuse dont le comportement ne semblerait pas déterminé par le milieu extérieur. Il posséderait des caractéristiques (mouvement, lumière, apparence, disparition) qui en font un phénomène électrique à part et encore bien mystérieux.

Apparition du phénomène

Depuis longtemps, la foudre en boule est restée un phénomène inexpliqué et de nombreuses théories se sont succédé jusqu’à nos jours.

  • Théories de John Abrahamsson et James Dinniss

Deux chimistes néo-zélandais, John Abrahamsson et James Dinniss, ont émis une nouvelle hypothèse parue en 2000.

En examinant les témoignages, les deux chimistes se rendent compte que les terrains où surviennent ce genre de phénomènes sont généralement assez boisés. Or, qui dit arbre suppose l’existence de composés carbonés. En effet, toute la chimie des organismes vivants est fondée sur les réactions qui mettent en jeu des atomes de carbone. Bien sûr, ces atomes sont souvent associés à d’autres : hydrogène, oxygène ou encore azote, pour former de grosses molécules en chaîne appelées « molécules organiques ». Les deux chimistes en déduisent qu’à chaque fois que la foudre en boule se manifeste, le carbone est bien présent.

Mais cela n’explique en rien pourquoi le phénomène apparaîtrait plus en zone boisée. Tout d’abord, les racines des arbres sont bien ancrées dans le sol. Or, si le vivant a une chimie à base de carbone, l’élément fétiche du règne minéral est le silicium. Les 2900 premiers kilomètres de notre globe ne comportent que des silicates, dont la forme la plus simple est la silice pure, alias le grain de sable : des molécules formées de l’association de deux atomes d’oxygène et d’un atome de silicium (SiO²). Résultat : la silice est aussi impliquée dans le phénomène de foudre en boule, même si le sol des forêts contient jusqu’à deux fois plus de carbone que de silice. Or, deux fois plus de carbone que de silice produit du silicium pur à partir du moment où la température nécessaire à ce processus atteint au moins 1700 degrés Celsius. Dans la nature, seule la foudre est capable de produire une telle fournaise.

En clair, lorsque la foudre touche le sol, elle pénètre dans la terre sur plusieurs millimètres et le silicium présent est éjecté dans l’air. Les particules en suspension s’oxydent et brûlent lentement. L’énergie accumulée dans l’air se dégage sous forme de chaleur et de lumière.

  • Autres théories

Malheureusement, ce n’est qu’une des nombreuses théories et, pour l’instant, cette théorie n’est pas validée par le monde scientifique.

Nombreux sont les scientifiques qui ont tenté de produire le phénomène en laboratoire et seuls quelques-uns d’entre eux sont parvenus à le recréer partiellement. C’est le cas, par exemple, du hollandais Gérard C. Dijkhuis, qui a obtenu, en 1985, une boule de 10 centimètres de diamètre.

C’est également le cas de l’américain Robert Golka, qui, en 1978, a assemblé 20 accumulateurs de 25 000 ampères montés en série. En provoquant un court-circuit, il a obtenu des phénomènes de l’ordre de quelques millimètres qui semblaient comparables à de la foudre en boule. Selon sa théorie, lorsqu’un éclair frappe une cible, la chaleur émise va détacher quelques particules minuscules qui sont en partie vaporisées et soulevées par un coussin de gaz incandescent. On obtient alors de la vapeur métallique qui tourbillonne à très grande vitesse, en général autour d’une minuscule gouttelette de métal liquide de la taille d’un grain de sucre, et qui peut donner une boule de feu de 6 millimètres.

  • Conclusion

À l’heure actuelle, aucune théorie n’a permis de mettre à jour de façon certaine le fonctionnement de la foudre en boule.

Les nuages pré-orageux et orageux

Les orages sont souvent précédés de nuages permettant d’annoncer leur arrivée. Malgré tout, il peut arriver qu’aucun orage ne se développe après le passage de ces nuages annonciateurs. Ces nuages ne doivent donc servir que d’indices sur un éventuel risque d’orages.

Les cirrus floccus

Ces nuages, rassemblés en petits grumeaux, sont situés à une altitude égale ou supérieure à 7000 mètres et sont composés de cristaux de glace. Ils peuvent annoncer l’arrivée d’un système perturbé.

Les altocumulus castellanus

Ces nuages, disposés en alignement de petites tourelles, sont situés à une altitude variant de 2000 à 5000 mètres. Ils sont synonymes d’une instabilité présente dans les couches moyennes de l’atmosphère.

Les altocumulus floccus

Ce sont des nuages rassemblés en petites boules cotonneuses. Ils sont situés à une altitude variant de 2000 à 5000 mètres. Leur présence indique une atmosphère humide et instable.

