23/10/2022 – Des supercellules en plein automne

** De nouveaux éléments doivent encore être ajoutés à cet article. Une version définitive en sera proposée d’ici la fin de l’année. **

Après un été où les orages auront brillé par leur absence en Belgique, l’automne climatologique est au contraire particulièrement actif. Septembre 2022 est le neuvième mois de l’année le plus orageux depuis 1990, et a présenté des offensives de très bonne facture notamment entre le 3 et le 8. Après un début octobre relativement (et classiquement) plus calme, le dixième mois de l’année fournit à son tour les conditions d’une dégradation digne de la haute saison en fin d’après-midi et en soirée du 23 octobre 2022. Il en résulte des orages d’une ampleur exceptionnelle pour la saison entre le nord de la France et l’ouest de la Belgique.

Les ingrédients météorologiques d’un menu « haute saison »

La situation atmosphérique du jour est à l’image de cette année 2022: un énième virage du flux au sud-ouest amène de l’air maritime d’origine tropicale vers nos régions, entre la dépression de tempête Béatrice sur le proche Atlantique et un anticyclone sur l’Europe centrale. Deux avant-gardes se sont d’ailleurs produites les 17 et 20 octobre, à la faveur de bouffées d’air particulièrement instables pour la saison, mais une faible dynamique empêchait alors la survenue d’orages étendus et sévères.

Par contre, le contexte atmosphérique qui s’est mis en place dans l’après-midi du 23 octobre est digne des plus grandes offensives orageuses estivales, en conciliant justement instabilité et dynamique.

Ainsi, durant cette journée, nous retrouvons des températures qui atteignent 23,3°C à Paris-Montsouris, 21,6°C à Amiens en Picardie et 21,3°C à Havinnes située à l’ouest de la province de Hainaut. Sur le sud de la France, les 30°C sont mêmes titillés. La Belgique se retrouve quant à elle au bout d’un secteur chaud se refermant avec l’arrivée rapide d’un front froid progressant sur la France et la Manche. Ce dernier, avec de l’air maritime plus frais à l’arrière, est responsable d’un important conflit de masse d’air. De plus, le point de jonction entre les deux fronts (chaud et froid) circule sur le nord-ouest de l’Hexagone vers l’ouest de notre pays.

Cela aura une influence cruciale sur la violence des orages à venir, car la cellule qui se retrouve à proximité de ce point a le meilleur potentiel de développement, le cisaillement des vents y étant le plus prononcé (en basses couches), tout en y étant alimenté en air chaux et humide. Ensuite, les fronts vont s’occlure en progressant sur notre territoire en début de soirée, au moment où les orages perdent en vigueur. Ce système frontal est associé à la dépression de tempête Béatrice, mentionnée auparavant, et qui remonte, à ce moment là, au large de la Bretagne.

Analyse de surface du 23 octobre 2022 à 20h00 heure locale. Source: DWD.Analyse de surface du 23 octobre 2022 à 20h00 heure locale. Source: DWD

Le caractère moite de la masse d’air qui occupe les basses couches se note particulièrement bien via les valeurs de ThetaE qui sont remarquablement élevées pour un mois d’octobre. Combiné au refroidissement en altitude, il en résulte une instabilité significative. Les modèles entrevoyaient ainsi une MLCAPE proche de 1000 J/kg (et une MUCAPE de l’ordre de 1500 J/kg), ce qui constitue des valeurs d’instabilité exceptionnellement élevées pour la saison.

La haute troposphère est, quant à elle, marquée par une forte dynamique, via la présence d’un rapide de Jet-stream qui est positionné optimalement sur la France pour venir exercer des forçages sur la masse d’air moite présente en basses couches, via une zone de divergence notable associée à ce rapide et se retrouvant à l’aplomb de nos régions en fin de journée. Il en résulte un contexte particulièrement favorable aux ascendances à l’échelle synoptique.

Les cisaillements de vent sont également prononcés tant en vitesses qu’en directions. En basses couches, le flux est orienté au secteur sud-sud-est au sein du secteur chaud, et au sud-sud-ouest à l’arrière du front froid. En altitude, les vents viennent du sud-ouest et prennent de la vitesse progressivement, pour atteindre 180 à 200 km/h environ à l’altitude du Jet-stream.

