09/06/2014 – Supercell Outbreak Day 03

Après avoir connu deux journées orageuses aux phénomènes associés exceptionnels, la journée du lundi 09 juin 2014 allait certainement être le jour le plus notoire de la série étant donné que de puissants orages touchèrent beaucoup plus de régions que les jours précédents. De ce fait, de nombreux sujets ont été réalisés par la presse et une partie de ceux-ci vous seront partagés au gré de l’article.

Pour commencer la rétrospective, on peut même dire que cette journée fut déjà orageuse la nuit précédente en présentant des orages le long du Condroz et dans la région boréale du pays vers 02h00 du matin, ces orages faisant l’objet de l’article du 08 juin 2014 car originaires d’une offensive en cette date. De même, le nombre d’impact de foudre recensés en 24h par l’IRM entre le 08 et le 09 juin à 08h00 du matin fut impressionnant avec 26.000 éclairs détectés. Un petit reportage sur ce fait a d’ailleurs été réalisé par RTL, celui-ci étant disponible via le lien suivant : 26.000 impacts de foudre enregistrés.

Si un fait est certain, c’est que l’entracte ne dura que peu de temps avant de voir arriver les premiers orages diurnes car ceux-ci se sont présentés à la frontière franco-belge dès 10h15, avec la remontée d’un système convectif de méso-échelle provenant de la France.

Radar de précipitations vers 10h15. Source : BuienradarRadar de précipitations vers 10h15
Source : Buienradar

Les premières régions touchées furent la botte de la province de Hainaut, soit les environs de Chimay, Couvin, Charleroi et Gerpinnes où la Marche Sainte-Rolende en cours depuis 4h00 du matin a dû être interrompue pendant près d’une heure pendant le passage des orages. Cet heurt orageux a d’ailleurs déjà suscité les médias qui en ont fait des reportages vidéos disponibles via les liens suivants : RTL – La Marche de la Sainte Rolende interrompueRTBF – 3300 marcheurs sous l’orage.

Radar de précipitations vers 11h00. Source : BuienradarRadar de précipitations vers 11h00
Source : Buienradar

Le plus particulier est, qu’encore une fois, ces orages se sont activés dès que le système convectif arriva aux frontières belges à la manière de ce qui s’est produit la veille au matin ainsi que durant l’arrivée d’une supercellule française en soirée du 08 juin 2014. Nous verrons plus tard dans cet article ainsi que dans celui du 10 juin 2014 que ce phénomène se répéta encore deux fois. Enfin, pour poursuivre avec l’évolution des orages de ce système convectif matinal, ceux-ci atteignirent le flanc oriental des provinces de Brabant Wallon et Flamand vers 11h15 où ils causèrent surtout des inondations.

Notre équipe de traqueurs était positionnée dans la région de Bertem située entre Bruxelles et Leuven en province de Brabant Flamand lorsqu’elle intercepta une vigoureuse cellule sous ce système vers 11h30 soit seulement une demi-heure plus tard après Gerpinnes. La RTBF fit un résumé des dégâts perpétrés par ces orages jusqu’ici par le biais d’un reportage accessible via le lien suivant : Des orages violents ont secoué la Belgique. Nous tenons à noter qu’un rappel des orages de la nuit précédente a été inclus dans le reportage et ceux-ci n’ont donc rien à voir avec l’offensive actuellement décrite.

Passage d`un orage dans la région de Bertem en province de Brabant Flamand. Crédit photo : Samina VerhoevenPassage d’un orage dans la région de Bertem en province de Brabant Flamand.
Crédit photo : Samina Verhoeven

Sous cet orage, ce fut donc surtout la pluie mais le vent aussi qui furent importants, sans oublier la présence d’une petite grêle mêlée aux précipitations de pluie et une activité électrique notoire voire même impressionnante lorsque les coups de foudre frappaient à proximité de l’équipe. En remontant vers le nord-est, le système garda son activité en atteignant la région de Mol en province d’Anvers où une personne fut portée disparue après le passage du système. Un article sur ce fait a d’ailleurs été réalisé par RTL et est accessible via le lien suivant : Un homme porté disparu suite aux orages. En parallèle, quelques orages se déclenchèrent.

Radar de précipitations vers 12h30. Source : BuienradarRadar de précipitations vers 12h30
Source : Buienradar

Entre temps, une accalmie sous le soleil s’installa mais avec la présence d’une instabilité grimpant progressivement aux alentours de 3000J/kg de MLCAPE voire davantage, ce qui était extrême pour nos régions. En plus de cela, les modèles météorologiques voyaient une dynamique atmosphérique structurée se mettre en place en cours d’après-midi et en soirée. Ce genre de prévisions des modèles amena plusieurs instances à sortir le niveau maximal pour nos régions en termes de risques orageux comme ce fut le cas de la part de Keraunos et d’Estofex.