Le seul nuage orageux existant est le cumulonimbus. Mais, avant de devenir le roi des nuages, il va tout d’abord commencer son développement en tant que cumulus et, ensuite, si les conditions lui sont favorables, évoluer en cumulonimbus.

Les cumulus mediocris

Ces nuages sont de type cumulus. Ils nécessitent une instabilité de l’air pour se développer. Ils peuvent évoluer en cumulus congestus si aucune inversion de subsidence ne les arrête.

Les cumulus congestus

Les cumulus congestus sont des nuages qui se développent lorsque règne une atmosphère humide et instable. Ils représentent le stade intermédiaire entre les cumulus et les cumulonimbus.

Les cumulonimbus calvus

Ce type de nuage représente le premier stade de développement du cumulonimbus proprement dit. Il peut, si les conditions d’instabilité se maintiennent, que ce soit au sol ou en altitude, devenir un cumulonimbus capillatus.

Les cumulonimbus capillatus

Le cumulonimbus capillatus est le dernier stade de développement du nuage orageux. Le nuage atteint donc la limite supérieure de son développement et va commencer à s’étaler sous la tropopause (formation de l’enclume). Lorsque l’enclume est formée, on parlera de cumulonimbus capillatus incus.

Un tel nuage peut apporter de fortes précipitations, un vent violent, de la grêle et, parfois, des tornades.

Quelques précautions à prendre

Dans une habitation, les orages peuvent s’avérer dangereux.

Voici quelques conseils à suivre :

  • Débrancher les prises électriques
  • Ne pas téléphoner avec un appareil fixe filaire
  • Ne pas se tenir près des fenêtres
  • Ne pas prendre un bain ou une douche

Attention, ce n’est pas parce que votre habitation est munie d’un paratonnerre que tout danger est écarté !

Même en voiture, les orages peuvent s’avérer dangereux.

Voici quelques conseils à suivre :

  • Allumer vos feux de croisement
  • Adapter votre vitesse, surtout sur autoroute
  • Bien garder ses distances vis-à-vis des véhicules qui vous précèdent
  • Rester dans votre véhicule, car il représente une bonne protection contre la foudre

À l’extérieur, les orages peuvent s’avérer particulièrement dangereux.

Voici quelques conseils à suivre :

  • Ne pas courir
  • Se tenir éloigné des pylônes
  • Ne pas s’abriter sous un arbre
  • Se mettre accroupi ou assis par terre
  • Ne pas rester proche des points d’eau (étangs, rivières…)
  • Ne pas s’abriter dans une grotte ou autre paroi rocheuse

La prévision des orages

De tout temps, l’homme a tenté de prévoir le temps qu’il fera.

Avant l’avènement des satellites et des modèles numériques, nos aïeux n’ont eu, comme moyen, que d’observer le ciel et de tenter de déchiffrer les signes éventuels émis par les animaux et les plantes pour essayer de prévoir l’arrivée éventuelle de la pluie ou d’un orage. Depuis, l’apparition de la technologie de pointe a bouleversé le monde de la prévision.

En disposant de modèles météo de plus en plus performants et utilisant une multitude d’observations à travers le monde, le météorologiste a, aujourd’hui, accès à une armada de données pour tenter de prévoir le temps qu’il fera.

Pourtant, malgré toutes les avancées en matière de prévision du temps, il subsiste toujours des situations où l’homme et la machine ne peuvent réussir à prévoir avec exactitude le temps qu’il fera. C’est bien sûr le cas à long terme (même si, de ce côté-là, également, des avancées ont été réalisées), mais aussi, parfois, à plus court terme.

Parmi les événements météorologiques difficiles à prévoir à court terme, les orages figurent en bonne position. Il faut se dire que ces phénomènes atmosphériques majestueux ne sont que de « petites tailles » météorologiquement parlant.

Pour pouvoir les cerner et les prévoir, les modèles météo utilisent ce que l’on appelle des maillages. Mais, avant d’aller plus loin, tentons de comprendre comment fonctionne un modèle numérique de prévision.

Les modèles météo sont des programmes informatiques qui simulent l’état de l’atmosphère en se basant sur les données présentes dans l’atmosphère. Ces données sont composées soit d’une multitude d’informations récoltées par des observateurs terrestres ou maritimes (relevés de température, de pression, de l’humidité ou du vent par des stations météo), soit de radiosondages effectués à des endroits bien définis. Le modèle météo va donc calculer tous les paramètres qui lui seront fournis et va tenter de représenter l’état de l’atmosphère. À partir de là, il va essayer, à partir de superordinateurs, de prédire l’évolution de l’état de l’atmosphère par des calculs mathématiques.