Image illustrant le Jet-stream sur la France et la Belgique, issus du modèle WRF-2km. Source : MeteocielImage illustrant le Jet-stream sur la France et la Belgique, issus du modèle WRF-2km, le
23 octobre 2022 à 16h00. Source : Meteociel

Notons également que la tropopause se trouve à une altitude de 12.000 mètres, ce qui est élevé pour une fin octobre. Dès lors, nous avons une recette météorologique particulièrement favorable à la survenue d’une convection profonde, capable d’engendrer des orages violents, avec un risque supercellulaire non-négligeable. En basses couches, la structure desdits cisaillements (hélicité), avec de hautes valeurs (la SRH 0-1 km et 0-3 km atteignent 300 m²/s²) autorise la survenue de phénomènes tourbillonnaires, d’autant plus que le niveau LCL est très bas (altitude à laquelle les nuages peuvent se former = niveau de condensation). Ces cisaillements sont d’ailleurs maximaux depuis le Pas-de-Calais jusqu’à la Belgique (ouest du Hainaut et Flandre Orientale).  Ce risque tornadique a bien été mis en évidence par Kéraunos en fin d’après-midi, mais également par Estofex. Le risque de fortes rafales de vent (> 100 km/h) est également bien présent, comme le démontre certains modèles, notamment ICON-D2.

Image illustrant l'hélicité relative (SRH01) issus du modèle WRF-2km, à 19h00 le 23 octobre 2022. Nous remarquons que les cisaillements en basses couches sont élevées sur l'ouest du Hainaut).  Source : Meteociel Image illustrant l’hélicité relative (SRH 0-1 km) issue du modèle WRF 2 km, à 19h00 le 23 octobre 2022.
Nous remarquons que les cisaillements en basses couches sont élevés sur l’ouest du Hainaut.  Source : Meteociel

Après un premier bulletin de prévisions émis en matinée et faisant état d’un risque limité de phénomènes sévères, Belgorage a effectué en seconde partie d’après-midi une mise à jour, en plaçant l’ouest de nos régions au niveau 1, et en insistant notamment sur le risque de phénomènes venteux et la possibilité d’une tornade locale.

Mise à jour du bulletin de Belgorage durant l'après-midi du 23 octobre 2022.Mise à jour du bulletin de Belgorage durant l’après-midi du 23 octobre 2022.

Une offensive orageuse majeure marquée notamment par une supercellule à longue durée de vie

Comme prévu par les différents organismes de prévision, les orages se forment alors en deuxième partie de journée et touchent durement le nord-ouest de la France, avant d’atteindre la Belgique. Ils se montrent particulièrement violents dans les Hauts-de-France. Ainsi, l’historique de ces orages est long, et est détaillé dans ce présent article.

La genèse des orages se trouve dans l’est de la Bretagne où des cellules sont déjà actives dès le début de l’après-midi. Évoluant dans un flux rapide, elles traversent la Normandie en moins de trois heures. Parmi celles-ci, on note la naissance, peu avant 15h00, d’un groupe d’orages particulièrement intenses juste à l’ouest de Le Mans. Le même groupe s’éteindra en soirée aux Pays-Bas, après avoir traversé très rapidement la Belgique de part en part entre 18h30 et 21h00.

Bien avant d’en arriver là, c’est vers 15h30 que la situation devient intéressante. En effet, on note l’évolution au sein du groupe orageux précédemment mentionné un noyau qui se mue en une supercellule très active sur la région de L’Aigle et qui balaie ensuite rapidement l’est de la Normandie en direction de la Somme. À son nord-ouest, d’autres orages au sein du groupe multicellulaire évoluent et présentent aussi pour quelques-uns un caractère transitoirement supercellulaire. Ces derniers engendrent des phénomènes venteux entre Lisieux et la Baie de la Seine. Une tornade est même signalée à Beuzeville (département de l’Eure), tandis que de fortes rafales de vent causent des dégâts dans les localités suivantes : Coquainvilliers, Epaignes, Boulleville, Les Préaux et Norville. D’ailleurs, une rafale de 136 km/h est enregistrée à Boulleville (département de l’Eure). Cependant, cela n’est qu’une mise en garde qui démontre tout le potentiel dans lequel baignent les orages du jour.