Carte de fronts modélisés pour 20h00, le 09 juin 2014. Source : Wetter3Carte de fronts modélisés pour 20h00, le 09 juin 2014
Source : Wetter3
Instabilité modélisée par le modèle météorologique GFS pour 20h00, le 09 juin 2014. Source : Wetter3Instabilité modélisée par le modèle météorologique GFS pour 20h00, le 09 juin 2014.
Source : Wetter3

Nous concernant, nous sommes restés au niveau 2/3 dans le bulletin de prévisions de Belgorage car certains paramètres ne permettaient pas d’accéder au niveau maximal, ce qui se vérifia in-situ. En effet, car même si de nombreux dégâts se sont produits dans le pays, nous verrons dans la suite de l’article que nous étions loin d’un 14 juillet 2010 qui aurait mérité un niveau de risque 3/3 de notre part.

Pour en revenir à l’état de l’atmosphère, comme à l’image de la veille, le reste de la journée est resté calme en Belgique, ce qui ne fut pas forcément le cas dans le nord de la France où des cellules orageuses se sont mises en place en prenant la direction de notre pays en milieu d’après-midi. Cependant, si au départ, le système orageux semblait vigoureux, celui-ci adoptant même une supercellule confirmée par Keraunos à son extrémité sud, il perdit progressivement de son intensité au fur et à mesure qu’il approchait de notre pays.

Radar de précipitations vers 17h30. Source : BuienradarRadar de précipitations vers 17h30
Source : Buienradar

Mais, comme l’on fait d’autres systèmes orageux, celui-ci a repris de la vigueur une fois la frontière passée pour même évoluer vers un stade particulièrement intense et structuré, cela en une demi-heure seulement. C’est ainsi que deux noyaux actifs se mirent en place dans la région de Couvin en province de Namur et dans la région du Centre Ardenne en province de Luxembourg où une cellule très intense et ayant adopté un comportement supercellulaire se préparait à toucher la région de Saint-Hubert, toujours en province de Luxembourg.

Radar de précipitations vers 18h00. Source : BuienradarRadar de précipitations vers 18h00
Source : Buienradar

Une demi-heure plus tard soit vers 18h30, c’était le déluge de grêlons, ceux-ci atteignant parfois 6 cm dans la ville tout en étant accompagnés par de puissantes rafales de vents et une activité électrique importante. De nombreux articles et reportages vidéos furent réalisés autour du sujet dont en voici déjà un lien vidéo : Grêle à St-Hubert.

Radar de précipitations vers 18h30. Source : BuienradarRadar de précipitations vers 18h30
Source : Buienradar

À ce moment-là, notre équipe de traqueurs d’orages était positionnée dans la région de Journal située à tout juste 15 km au nord-est de St-Hubert d’où ils pouvaient observer un important arcus.

Arcus développé par l`orage probablement supercellulaire sévissant à St-Hubert en province de Luxembourg. Crédit photo : Samina VerhoevenArcus développé par l’orage probablement supercellulaire
sévissant à St-Hubert en province de Luxembourg.
Crédit photo : Samina Verhoeven

Peu de temps après, c’est sur eux que le déluge s’est abattu mais, fort heureusement, la taille des grêlons se limita à 3-4 cm comme ce fut le cas durant la veille à Tohogne. En revanche, le vent et la pluie furent tels que le paysage si lointain qu’offrait la région s’était véritablement transformé en “no man’s land” car l’ensemble de l’environnement était méconnaissable et les délimitations du paysage avaient littéralement disparu derrière le rideau de pluie et de grêle ! Tout cela sans oublier la présence d’un ciel verdâtre et d’une activité électrique incessante qui couronnaient le tout ! De même, des parcs éoliens de la régions furent durement foudroyés.

Arrivée du système orageux à hauteur de la région de Journal en province de Luxembourg. Crédit photo : Samina VerhoevenArrivée du système orageux à hauteur de la région
de Journal en province de Luxembourg.
Crédit photo : Samina Verhoeven
Arrivée brutale des précipitations et de coups de vent générés par l`orage. Crédit photo : Samina VerhoevenArrivée brutale des précipitations et de coups de vent générés par l’orage.
Crédit photo : Samina Verhoeven
Chute de grêlons de diamètre allant de 3 cm à 4 cm. Crédit photo : Samina VerhoevenChute de grêlons de diamètre allant de 3 cm à 4 cm.
Crédit photo : Samina Verhoeven

Une fois l’orage passé, notre équipe put observer les dégâts portés à la végétation par les grêlons mais aussi remarquer d’importants mammatus présents à l’arrière du système. En parlant de celui-ci, il adopta plusieurs configurations en un temps particulièrement rapide dont un résumé a été réalisé au paragraphe suivant.