Les modèles météo ont donc des maillages. Ces derniers sont, en fait, des découpages de l’atmosphère en trois dimensions. Chaque maillage est donc une représentation d’une partie de l’atmosphère terrestre. Plus un modèle météo a un maillage fin, plus il se focalisera sur un volume réduit et tiendra compte de paramètres de plus en plus précis et nombreux. Des modèles météo à mailles larges sont des modèles qui ont des mailles d’environ 50 km de côté (horizontal). Cela veut dire que ces modèles vont avoir du mal à prévoir des phénomènes qui seront de plus petites dimensions (comme les orages, par exemple). Mais il existe également des modèles à mailles plus fines, faisant passer la résolution de 50 km à moins de 10 km. Ces modèles peuvent donc mieux prévoir les phénomènes de petites dimensions.

Mais les modèles ont leurs limites. En effet, ils essaient d’établir une prévision des paramètres météorologiques en tenant compte des données initiales apportées par les observations. Mais il faut bien comprendre qu’entre ce que les modèles prévoient et ce qu’il va réellement se passer, il y a parfois une grande différence. De plus, des phénomènes convectifs, comme les orages, nécessitent de très nombreux paramètres qui ne sont pas toujours bien prévus par les modèles. Dès lors, il n’est pas rare d’avoir des orages là ou les modèles n’avaient pas prévu qu’ils se développeraient. De même, les modèles météo peuvent avoir prévu une situation favorable au développement des orages à tel endroit et, en fin de compte, il ne se passe rien.

Heureusement, le modèle météo ne fait pas tout. En effet, il apporte aux prévisionnistes une probabilité du temps qu’il fera. Mais le météorologue ne peut pas se contenter des résultats bruts des modèles. Il va, en tenant compte également de son intuition, de son expérience, des situations passées ou de l’avis d’autres collègues, faire une prévision personnelle, car, au final, c’est lui qui prend la décision et qui affine les prévisions.

Mais, tout comme les modèles météo, le prévisionniste pourra également se tromper et annoncer un temps qui ne se produira pas. Pourquoi ? Simplement parce que la météorologie reste une science inexacte !

Et cela vaut encore plus pour des phénomènes aussi complexes que les orages. En effet, les orages se développent sur tous les étages de la troposphère, étage de l’atmosphère réunissant toutes les conditions météorologiques sur une hauteur pouvant atteindre voire dépasser les 10 000 mètres d’altitude. Il n’est donc pas difficile de comprendre que le moindre imprévu à tel ou tel endroit aura une importance capitale dans l’évolution de l’orage. En outre, le nuage orageux ne se contente pas uniquement de la situation atmosphérique. Au niveau du sol, la situation aura également une influence non négligeable. Sa nature, son altitude, sa température, son humidité,… sont autant de paramètres influents. On peut dès lors comprendre que la présence de fleuves, de forêts, de champs, de prairies, du relief, etc. entrent en ligne de compte et influencent à des degrés divers le comportement des orages.

Tout ceci afin d’expliquer que lors de l’émission d’une prévision, la possibilité qu’elle se réalise sur le terrain reste du domaine de l’aléatoire. Si l’on prévoit un risque orageux pour telle ou telle région, cela ne veut certainement pas dire qu’un orage touchera forcément votre rue ou votre maison. Il ne faut donc jamais prendre au pied de la lettre des prévisions et les utiliser à une échelle locale.
Les prévisions sont des tendances plus ou moins certaines des conditions météorologiques à attendre dans un futur proche, mais ne sont, en aucun cas, des certitudes du temps qu’il fera. Mais, bien entendu, il faut tenir compte de ces prévisions réalisées par les institutions météorologiques, car, la plupart du temps, elles sont heureusement correctes. Surtout en cas d’annonce de phénomènes météorologiques violents, restez à l’écoute des recommandations émises par ces institutions !!!

Références

Afin d’élaborer ce dossier qui se veut le plus complet possible, voici les principales références consultées. Notons que la très grande majorité des connaissances sur les orages proviennent des Etats-Unis et sont donc rédigées en langue anglaise.

Voici une liste des sites consultés afin de rédiger ce dossier. La très grande majorité des données proviennent du National Weather Service et du National Severe Storm :

Chasseurs d’orages

Environnement Canada

Estofex

Institut Royal Météorologique

Keraunos

Meteo France

NSSL-NOAA

NWS-NOAA

Storm Prediction Center

Torro

University of Illinois

Frank Roux – « Les Orages. Météorologie des grains, de la grêle et des éclairs »

Félix Aaron Bassous – « 66 jours dans la Tornado Alley »