Effectivement, c’est réellement la supercellule bien identifiable sur l’est de la Normandie qui tire le plus profit des conditions atmosphériques alors en place, en se nourrissant notamment du flux en basses couches établi de sud-est à sud. Sur les images radar, la structure est particulièrement aboutie vers 16h00, avec un écho en crochet bien identifiable autour du mésocyclone, typique des supercellules classiques (variété de supercellule caractérisée par un écho en crochet qui ‘pend’ au sud-est de la cellule).

Image radar des précipitations à 16h00 le 23 octobre 2022 sur l'est de la Normandie (France). La supercellule marquée par une flèche. Source: Meteo France via Meteociel.Image radar des précipitations à 16h00 le 23 octobre 2022 sur l’est de la Normandie (France).
La localisation de la supercellule est indiquée par une flèche. Source: Meteo France via Meteociel

Cette supercellule provoque également des dégâts sur son passage, par de fortes rafales de vent, notamment à Le Hamel (au sud d’Aigle), Gaillon, Muids et la Neuve Grange (au sud-est et à l’est de Rouen) où des toitures sont endommagées et des arbres abattus. En outre, des chutes de grêle sont également signalées à son passage, avec des grêlons de 2 à 3 centimètres.

Par après, alors que la supercellule passe à l’est de Rouen en causant les dégâts mentionnés ci-dessus, d’autres noyaux orageux s’alignent au nord-ouest de celle-ci, qui semble connaître une phase de restructuration. L’ensemble forme un axe convectif qui se prolonge jusqu’au sud-ouest de l’Angleterre.

Parmi ces nouveaux noyaux, l’un d’entre eux passe juste au nord-est de Rouen aux alentours de 16h30, et semblerait, d’après sa trajectoire, être animé d’une rotation anticyclonique. De plus, ce dernier engendre des chutes de grêlons qui atteignent jusque 6 cm de diamètre par endroits, comme par exemple à Morgny-la-Pommeraie dans le département de la Seine Maritime. Cependant, cet orage ne perdure guère dans le temps et s’effondre rapidement.

Par après, la supercellule principale passe à l’ouest de Beauvais vers 17h00, en continuant de causer des dommages, notamment à Ferrières-en-Bray dans le département de la Seine Maritime, où des toitures sont sévèrement endommagées. D’ailleurs, l’orage semble, à ce moment là, prendre de l’ampleur en devenant réellement massif. Ainsi, au nord-ouest de Beauvais, une tornade est signalée à Songeons dans le département de l’Oise et quelques instants plus tard, la localité de Gaudechart semble être frappée également par un phénomène similaire. En outre, des inondations sont signalées à Feuquières, légèrement plus à l’ouest.

En parallèle, le sud de l’Angleterre est également traversé par l’axe orageux. À ce moment, deux tornades sont observées, l’une à New Milton et l’autre à Hensting (près de Southampton). De nombreux dommages sont signalés, avec des toitures envolées, des véhicules détruits et des arbres abattus. Le niveau d’intensité F1 semble être retenu pour l’instant. Ainsi, nous avons à faire à un véritable ‘tornado outbreak’ (série de tornades multiples sur une superficie restreinte) en ce 23 octobre 2022.

En entrant sur le département de la Somme vers 17h30, l’orage principal prend encore davantage de vigueur. Un violent phénomène venteux est signalé à Equennes-Eramecourt dans le département de la Somme et, peu après, d’importants dommages sont observés sur la commune de Conty, au sud d’Amiens également dans le département de la Somme, où une autre tornade semble sévir en arrachant des toitures et en balayant de nombreux arbres. Moins d’un quart d’heure plus tard, l’orage frappe violemment l’agglomération d’Amiens et sa périphérie, en causant de nombreuses chutes d’arbres et des chutes de grêlons qui atteignent 6 à 7 cm de diamètre.