Enclume du système orageux parsemée de mammatus, ceux-ci démontrant la puissante ascendance qui règne au sein des orages. Crédit photo : Samina VerhoevenEnclume du système orageux parsemée de mammatus, ceux-ci démontrant
la puissante ascendance qui règne au sein des orages.
Crédit photo : Samina Verhoeven
La végétation herbacée a subit des dommages importants durant les chutes de grêle. Crédit photo : Samina VerhoevenLa végétation herbacée a subit des dommages
importants durant les chutes de grêle.
Crédit photo : Samina Verhoeven
Exemple de dégâts engendrés par le passage du système orageux dans la région de Journal en province de Luxembourg. Crédit photo : Samina VerhoevenExemple de dégâts engendrés par le passage du système orageux
dans la région de Journal en province de Luxembourg.
Crédit photo : Samina Verhoeven

On a ainsi eu un système convectif de méso-échelle (MCS) évoluant très probablement en complexe convectif de méso-échelle (MCC) sur le nord-est de la Belgique, les Pays-Bas et l’ouest de l’Allemagne au moment où notre équipe observait les mammatus du système vers 19h30. En son sein, un écho en arc a évolué en derecho. Plus tard encore, en Allemagne, une évolution probable du système convectif en MCV (mesoscale convective vortex) s’est produite avec la survenue d’une zone de basse pression au sein du système…

Occurrence des coups de foudre entre 17h30 et 19h30. Source : BlidsOccurrence des coups de foudre entre 17h30 et 19h30
Source : Blids

Pour en venir au derecho, celui-ci provoqua d’importants dégâts sur les provinces de Luxembourg et de Liège en Belgique, sur les « länder » allemands tels que la Rhénanie Palatinat, la Rhénanie du Nord, la Basse Saxe et la Hesse ainsi que sur les provinces de Limbourg et du Brabant Septentrional aux Pays-Bas.

Image satellite du système convectif de méso-échelle situé dans la région orientale de la Belgique vers 20h00. Source : Sat24Image satellite du système convectif de méso-échelle situé
dans la région orientale de la Belgique vers 20h00.
Source : Sat24

Durant l’évolution du système au cours de son trajet, les cieux environnants se sont métamorphosés avec la présence de nombreux nuages ondulants qui ne passèrent pas inaperçus comme ce fut le cas dans la Capitale du pays : Un ciel digne d’un film catastrophe (photos)Un ciel étrange (reportage).

Occurrence des coups de foudre entre 19h00 et 21h00. Source : BlidsOccurrence des coups de foudre entre 19h00 et 21h00
Source : Blids

Le plus étonnant est la rapidité avec laquelle le système a évolué, celui-ci ayant pris naissance non loin de St-Hubert sous forme d’une probable supercellule pour évoluer vers un MCV en Allemagne où une rafale de vent atteignant 144 km/h fut mesurée à Düsseldorf. À présent, le temps est venu de vous partager les différents liens journalistiques qui vous guideront à travers pas mal de sujets vidéos et écrits portant sur ces orages dont la ville de St-Hubert en a fait les frais principaux : TVLux – Important dégâts en Centre ArdenneRTBF – Nombreux dégâts dans le nord LuxembourgRTBF – Dégâts et inondations à St-HubertRTBF – Orages : de nombreux dégâts en Belgique, la Wallonie pas épargnéeRTL – Bilan des dégâts causés à la ville de St-HubertLa Meuse – Apocalypse sur St-Hubert et ses villages.

Occurrence des coups de foudre entre 19h30 et 21h30. Source : BlidsOccurrence des coups de foudre entre 19h30 et 21h30
Source : Blids

Une fois ce système en Allemagne, le calme revint sur le pays mais cela n’était que temporaire puisqu’une zone orageuse devait encore nous parvenir depuis la France mais très tardivement durant la nuit. Étant donné que cette zone arriva dans le pays aux alentours de 03h00 du matin, celui-ci fait l’objet de l’article correspondant au 10 juin 2014.

La violence du système de ce début de soirée est à aller chercher dans une structuration particulièrement explosive de l’atmosphère, sur un schéma identique à celui qui a engendré les orages du soir et de la nuit précédente.

En effet, le petit anticyclone thermique de mer du Nord continue d’insuffler une fine pellicule d’air maritime en-dessous de l’air chaud et sec. Il se forme ainsi une très puissante inversion. Cette pellicule se termine aux environs de l’Ardenne, formant un pseudofront très marqué (on peut même parler d’une « dry line » à l’américaine tant les différences d’humidité sont fortes de part et d’autre), avec un vent de nord à nord-est sur une bonne partie de la Belgique et un vent de sud à sud-ouest sur la France et la Lorraine belge. A cette convergence liée au pseudofront s’ajoutent d’autres discontinuités liées notamment aux outflows des orages précédents, l’ensemble forçant de puissantes ascendances au droit de l’Ardenne.

Un dossier sur ces trois dernières journées mémorables est disponible via le lien suivant : Les orages du 7, 8 et 9 juin 2014