Un paroxysme orageux atteint sur l’est du Pas-de-Calais

Passé Amiens, la cellule se présente comme une supercellule HP (high-precipitation soit une variété de supercellule caractérisée par un noyau de précipitation massif, et un écho en crochet à l’est de la cellule) ayant une organisation poussée. Elle est, de plus, suivie par d’autres orages proches qui interagissent avec elle, tandis qu’au nord-ouest, les autres foyers continuent de l’accompagner depuis la Normandie, en adoptant eux aussi, par phases, un comportement supercellulaire au sein de l’axe convectif qui s’étend toujours vers l’Angleterre. Par ailleurs, on y observe toujours de fortes rafales de vent, qui causent des dommages autour de la grande région de Londres. On suspecte même qu’une tornade ait pu sévir à Addington, au sud de l’agglomération.

Cependant, l’intensité de tous ces foyers restent en-deçà de l’activité de la supercellule principale. En entrant sur l’est du département du Pas-de-Calais peu après 18h00, celle-ci atteint vraisemblablement l’apogée de sa puissance. Le mésocyclone durable en son sein soutient alors une forte tornade à long parcours au nord-ouest de Bapaume, touchant sévèrement plusieurs localités. Cette tornade est observée et filmée par plusieurs témoins, notamment à Bihucourt (au sud d’Arras) où de sévères dégâts montreraient la survenue d’une tornade d’intensité F3. Entretemps, des chutes de grêlons atteignant 5 à 6 cm de diamètres sont toujours signalées comme, par exemple, à Cardonnette dans le département de la Somme.

Supercellule transitant sur l’est du département du Pas-de-Calais avec une tornade en cours,
visible à côté de l’éolienne la plus à droite. Crédit photo: Rick Bekker
Image radar des précipitations à 18h10 le 23 octobre 2022 sur le nord-ouest de la France. La supercellule tornadique est marquée par une flèche. Source: Meteo France via Meteociel.Image radar des précipitations à 18h10, le 23 octobre 2022 vers le nord-ouest de la France.
La localisation de la supercellule tornadique est indiquée par une flèche. Source: Meteo France via Meteociel

Peu après les très importants dégâts perpétrés dans l’est du Pas-de-Calais, il se produit un affaiblissement de l’activité électrique de l’orage, jusque là, très intense, mais aussi une réorganisation de sa structure une fois la région d’Arras atteinte. En effet, les imageries radars montrent désormais une supercellule qui s’essouffle quelque peu, sans doute à cause des autres foyers qui l’entourent. Ainsi, aux alentours de 18h30, le tout semble plutôt évoluer sous la forme d’un LEWP (ligne orageuse qui prend la forme de vagues, en ne présentant pas une structure linéaire bien droite).

Toutefois, la rotation imprimée par le mésocyclone (désormais occlus et engoncé dans les précipitations) à la cellule tout entière demeure facilement identifiable. Observé de près ou de loin, l’orage reste en effet nourri par une colonne ascendante massive, tandis que son épaisse enclume se pare de nombreux mammatus, signes d’un orage puissant et bien organisé, aux allures toujours supercellulaires. Il se montre par ailleurs toujours violent localement, en produisant des phénomènes venteux dans la région de Douai, comme à Cantin et Masny dans le département du Nord. Peu avant 19h00, alors que la cellule est en passe d’atteindre la frontière belge, une tornade, possiblement la même à l’oeuvre depuis le Pas-de-Calais, est observée à Warlaing (au sud-ouest de Saint-Amand-les-Eaux dans le département du Nord), où de nombreuses toitures et des arbres sont fortement endommagés.

Supercellule principale encore en France et observée ici depuis Beloeil en province de Hainaut aux alentours de 18h50,
au moment où une tornade frappe Warlaing.

Un essoufflement et une hybridation progressifs en Belgique

Aux alentours de 19h00, l’orage entre alors en Belgique au sud de Tournai, en concernant également la région d’Antoing et de Péruwelz. À ce moment, une composante multicellulaire s’affirme et la structure supercellulaire est au contraire de moins en moins identifiable sur les images radars, indiquant une évolution progressive de la cellule vers un système hybride. Toutefois, la présence du mésocyclone qui induit la rotation de l’orage est toujours bien nette, avec une zone de faible réflectivité le signalant, liée au refoulement en altitude des précipitations (BWER ou bounded weak echo region en anglais). L’orage continue, par ailleurs, de produire des phénomènes violents, notamment sur les villages de Brasmenil, Braffe et de Willaupuis où de nombreux arbres sont arrachés et des toitures endommagées. Cela démontre que, bien qu’essoufflé et présentant une activité électrique plus modérée, le système est encore suffisamment vigoureux pour générer de forts phénomènes venteux. En outre, l’activité électrique reste élevée, avec une bonne proportion de décharges internuageuses.

Eclair internuageux dans la région de Lille (département du Nord) le 23 octobre 2022. Crédit photo : Cieux InstablesEclair internuageux dans la région de Lille (département du Nord) le 23 octobre 2022. Crédit photo : Cieux Instables

Plusieurs membres de notre collectif sont par ailleurs présents dans la région pour intercepter la cellule à son passage. Cette dernière montre encore visuellement des caractéristiques supercellulaires, avec, par exemple, un fort flux entrant et un arcus mésocyclonique. Via les observations du comportement du vent faites en temps réel à proximité de l’orage en transit, il est incontestable que le mésocyclone demeure toujours bien actif en son sein. De plus, l’un de nos membres a essuyé, près de Willaupuis, de très fortes rafales, similaires au passage d’un RFD (fort courant descendant à l’arrière d’un orage supercellulaire), estimées entre 100 et 120 km/h. Un récit documenté de photos et d’une vidéo est disponible via le lien suivant : Il était une fois dans l’Ouest.

Arrivée de l'orage sur Willaupuis, en province de Hainaut, le 23 octobre 2022.Arrivée de l’orage sur Willaupuis, en province de Hainaut, le 23 octobre 2022.

Toutefois, sur les villages même de Brasmenil, Willaupuis ainsi qu’à Braffe, il est fort probable que les rafales aient été bien plus fortes. Une enquête de terrain a permis de mettre en évidence la survenue d’une rafale descendante d’intensité T2 sur l’échelle de Torro, possiblement accompagnée d’une tornade qui n’exerce que ponctuellement une action au sol. En effet, quelques dégâts ponctuels depuis la frontière sembleraient montrer que, par moments, un tourbillon ait été actif. Cependant, les analyses se poursuivent encore, mais il est toutefois certain qu’il n’y a pas eu une tornade durable depuis la France, car les dégâts sont entrecoupés de zones intactes, déjà avant de franchir la frontière belge. Les dommages se raréfient ensuite à partir du sud de Leuze-en-Hainaut, mais ne disparaissent pas complètement, car ponctuellement l’un ou l’autre dégât épars est encore porté à la végétation sur un axe rectiligne.

Passage de l'orage du 23 octobre 2022 depuis la région d'Antoing (province de Hainaut).Passage de l’orage du 23 octobre 2022 depuis la région d’Antoing (province de Hainaut).

En parallèle, un deuxième orage (probablement supercellulaire) entre également en Belgique aux alentours de 19h00 par Hazebrouck pour se diriger vers Dixmude, en engendrant des chutes de grêlons de 2 à 3 cm de diamètre, notamment à Gijverinkhove et Sint-Rijkers en province de Flandre Occidentale. Ce dernier, bien que moins actif (sauf au niveau électrique), s’est réellement développé après 18h00 au nord d’Abbeville, avec un écho ‘pendant’ qui persiste au sud-est de la cellule sur les images radars. Toutefois, cette évolution supercellulaire est moins identifiable, et les images radars sont moins nettes car cet orage se trouve à l’arrière d’autres par rapport aux radars mêmes. Enfin, il finit par se disloquer aux alentours de 19h30 entre Ostende et Kortemark, en évoluant en système multicellulaire.

Image radar des précipitations à 19h00 le 23 octobre 2022, illustrant la position du mésocyclone de la cellule principale (1) ainsi que le crochet persistant de la deuxième cellule (2). Source: Meteo France via Meteociel.Image radar des précipitations à 19h00, le 23 octobre 2022, illustrant la position du mésocyclone de la cellule principale (1)
ainsi que le crochet persistant de la deuxième cellule (2). Il est à noter que la cellule présente entre Douai et Cambrai
montre également une évolution temporairement supercellulaire. Source: Meteo France via Meteociel

Par la suite, l’orage principal (accompagné par les autres dans ses parages) poursuit sa progression en Belgique. Le caractère hybride de l’ensemble orageux est alors bien affirmé, malgré des signes de rotation apparaissant encore sur les imageries radar, notamment juste au sud de Lessines vers 19h30.  D’ailleurs, ce sursaut d’activité semble correspondre avec la survenue d’un nouveau phénomène violent qui provoque des dégâts à la végétation et à certaines toitures dans le secteur de Rebaix et d’Ollignies. À Rebaix, les enquêtes de terrain semblent identifier la survenue d’une tornade très brève et restreinte (couloir de 200m de longeur sur 50 m de largeur) tandis que, plus au sud, sur le centre du village, les dégâts sembleraient être consécutifs à une rafale descendante. Sur la place, un évènement se tenait au passage du phénomène. Les témoins décrivent l’arrivée de l’orage de façon brutale, avec une base noire évoluant à basse altitude, sous laquelle pendait très bas en-dessous une forme « semblable à un marshmallow’ selon leurs dires. Plusieurs véhicules ont alors été endommagé par la chute de grosses branches, notamment un food-truck. Par chance, aucun blessé n’est à déplorer.

Arrivée de l'orage sur la région de Chièvres (province de Hainaut) le 23 octobre 2022. Il semblerait que le nuage mur soit visible, au moment où il atteint Rebaix, à environ 6-7 kilomètres de là.Arrivée de l’orage sur la région de Chièvres (province de Hainaut) le 23 octobre 2022. Il semblerait que le nuage mur
soit visible, au moment où il circule vers Ligne, à environ 7 kilomètres de là.

Ensuite, une station amateur enregistre une rafale à 106,4 km/h à Ollignies de secteur ouest-sud-ouest à 19h39, au sud de Lessines, où de nombreux dégâts sont aussi observés sur les habitations et la végétation. Le propriétaire de la station et membre de Belgorage, nous livre son témoignage : « Alors que je suis positionné à l’arrière de mon habitation pour capturer la foudre, un fort bruit (qui pourrait s’apparenter à un bruit de train arrivant à toute vitesse) se fait entendre au sud-ouest de ma position. Ce bruit est tellement inhabituel et surprenant que je stresse d’un coup, et je veux vite rebrousser chemin en urgence pour rentrer dans la maison, en faisant le tour de cette dernière. Seulement, en quelques secondes, de brusques rafales de vents violentes s’abattent et emportent, durant maximum 1 minute je dirais, branches, objets divers, tuiles et arbres de petites tailles autour de moi. Celles-ci étant tellement violentes qu’il m’est impossible de continuer alors que je me suis mis à l’abri contre un pignon de la maison. Mais, je ne suis pas vraiment protégé car des branches et la pluie me tombent tout de même dessus. Je veux tenir mon matériel pour immortaliser l’instant, mais c’est très difficile tellement le vent est violent. Puis, en un coup, tout se calme. Cet événement restera gravé dans ma mémoire pour sa violence inattendue. »

Ici aussi, la présence de dégâts convergents indiqueraient la survenue d’une tornade de faible intensité, mais sur un couloir qui parait assez large (de l’ordre de 400 mètres), et au sein duquel le phénomène n’exerce une attraction au sol que de façon ponctuelle. Quoiqu’il en soit, un couloir de dégâts est visible sur 2,5 km, avant de disparaître peu avant la frontière linguistique. Par après, plus aucun dommage n’est signalé. Néanmoins, ce ne sont encore que des hypothèses car ces dommages sont en cours d’analyse, et nos conclusions finales seront publiées ultérieurement par une mise à jour du présent article.

Peupliers brisés ou fortement endommagés à Ollignies, en province de Hainaut, le 23 octobre 2022.Peupliers brisés ou fortement endommagés à Ollignies, en province de Hainaut, le 23 octobre 2022.

Mais derrière, un autre orage dont le caractère supercellulaire était observable en France, notamment entre Douai et Cambrai, entre en Belgique par la région comprise entre Péruwelz et Bernissart aux alentours de 19h30. Il correspond, à ce moment là, à la cellule la plus au sud du groupe, et ne provoque pas de phénomènes particuliers. En effet, aucun dégât n’est signalé sur sa trajectoire (Bernissart – Beloeil – Silly – Enghien).

Par la suite, l’essoufflement de l’orage principal se poursuit et devient définitif au nord de Bruxelles, où cette imposante cellule (qui avait entretemps perdu sa proéminence au sein du système de type LEWP) existant depuis plus de quatre heures et demi finit par se dissiper après 20h00. Ainsi, les derniers dégâts sérieux engendrés par l’orage auront été observés près de Lessines, ce qui aura laissé un alignement de dommages impressionnant, qui court depuis l’est de la Normandie jusqu’à la Belgique, soit sur environ 350 kilomètres !

Image radar des précipitations à 19h35 le 23 octobre 2022. La position du mésocyclone est toujours visible, et indiqué par la flèche. Source: Meteo France via Meteociel.Image radar des précipitations à 19h35, le 23 octobre 2022. La position du mésocyclone est toujours
visible et indiqué par la flèche. Source: Meteo France via Meteociel.

Les autres cellules sont également marquées par un affaiblissement progressif après avoir, pour certaines, été assez fortes sur les deux Flandres, le tout finissant par s’évacuer sur les Pays-Bas en milieu de soirée autour de 21h00, en perdant tout caractère violent.

D’autres orages moins intenses plus à l’est

En outre, nous signalons aussi que quelques orages faibles à modérés et apparus au nord-est de Paris en fin d’après-midi ont aussi concerné la province de Namur et le nord-ouest de celle de Liège en première partie de soirée. Ils entrent en Belgique par la Botte du Hainaut à 20h00 en se déplaçant assez rapidement, pour circuler en vallée de la Meuse aux alentours de 21h00 à Andenne, et en finissant par se dissiper vers 21h45 après avoir touché Maastricht. Ils ont présenté une activité électrique intéressante, mais aucun autre caractère particulier n’en ressort.

Enfin, pour être complet, il est à noter qu’en fin d’après-midi, des orages se sont également développés sur le nord-est de la France, formant un axe convectif qui s’est prolongé pour toucher le sud de la province de Luxembourg à partir de 16h00. Les cellules se sont ensuite intensifiées et structurées en une ligne d’orages multicellulaires entre Libramont et Virton, pour se décaler en direction du nord-est. La région de Bastogne est concernée par une cellule assez soutenue autour de 17h15, toutefois ces foyers semblent avoir été moins intenses et n’ont pas provoqué de dégâts. Néanmoins, ces orages sont tout de même bien actifs pour la saison. Cet axe orageux transite, par après, sur nos frontières de l’est, pour toucher Saint-Vith peu avant 18h00, et finit par nous quitter au profit de l’Allemagne. Entretemps, un autre orage concerne la Gaume (notamment Virton et Arlon) pour concerner le Grand-Duché de Luxembourg à la même heure.

Coups de foudre détectés lors de la journée du 23 octobre 2022 en Belgique et aux alentours. Source : LightningmapsCoups de foudre détectés lors de la journée du 23 octobre 2022 en Belgique et aux alentours. Source : Lightningmaps

Ainsi, ceci met un terme à cette offensive orageuse exceptionnelle pour une fin de mois d’octobre, sans aucun doute la plus violente pour cette période de l’année depuis la création de Belgorage. Des orages de bonne facture au cours du dixième mois de l’année ne sont pas rares, citons, par exemple, le 5 octobre 2020, le 14 octobre 2019 ainsi que les 20 et 23 octobre 2013, mais force est de constater que le présent épisode les surclasse très probablement.

Pour terminer, nous dirons que les conditions instables perdurent en cette fin octobre 2022 et une nouvelle bouffée de chaleur remonte en direction de notre pays dès le lendemain, 24 octobre 2022, où d’autres orages aux caractéristiques remarquables touchent la Belgique.